Société

Santé publique : La «clope» électronique en manque de réglementation

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La cigarette électronique fait à nouveau parler d’elle avec la publication, mardi, d’un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans son  document, l’organisation onusienne appelle à une réglementation stricte de ce produit afin de «minimiser le contenu et les émissions de produits toxiques».

Elle estime  qu’il faut interdire la publicité   et la vente aux mineurs.  L’OMS juge que les fabricants de «e-cigarettes» doivent cesser de  revendiquer que leurs produits puissent avoir des effets bénéfiques sur la santé en aidant les fumeurs à ne plus consommer des cigarettes traditionnelles. Au Maroc, les spécialistes reconnaissent qu’une réglementation s’impose au plus vite. Contacté par ALM, Ali Alaoui, directeur général de E-Klop au Maroc, affirme que «plus que bénéfique, une  réglementation serait quasiment providentielle».

Toutefois, M. Alaoui juge qu’une réglementation stricte comme le recommande l’OMS pourrait avoir des conséquences néfastes. «Trop de réglementation tuera le produit», estime- t-il. Pour le directeur général de E-Klop, «les personnes qui ne fument pas  doivent s’abstenir, la cigarette électronique constitue une alternative pour les fumeurs». À l’instar de l’OMS, M. Alaoui  pense qu’il faut interdire la vente des cigarettes électroniques  aux mineurs. «Dans nos boutiques, la vente de ces produits est formellement interdite aux jeunes». Cela dit, ce spécialiste ne cache pas que des trafics ont lieu lors de l’achat des cigarettes.

Des adolescents ne pouvant pas se procurer ces produits recourent à la complicité de personnes adultes  qui se rendent dans les boutiques pour les acheter à leur place. Quant à la question d’interdire la publicité, M. Alaoui ne partage pas l’avis de l’OMS. «L’interdire n’est pas la solution. Il faudrait plutôt réglementer la publicité avec des formulations de mise en garde».     
L’OMS déconseille le recours à ce produit. Pour justifier sa position, elle évoque de «graves menaces»  pour les adolescents et les fœtus. D’après l’OMS, il existe suffisamment de preuves pour mettre en garde les «enfants, les adolescents, les femmes enceintes ou en âge de procréer» sur les conséquences à long terme que peut avoir la consommation de e-cigarettes sur «le développement du cerveau». Au Maroc, il n’est pas inutile de rappeler que le ministère de la santé avait émis une mise en garde contre l’utilisation de ce produit.

Dans un communiqué publié en avril 2014, le ministère de tutelle avait  indiqué que «l’OMS   n’a jamais considéré les cigarettes électroniques comme moyen d’aide au sevrage tabagique, et ne dispose pas de preuves scientifiques permettant de confirmer l’innocuité et l’efficacité du produit». Le ministère avait formellement déconseillé la cigarette électronique et de manière générale le tabagisme, quels que soient la nature ou les produits utilisés, dont les composants sont la première source de maladies cardio-vasculaires et de plusieurs cancers incurables chez les hommes et les femmes. Plus récemment, le Centre antipoison du Maroc (CAPM) a lancé dans sa revue de Toxicologie du 2ème trimestre 2014 une alerte sur ce produit. (voir encadré)

Un danger toxique selon le CAPM

Le Centre antipoison du Maroc (CAPM) note que le principal danger provient du fait que le consommateur ne peut pas savoir exactement ce qu’il inhale. L’intoxication aiguë par la nicotine peut aller de simples troubles gastro-intestinaux jusqu’à des troubles cardio-vasculaires, respiratoires, et neurologiques parfois mortels. Le Centre relève également que les cigarettes électroniques contiennent aussi de fortes concentrations de propylène glycol qui peut entraîner des effets toxiques à très fortes doses.

Il est irritant par voie inhalée, cutanée et oculaire. Son ingestion peut donner une neurotoxicité. En janvier 2014, le CAPM a reçu deux cas d’exposition au e-liquide contenu dans la cigarette électronique : un adulte qui a renversé le liquide sur sa main et qui a souffert d’hypotension et de palpitations, et un enfant de 4 ans qui a pris une gorgée mais est resté asymptomatique. Dans son alerte, le CAPM recommande de tenir hors de la portée des enfants les dispositifs électroniques de délivrance de nicotine, les cartouches de nicotine et les accessoires servant au remplissage. Le Centre appelle à la mise en place d’une législation  sur le statut de ces produits, les conditions de fabrication et commercialisation (constituants, étiquetage, importation, vente, et publicité) et leur utilisation (récréative ou aide au sevrage tabagique).