Rentrée scolaire : Saaïd Amzazi dit tout

Rentrée scolaire : Saaïd Amzazi dit tout

Tests Covid pour enseignants et élèves, présentiel, distanciel, moyens humains et techniques…

Coronavirus oblige, c’est une rentrée pas comme les autres qui attend les apprenants et leurs parents. Certains apprenants prendront le chemin de l’école en mode présentiel, pour d’autres le distanciel reste l’unique recours. Les parents d’élèves préparent cette échéance avec encore quelques interrogations en tête. Quant aux professeurs, ils vont devoir s’adapter à leur nouvel environnement régi par des mesures sanitaires très strictes.

Dans ce contexte, la tutelle avait fait part il y a quelques jours seulement de son dispositif pour cette rentrée particulière. Pour y voir plus clair, Saaïd Amzazi, ministre de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, a répondu aux questions d’ALM sur le sujet.

ALM : Vous avez annoncé il y a quelques jours le recours à l’enseignement à distance en donnant le choix aux parents d’élèves d’opter ou non pour le présentiel. Pourriez-vous nous faire part des motivations de cette décision ?

Saaïd Amzazi : Il faut savoir que notre décision concernant la rentrée scolaire 2020-2021 était totalement tributaire de l’évolution de la pandémie à l’échelle nationale durant la période estivale, c’est pourquoi nous avions préparé trois modèles qui nous permettaient de nous adapter à toutes les évolutions possibles. Le premier modèle prévoyait l’adoption de l’enseignement présentiel en cas de situation épidémiologique améliorée, alors que le deuxième modèle proposait d’instaurer une alternance entre les deux modes d’enseignement, présentiel et à distance. Enfin, dans le cas où l’évolution de la pandémie se serait avérée inquiétante, un troisième modèle consistait en un enseignement uniquement à distance. Or, comme vous le savez, notre pays a observé, au cours de cette période estivale, une forte recrudescence des contaminations, ce qui nous a incités, en parfaite coordination avec les départements de la santé et de l’Intérieur et sous la supervision de monsieur le chef du gouvernement, à opter pour une combinaison des deux derniers modèles, à savoir un enseignement à distance et qui donne aux familles qui le souhaitent la possibilité de choisir un enseignement en présentiel pour leur enfant. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas là uniquement d’une décision pédagogique, il s’agit avant tout de gérer une crise pandémique, en coordination avec les autorités publiques. Aussi, dans un tel contexte, il aurait été totalement naïf d’espérer une solution miracle, car celle-ci n’existe pas. L’élaboration de notre stratégie, menée de façon intensive au ministère depuis le mois de juillet, s’est en effet heurtée à la difficulté et au défi de devoir composer, coûte que coûte, avec une multitude d’exigences à la fois pédagogiques, sanitaires, temporelles, mais aussi humaines, sociales et logistiques. Pour ce qui est de la mise en œuvre du modèle pédagogique retenu, le ministère a émis une note ministérielle qui explique dans les détails l’ensemble du dispositif qui sera mis en place que ce soit sur le plan pédagogique, organisationnel ou sanitaire, en laissant, toutefois, une grande marge de manœuvre aux AREF, DP et directeurs d’établissements pour prendre les décisions qui s’imposent compte tenu des spécificités locales et de la situation épidémiologique dans chaque commune et même chaque quartier.

Quelles sont les principales nouveautés de la rentrée scolaire 2020-2021 ?

Cette rentrée scolaire sera caractérisée bien évidemment par le modèle pédagogique proposé qui permet en même temps une flexibilité pédagogique et une plus grande autonomie dans la gestion des établissements scolaires, en renforçant notamment le rôle des conseils de gestion ainsi qu’une implication plus forte des familles dans l’éducation de leurs enfants. En effet, à travers le modèle pédagogique proposé, nous souhaitions impliquer les familles dans la décision, ce qui ne signifie en aucun cas que le ministère envisageait de leur transférer sa responsabilité. Cela revient au contraire à les responsabiliser et leur donner l’opportunité de choisir ce qui leur convient le mieux, même si pour nous cela implique un surcroît d’efforts d’organisation et de logistique. Car chaque famille a ses propres exigences et ses propres spécificités, que ce soit sur le plan matériel, social, sanitaire ou encore humain. Certains parents travaillent tous les deux et n’ont personne pour garder leurs enfants à domicile, d’autres n’ont pas accès à la connexion internet ou n’ont pas les moyens d’acheter un ordinateur pour leurs enfants…

Il faut également comprendre qu’en cette rentrée particulière, marquée par la situation de crise de Covid-19, il nous faut plus que jamais raisonner en mode «co-éducation» plutôt qu’éducation, avec une mobilisation et une implication réelle des familles, pour pouvoir faire face aux défis qui nous attendent. Notre décision est justement de nature à responsabiliser les familles et à leur permettre en outre de s’impliquer dans un travail pédagogique sous forme d’encadrement scolaire, mais aussi de sensibilisation auprès de leurs enfants, en les initiant à la prévention et aux gestes barrières afin de se protéger et de protéger les autres du virus. Les familles qui auront opté pour un enseignement en présentiel auront simplement à remplir un formulaire, déjà disponible depuis le 26 août sur la plateforme Massar ou auprès des établissements scolaires, qui les engage à respecter de façon rigoureuse le protocole sanitaire et l’organisation pédagogique mis en place par l’école.

Bien évidemment, le modèle pédagogique retenu pour cette rentrée pourrait à tout moment faire l’objet de certaines adaptations, que ce soit au niveau local, provincial ou régional, en coordination avec les autorités locales et sanitaires. Par exemple, un passage du modèle pédagogique retenu à un enseignement exclusivement présentiel sur la base du choix des familles, ou exclusivement à distance, pourrait être décidé à plus ou moins grande échelle, en fonction des circonstances et de l’évolution de l’épidémie, et en parfaite coordination avec les autorités sanitaires et publiques. Sur le plan purement pédagogique, la rentrée 2020-2021 verra se perpétuer les mesures d’allègement et d’amélioration des programmes scolaires qui avaient été déjà initiées et qui concerneront cette année les niveaux de cinquième et sixième année du primaire. En outre, un nouveau calendrier des vacances scolaires est prévu, qui permettra aux élèves de souffler chaque 6 à 7 semaines.

Pour les apprenants qui vont retrouver les bancs de l’école, quelles sont les mesures prévues pour le respect par exemple de la distanciation au sein des classes sachant que certaines salles peuvent contenir un grand nombre d’élèves, notamment dans le monde rural ?

Les directeurs d’établissements, une fois la liste des élèves souhaitant étudier en présentiel arrêtée, devront répartir ces effectifs par classes, selon des normes précises de distanciation, qui délimiteront autour de chaque élève une distance minimale de 1 mètre, et ce pour tous les cycles d’enseignement. Bien entendu, les mesures préventives telles que le lavage régulier des mains et la désinfection des structures et dépendances scolaires seront imposées et généralisées. Ces aspects sont d’ailleurs décrits dans le détail dans un protocole sanitaire relatif aux établissements scolaires, élaboré en concertation avec le ministère de la santé, qui a été distribué à tous les établissements scolaires et sera adopté par ces derniers. Le port du masque sera obligatoire pour les élèves de la cinquième année du primaire et plus, selon les dernières recommandations des experts de l’OMS. Enfin, il faut savoir que les classes en sureffectif que vous évoquez dans votre question sont loin d’être une spécificité du monde rural, bien au contraire… les données du ministère montrent que le taux de classes à effectifs réduits est bien plus important dans le monde rural qu’en milieu urbain.

Est-ce que le corps enseignant et les élèves devront être soumis aux tests de dépistage Covid-19 pour ceux qui optent pour le présentiel et comment allez-vous vous organiser à ce niveau ?

Il faut savoir que les walis et gouverneurs peuvent, sur la base d’un décret-loi relatif à l’état d’urgence sanitaire, prendre toutes les mesures qui leur semblent appropriées afin de limiter la propagation du virus au niveau de leur territoire. Ils ont donc plein pouvoir de décider de l’opportunité de soumettre ou non les enseignants aux tests de Covid-19, notamment ceux qui n’enseignent pas dans leur ville de résidence, auquel cas ces tests seront gratuits.
Pour ce qui est des élèves, la pratique généralisée du test de Covid-19 ne semble pas du tout pertinente, celle-ci étant ponctuelle, faussement rassurante et n’apportant pas un bénéfice certain, comme le précisent d’ailleurs les recommandations de la Société marocaine de pédiatrie, la Société marocaine des sciences médicales et la Société marocaine de pédopsychiatrie relatives à la rentrée scolaire, adressées au ministère.

Quels sont les moyens budgétaires, humains et technologiques que vous avez prévus pour le bon déroulement de l’année scolaire qui va démarrer le 7 septembre ?

Pour ce qui est de l’enseignement à distance, nous pourrons déjà capitaliser sur l’expérience acquise au cours du second semestre de l’année scolaire écoulée en matière d’enregistrement des cours et d’enrichissement de la plateforme nationale «TelmidTICE», qui contient aujourd’hui plus de 6.500 contenus pédagogiques relatifs à ce semestre. Celle-ci, dont l’accès est gratuit, est en outre actuellement en cours d’enrichissement car les différentes académies régionales et directions provinciales du ministère ont procédé, dès le mois de juillet dernier, à l’enregistrement des cours de la session d’automne, dont 80% sont déjà disponibles à l’heure actuelle. Outre l’exploitation et le développement de cette plateforme, nous aurons également recours aux classes virtuelles et à la diffusion de cours sur les chaînes de télévision.

Par ailleurs, notre objectif final étant de faire de l’enseignement à distance une composante institutionnelle de notre système éducatif national, comme le préconise d’ailleurs la loi cadre 51-17. Un projet de décret en ce sens a été soumis à l’intention du Conseil de gouvernement. En outre, un programme de formation continue destinée aux enseignants sera mis en place afin de leur permettre de s’approprier pleinement ce mode d’enseignement et de pouvoir ainsi mobiliser plus de compétences.
En ce qui concerne les moyens humains pour cette rentrée scolaire, les enseignants continueront à assumer leur charge horaire habituelle, celle-ci pouvant être exclusivement consacrée au mode présentiel, ou au mode distanciel, ou encore répartie entre les deux, en parfaite coordination avec les directeurs d’établissements et les inspecteurs pédagogiques. Pour les cours à distance, afin de ne pas avoir à assumer les frais de connexion, les enseignants ont la possibilité de se connecter sur leur lieu de travail, sachant que 80% de nos établissements scolaires sont actuellement connectés.

Pour ce qui est des élèves, nous avons déjà bénéficié de la gratuité des contenus mis en ligne au cours du second semestre de l’année scolaire écoulée, tandis que les nouveaux contenus pédagogiques produits sont placés sur des data centers de façon à rendre leur accès gratuit.

Quels sont les enseignements tirés de l’expérience de l’enseignement à distance durant l’année 2019-2020 ?

La pandémie de Covid-19 a sans aucun doute confronté les systèmes éducatifs du monde entier à une révolution sans précédent, en les acculant à passer, du jour au lendemain, d’un enseignement présentiel à un enseignement à distance afin d’assurer une continuité pédagogique aux apprenants. Ce fut une mutation effectuée dans l’urgence absolue, à laquelle beaucoup de pays n’étaient pas forcément préparés, mais qui a eu le mérite, y compris au Maroc, de jouer un rôle de catalyseur et d’accélérateur de la transformation digitale pour notre système éducatif, alors même que celle-ci peinait à se généraliser depuis plusieurs années. Ce fut d’ailleurs une opportunité de consécration et de reconnaissance pour un certain nombre d’enseignants qui ont mis en place des pratiques pédagogiques numériques. Mais, cette crise a malheureusement, on ne peut le nier, mis en exergue les disparités qui affectent les élèves du monde rural, pour lesquels l’enseignement à distance reste moins accessible. D’où notre recours aux cours retransmis par les chaînes nationales de télévision.

Que diriez-vous aux parents d’élèves qui sont en manque de visibilité pour la suite pour les rassurer ? Qu’est-ce qu’ils doivent prévoir ?

Pour la nation marocaine et pour notre ministère en particulier, la santé des enfants et leur droit à la scolarité sont des priorités, c’est incontestable. L’école a certes son rôle à jouer, mais le rôle des parents est tout aussi important dans l’éducation de leurs enfants. La crise sanitaire que nous traversons exige des parents un effort supplémentaire d’encadrement et de suivi de ces derniers, tant sur le plan pédagogique que sur le plan sanitaire, et nous sommes pleinement conscients de la difficulté que cela peut représenter pour certains d’entre eux. C’est la raison pour laquelle nous avons tenu à leur déléguer le choix de scolariser ou non leurs enfants en présentiel, car aucun des deux modes présentiel et distanciel ne peut prétendre répondre aux besoins et aux spécificités de 100% des familles. Leur laisser le choix c’est favoriser l’égalité des chances pour tous les élèves, tous milieux confondus, d’accéder à l’éducation, peu importe le mode retenu.

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