Plus de 44% des femmes au Maroc n’ont pas de couverture médicale

Plus de 44% des femmes au Maroc n’ont pas de couverture médicale

Près de la moitié de la population féminine ne dispose d’aucune couverture médicale. 44,6% des femmes ne sont ni adhérentes ni bénéficiaires d’aucun des deux systèmes d’assurance-maladie (AMO ou RAMED). C’est ce qui ressort de l’étude sur «les discriminations intersectionnelles des femmes au Maroc» réalisée par l’Observatoire national du développement humain (ONDH). Cela dit, ce taux moyen (44,6%) cache de fortes inégalités entre les femmes selon plusieurs critères : milieu de résidence, quintiles de dépenses et région. En milieu urbain, le taux de privation par rapport à l’assurance-maladie atteint 39,2% et pour le milieu rural, il est de l’ordre de 53,7%, soit un dépassement relatif de presque 37%. Selon les quintiles de dépenses, les femmes les plus riches ont un taux de privation situé à 33,2% et les femmes les plus pauvres ont un taux qui atteint 51,8% (soit un dépassement relatif de l’ordre de 56%). Les deux régions qui enregistrent les taux de privation les plus bas sont celles du Sud (28,8%) et de l’Oriental (29,9%). En revanche, les deux régions marquées par les taux de privation les plus élevés sont celles de Béni Mellal-Khénifra (51,1%) et du Souss-Massa (53,1%).

Le croisement selon les critères de milieu de résidence, quintiles de dépenses et région de résidence montre que certains groupes de femmes sont moins privés que d’autres. Les groupes les moins privés sont les citadins les plus riches des régions du Sud (23,5%) et de l’Oriental (24,6%). Les groupes les plus défavorisés sont les ruraux les plus pauvres des régions de Béni Mellal-Khénifra (60,3%) et Casablanca-Settat (60,5%). L’ONDH fait remarquer que les femmes rurales les plus pauvres occasionnent un taux de privation de l’ordre de 54,5% alors que les citadines les plus riches ont un taux de privation situé à 30,5%. Le groupe le plus défavorisé «des ruraux les plus pauvres de la région Casablanca-Settat» enregistre un taux de privation élevé, à 60,5%.
Dans son étude, l’Observatoire s’est intéressé aux femmes âgées de 18 ans et plus ne disposant pas de couverture médicale et confrontées simultanément à d’autres privations : cycle primaire non complété et statut décent dans l’emploi. Les résultats, en tenant compte de ces critères, révèlent que 27,9% des femmes de cette catégorie de la population sont privées de manière simultanée d’une assurance-maladie, d’un statut décent, ainsi qu’elles n’ont pas complété leur cycle d’enseignement primaire. L’estimation de l’effectif de ce groupe de femmes discriminées de manière simultanée s’élève à 3.359.150. La répartition de la population féminine victime de ces privations simultanées selon le milieu de résidence montre que près de 55,1% résident en milieu rural alors que la répartition de la population concernée, qu’elle soit privée et non privée de manière simultanée, montre que les femmes en milieu rural ne représentent que 35,2%. L’écart absolu entre ces deux proportions est 19,9% et en terme relatif 56,6%.

Les obstacles à l’accès aux services de santé
L’analyse qualitative réalisée auprès des femmes et des filles issues des milieux les plus discriminés montre que celles-ci souffrent de fortes limitations à l’accès aux services de santé consécutives à leur faible pouvoir économique et au fait qu’elles ne disposent pas d’autonomie dans leur décisions relatives à leur propre santé.

Ces limitations sont accentuées par d’autres facteurs liés aux déséquilibres de la couverture sanitaire, aux problèmes d’accessibilité au transport et aux limites intrinsèques au Ramed qui ébranlent leur confiance envers les prestataires de soins. Parmi les principaux dysfonctionnements, l’ONDH relève le caractère juridique non contraignant de la loi 65-00 pour fournir les soins adhérents au Ramed.
L’Observatoire mentionne également la complexité des procédures liées à la demande de la carte d’affiliation au Ramed, le parcours de soins imposé aux Ramédistes en situation de handicap ou vivant en milieu rural. Parmi les autres obstacles figure l’absence de structures et de personnel dédié à la prise en charge et à l’accompagnement des personnes malades de longue durée, handicapées ou dépendantes.

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