Point de vue : Eveil et sommeil pendant le Ramadan

Point de vue : Eveil et sommeil pendant le Ramadan

Pendant le Ramadan, la vigilance, qu’elle soit évaluée subjectivement ou objectivement, baisse au cours de la journée, particulièrement à 10h00, 12h00 et 16h00.

Par Rachida Roky (*)

Le sommeil est soumis à une régulation physiologique complexe qui est régie par deux principes qui peuvent se superposer. Le premier est lié à l’homéostasie, qui déclenche le mécanisme d’endormissement quand l’éveil se prolonge. Quand le temps de veille est augmenté, la pression du sommeil augmente et un besoin de sommeil se fait ressentir. Le deuxième est lié à la régulation circadienne due à un oscillateur chrono-biologique cérébral interne en relation avec l’alternance lumière/obscurité. Ainsi, la capacité de dormir dépend d’un côté de la durée de l’éveil préalable et d’un autre côté du moment de la journée. La capacité de rester vigilant est soumise au même mécanisme.

Le jeûne du Ramadan implique souvent une vie nocturne prolongée exposant l’organisme à des facteurs qui provoquent l’éveil, à savoir les repas, la vie sociale, la vie spirituelle, et aussi l’exposition prolongée à la lumière. Aussi, le jeûne du Ramadan n’implique pas systématiquement une privation alimentaire. Il implique surtout un changement des horaires des repas qui deviennent nocturnes. De ce fait, il diffère du jeûne intermittent étudié expérimentalement dans le cas de certaines pathologies comme l’obésité. Les études du sommeil et de la vigilance pendant le Ramadan sont importantes car le jeûne du Ramadan est observé par une large population active professionnellement et concernée par une bonne vigilance dans la journée, surtout dans le cas de certains métiers comme la conduite automobile, d’avion, ou de manipulation de machine ou les athlètes participant à des compétitions sportives de haut niveau.

Ramadan, un changement chronobiologique

Pendant le mois de Ramadan, la quantité et la qualité des repas changent peu, ce sont surtout les horaires et la fréquence des repas qui sont modifiés. Les repas sont nocturnes et leur fréquence est réduite.
Les repas nocturnes du Ramadan produisent des variations rythmiques de la température du corps et de certaines hormones liées à l’horloge biologique endogène. Ces paramètres sont décalés dans le sens du retard ; leur pic survient en retard et leur valeur diurne devient proche des valeurs nocturnes. Ainsi pour le corps la différence entre la nuit et le jour s’estompe. Les études du rythme circadien de glucose, l’insuline, la gastrine, le pH gastrique confirment la nature chronobiologique des changements observés pendant le Ramadan.

Ramadan et sommeil

Une étude marocaine se basant sur des enregistrements électro-physiologiques du sommeil réalisée avant, au début, à la fin et après le Ramadan montre que le temps de sommeil total diminue pendant Ramadan, avec un allégement du sommeil car c’est surtout la durée du sommeil profond qui baisse, alors que le sommeil léger reste inchangé. L’heure du coucher est retardée. Le pourcentage de personnes qui vont au lit après minuit augmente pendant le Ramadan par rapport au mois précédent.
La durée du sommeil a été de moins de 6 h chez 68% des travailleurs pendant le Ramadan contre 37% avant Ramadan. Le manque de satisfaction du sommeil a été aussi plus important pendant le Ramadan.
Les personnes qui ont un chronotype matinal qui préfèrent habituellement se coucher et lever tôt ont un rythme plus stable pendant le Ramadan.

Ramadan et vigilance

Dans la situation habituelle en dehors du Ramadan, la vigilance, la mémoire, les performances motrices varient au cours de la journée. Elles sont généralement élevées dans la journée et faibles le soir. Ce rythme dépend des chronotypes reflétant des préférences individuelles endogènes. Il existe troischronotypes : 60% de la population a un chronotype intermédiaire et les autres ont un chrontype soit du matin, soit du soir. Ces préférences ont une composante génétique et contrôlée par l’horloge biologique. Malgré son caractère endogène, le rythme de la vigilance est sensible à certains facteurs de l’environnement en particulier, la lumière, les horaires de sommeil, les horaires des repas et l’activité physique. Pendant le Ramadan, la vigilance, qu’elle soit évaluée subjectivement ou objectivement, baisse au cours de la journée, particulièrement à 10h00, 12h00 et 16h00. D’autres
études ont également démontré une augmentation de l’irritabilité et une diminution de l’humeur. Ces dernières modifications sont plus importantes chez les consommateurs réguliers de la caféine ou du
tabac.
La baisse de la vigilance chez certains individus observant le jeûne peut augmenter le risque lié à la circulation routière pendant le Ramadan. Une étude des admissions aux urgences pour accidents de la circulation dans un hôpital saoudien a indiqué que la fréquentation la plus élevée des victimes est
observée pendant le Ramadan. Le même constat a été fait au sein des urgences aux Émirats Arabes Unis et dans un hôpital à Londres. En cette saison de confinement, les accidents sont très réduits.
En conclusion, le jeûne du Ramadan a des effets chronobiologiques liés aux repas et aux activités sociales nocturnes qui affectent les rythmes biologiques se traduisant par une diminution de la quantité et de la qualité du sommeil, de la vigilance diurne, ainsi que de certaines performances psychomotrices. Des recommandations spécifiques au Ramadan doivent être élaborées pour permettre à certains professionnels d’exercer dans les meilleures conditions durant ce mois.

(*) Professeur à la Faculté des Sciences Ain Chock, Université Hassan II Casablanca

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