Mortalité réelle de la Covid-19 : Fait-on le bon calcul ?

Mortalité réelle de la Covid-19 : Fait-on le bon calcul ?

En forte progression durant ces derniers jours

Le nombre de morts dû à la Covid-19 a atteint des chiffres record dernièrement. Rien qu’entre le 11 août à 18h et le 12 août à la même heure le compteur affiche 23 victimes portant le cumul des décès à 556. Des indicateurs qui méritent d’être passés à la loupe.

«Ces chiffres ne tiennent pas toujours compte des décès de malades de cette infection qui seraient restés chez eux, ni d’une éventuelle surmortalité liée à un accès plus difficile aux soins dans les hôpitaux ou plus généralement au renoncement aux soins, un phénomène confirmé récemment par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). D’où l’utilité de connaître la mortalité complète pendant la pandémie pour appréhender une éventuelle surmortalité due à la covid-19», indique Dr Khadija Moussayer, Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie en libéral, Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS). Et de poursuivre : «Selon une note fin juillet du HCP, la crainte de contamination et le manque de disponibilité des moyens sont les principaux motifs de la restriction des soins». Pour appuyer ses propos, elle fait remarquer que parmi les 11,1% de personnes souffrant de maladies chroniques ayant nécessité un examen médical lors du confinement, 45,2% n’ont pas eu accès à ces services et parmi les 10,1% de personnes souffrant de maladies passagères et ayant nécessité une consultation, 37% n’ont pas pu en bénéficier. «Il en a donc découlé un certain nombre de décès qu’on se doit d’appréhender», précise l’experte.

Fiabilité des bilans : tenir compte de la «surmortalité» est nécessaire

L’excès de décès lors de la crise épidémique par rapport à une situation normale serait à prendre en compte. En effet, la surmortalité permet d’avoir une vision statistique complète d’une épidémie, selon la spécialiste. Toutefois, la question qui se pose serait de savoir comment y procéder ? Pour la présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS): «Cela passe par une comparaison des décès totaux dans la période de crise par rapport à un nombre de décès moyen fondé généralement sur la mortalité des cinq années précédentes. L’écart constaté par rapport à cette moyenne, la surmortalité, assure d’englober à la fois les décès comptabilisés officiellement comme relevant de la Covid-19, la mortalité indirecte due aux conséquences de l’épidémie (la restriction de l’accès au soin), et une mortalité directe de personnes mortes du virus sans qu’on l’ait clairement identifiée». Dans ce sens, la réunion de ces trois composantes donne le bilan final de l’épidémie. Et d’argumenter : «Il ne correspond pas uniquement à des hausses de décès d’ailleurs, car la période en cause se traduit aussi par une baisse de la mortalité en raison de la réduction des déplacements et des activités (accidents de la route, accidents professionnels…)».

Ce qui fait défaut…

«Le premier écueil est celui de l’attribution d’une cause déterminée à un décès d’une personne âgée, surtout passée 80 ans et quand elle souffre de polypathologies. Ce problème fait parfois encore débat dans certains pays. Dans l’incertitude d’une situation, le décès pourtant est normalement affecté au décompte des victimes de l’épidémie.

La précision sur les causes de la mort et la relative rapidité à effectuer ce chiffrage constituent la seconde difficulté», relève la spécialiste soulignant qu’au Maroc et en Afrique, ces analyses précises de la surmortalité font la plupart du temps encore défaut. Il serait donc important d’avoir une meilleure connaissance de la surmortalité au Maroc, vu le contexte actuel afin de faire le suivi de l’épidémie.

«L’écart entre surmortalité et bilan surtout hospitalier sera certainement beaucoup plus réduit qu’en Europe (une hausse de la surmortalité constatée de 50% entre fin mars et début avril), du fait d’une proportion de personnes âgées (les victimes principales) beaucoup moins élevée dans nos pays encore jeunes», indique-t-elle concluant qu’en tout état de cause, les évaluations actuelles entre les différents pays doivent être interprétées avec prudence du fait de l’hétérogénéité des bases des calculs et des structures de la population.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *