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Paroles de terrain : 1.400 centres de santé réhabilités à travers le Maroc

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ce que les chiffres ne disent pas

1.400 fois la vie : Donner la vie  1.400. C’est le nombre de centres de santé de proximité réhabilités à travers tout le Maroc, dans le cadre d’un programme aussi ambitieux qu’il était nécessaire. Des montagnes du Rif aux provinces du Sud, 1.400 fois la même volonté : que la distance ne soit plus une sentence médicale.

Des mots qui devraient toujours résonner comme une promesse. Comme une fête. Comme le premier cri d’un enfant qui annonce au monde qu’il est là, vivant.
Pourtant, il n’y a pas si longtemps, à Tazzart, la vie pouvait aussi frôler la mort.
Pas à cause du destin. Pas à cause d’une fatalité. Mais à cause de 80 kilomètres. Quatre-vingt kilomètres de route entre une mère en travail et le premier médecin disponible à Marrakech. Quatre-vingt kilomètres qui pouvaient faire la différence entre un berceau et un tombeau.
Khadija porte un regard attendri sur son fils Oussaïd, six mois. Il a le visage rond, rieur, et il agite ses petits poings avec l’énergie de quelqu’un qui a décidé de prendre sa place dans le monde. «L’infirmière me donne des conseils sur l’alimentation, elle fait le suivi vaccinal et me fixe des rendez-vous réguliers», dit Khadija, avec dans la voix quelque chose qui ressemble à du soulagement mais qui est, en réalité, de la dignité retrouvée. La dignité de ne plus avoir à choisir entre la santé et la distance.
Mohammed a la soixantaine bien tassée et la mémoire longue. Il a vu le centre de santé de Tazzart dans tous ses états, les murs défraîchis, le matériel vieillissant, voire inexistant, les années de bricolage et de débrouille. Alors quand il pousse aujourd’hui la porte rénovée, il a ce regard particulier de ceux qui savent d’où l’on vient. «La métamorphose est incroyable. De vrais équipements. Même la peinture est top. Les infirmiers sont présents, accueillants.» Il marque une pause. «Mais on aimerait aussi avoir un médecin, ici, dans notre centre rural.» La remarque est posée sans amertume. Elle dit simplement que quand on a goûté à mieux, on aspire à mieux encore.

Elle a accompagné des centaines de naissances dans ce centre. Plus de cent fois le premier cri. Plus de cent fois la même émotion. Mais pendant longtemps, cette émotion était doublée d’une angoisse sourde, d’une douleur presque physique. « Avant, on n’avait pas de couveuse de transport. Si un nouveau-né présentait des complications, il fallait l’emmener à Marrakech dans n’importe quelles conditions. Je tremblais à l’idée de perdre un bébé. J’aime mon métier, j’aime accompagner les mamans, mais quel poids pesait sur mes épaules !». Vingt-deux ans à aimer un métier tout en redoutant ses limites. Vingt-deux ans de passion mêlée à l’impuissance. Aujourd’hui, le centre est bien équipé. Et avec l’ouverture du centre hospitalier d’Aït Ourir, un nouveau-né en détresse peut être transféré en couveuse en moins de trente minutes. Trente minutes. C’est ce qui séparait autrefois la vie de l’irréparable. «Je suis vraiment heureuse de pouvoir enfin exercer mon métier-passion dans ces nouvelles conditions», dit-elle simplement.

1.400. C’est le nombre de centres de santé de proximité réhabilités à travers tout le Maroc, dans le cadre d’un programme aussi ambitieux qu’il était nécessaire. Des montagnes du Rif aux provinces du Sud, 1.400 fois la même volonté : que la distance ne soit plus une sentence médicale.
1.400 centres. Des centaines de Laïla qui respirent enfin. Des milliers d’Oussaïd qui n’auront pas à naître dans l’urgence et la peur. Mais le chiffre dit aussi ce qui reste à faire : 1.600 autres centres attendent encore leur réhabilitation. Ils sont identifiés, programmés. La route est tracée, elle n’est pas terminée.
Le Maroc a commencé à réparer sa carte de santé. Un centre à la fois. Un premier cri à la fois. Et chaque cri compte.

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