Parité : «Mounassafa Daba» mène l’offensive

Parité :  «Mounassafa Daba» mène l’offensive

Le collectif lance une pétition dans un pas vers une plus large représentation des femmes aux élections de 2021

Il est essentiel de passer à l’adoption de mécanismes plus efficaces qui imposent l’application du principe de la parité dans tous les aspects, au niveau de la législation, des institutions ou des politiques publiques.

Elles représentent plus de 50% de la population et pourtant les femmes restent minoritaires dans les postes de pouvoir et les instances dirigeantes au Maroc. A la veille de la construction d’un nouveau modèle de développement, il est temps d’enclencher un débat public sur la parité engageant toutes les forces vives du pays. C’est en tout cas la volonté exprimée par l’initiative «Parité maintenant» (Mounassafa daba) qui lance le 15 octobre 2020 une pétition sur la mise en application de la parité qui repose sur le principe fondamental de l’égalité. Cette approche découle d’une série de raisons que le mouvement énumère dans son mémorandum et intervient dans le contexte de la Covid-19 qui a révélé au grand jour les discriminations à l’égard des femmes à plusieurs niveaux. «Si la réalisation de la parité dans le passé était uniquement orientée vers la représentation politique des femmes, il est désormais nécessaire de reconnaître que la discrimination fondée sur le sexe à laquelle les femmes sont soumises dans tous les domaines requiert l’adoption d’une approche globale et progressive pour atteindre la parité dans tous les domaines», relèvent les initiateurs du projet. Par conséquent, il est essentiel de passer à l’adoption de mécanismes plus efficaces qui imposent l’application du principe de la parité dans tous les aspects, au niveau de la législation, des institutions ou des politiques publiques.

Adoption d’une loi-cadre sur la parité

En termes de mécanismes d’application, «Parité maintenant» appelle à l’adoption d’une loi-cadre pour l’égalité et la parité en tant que cadre juridique orientant les révisions nécessaires du système juridique. «Cette loi-cadre devrait concourir à l’établissement des principes et des valeurs au service d’une société solidaire, juste et inclusive, dans laquelle les femmes ont le statut qu’elles méritent dans les divers domaines avec toutes les conditions pour le progrès économique, social, politique et culturel», peut-on lire dans ledit mémorandum. Cela devra également s’accompagner par la mise en œuvre effective de l’APALD (Autorité pour la parité et la lutte contre les discriminations), que la Constitution de 2011 a placée parmi les «organes de protection et de promotion des droits de l’Homme». «L’APALD doit jouer son rôle stipulé dans la loi qui la réglemente et oriente ses travaux pour mener à bien un certain nombre de tâches liées à l’expression d’avis et à la formulation de propositions et de recommandations visant à promouvoir les valeurs d’égalité et de parité et à recevoir des plaintes relatives aux formes de discrimination», souligne la même source. Par ailleurs, il est aussi indispensable de procéder à la révision de la législation relative à l’accès des femmes aux responsabilités représentatives, ainsi qu’aux postes de responsabilité publique.

L’autonomisation économique et sociale des femmes : Une priorité

Dans son mémorandum, «Mounassafa daba» suggère de passer à la révision des lois et des organismes relatifs à l’autonomisation économique et sociale de la femme.
La finalité étant de veiller à l’abrogation de toutes formes de discrimination directe ou indirecte contre la femme et garantir la concrétisation du principe de parité dans la vie économique et sociale et la pénalisation du harcèlement sexuel en conformité avec la convention 190 de l’OIT. Cela couvre en particulier : «Le code du travail, s’il interdit la discrimination fondée sur le sexe (article 9) et la discrimination salariale en cas d’égale valeur (article 346), ne pose pas d’exigences spécifiques pour consolider l’approche genre, et le respect du principe de parité, dans la formation des organes représentant les salariés au sein de l’entreprise.
Comme il s’agit de modifier les dispositions régissant la représentation syndicale incluse dans le code du travail, de manière à garantir l’égalité entre les hommes et les femmes au sein des organisations syndicales».

Une stratégie nationale inclusive des femmes dans l’économie

Le développement économique va de pair avec l’inclusion de toutes les composantes de la société. Les femmes en constituent une grande part.

Ainsi, une stratégie nationale inclusive des femmes dans l’économie nationale devra accroître leur participation au marché du travail en garantissant leurs pleins droits sociaux, y compris la protection sociale et le droit syndical, et fournir les conditions adéquates pour un travail décent.

Elle permettra aussi d’assurer l’accès fluide des femmes aux comités d’entreprises du secteur privé et leurs conseils d’administration.

Trois questions à Ouafa Hajji, coordinatrice du collectif et mandataire de la pétition «Parité maintenant»

ALM : Quelle parité souhaitez-vous au Maroc ?

Ouafa Hajji : Si on veut rester dans l’esprit de l’article 19 de la Constitution, il faut parler d’une parité globale dans tous les domaines: politique, institutionnel, économique, culturel, social, et environnemental.

Vous avez mené un ensemble de rencontres avec des responsables politiques récemment. Qu’est-ce qui ressort de ces échanges ?

Nous avons entendu des discours positifs de la part des leaders politiques qui étaient conscients qu’une meilleure représentation politique des femmes et la présence des femmes dans les instances élues pourraient aider le Maroc à avancer sur le plan démocratique. Tous promettent de faire des efforts dans le cadre de la progressivité. Nous n’allons pas atteindre la parité aux élections de 2021 mais nous leur avons demandé de faire un effort qui ne soit pas simplement symbolique et montrer qu’il y a une réelle volonté d’avancer dans ce sens-là.

Vous venez de lancer une pétition sur la parité. Pourquoi vous semble-t-il important de recourir à ce mécanisme ?

Effectivement, nous lançons à Rabat une pétition pour la parité qui appelle à une loi-cadre et qui demande que pour les prochaines élections en 2021, la priorité soit accordée à une plus grande représentation des femmes. Il faut qu’il y ait un débat avec l’opinion publique. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité faire appel à ce mécanisme constitutionnel. C’est aussi une manière de contribuer à faire avancer et consolider la démocratie, notamment la démocratie participative. Il est temps d’ouvrir un débat sur la parité parce que l’égalité est ce qui pourra faire avancer le pays. Dans le contexte actuel de crise économique sociale et économique très grave, on ne peut pas se passer de la moitié de la population.

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