SociétéUne

Selon le récent rapport du HCP, près de 60 % des habitants vivent dans leur commune de naissance: La migration interne touche près de 40% de la population

© D.R

Flux migratoires
Selon le récent rapport du HCP sur la migration interne, près de 60 % des habitants vivent dans leur commune de naissance, tandis que 40 % ont migré au moins une fois dans leur vie à l’intérieur du pays. Les déplacements urbains-urbains représentent près de la moitié des migrations internes et les migrations rurales-urbaines occupent 34,1% de l’ensemble des flux, ce qui confirme la poursuite de l’exode rural. Les détails.


Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié son rapport sur la migration interne en s’appuyant sur les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat ( RGPH) 2024. Cette analyse porte sur les flux migratoires entre milieux ainsi que sur les migrations interrégionales dans l’objectif de déterminer le volume, le statut et le bilan migratoire de la population et établir le bilan migratoire des différentes régions du Maroc. Selon la note du HCP, la population résidente du Maroc présente un profil migratoire marqué par une forte mobilité interne mais une migration internationale marginale. Près de 60% des habitants restent dans leur commune de naissance. Les hommes sont légèrement plus sédentaires que les femmes (63,7% contre 55,7%). La migration interne concerne près de 40% de la population, avec une prédominance féminine (43,7% contre 35,5%), reflétant des dynamiques liées au mariage, au travail ou au regroupement familial. La migration récente sur dix ans touche moins de 20% de la population et seulement 12% sur cinq ans, ce qui témoigne d’un ralentissement de la mobilité sur les périodes les plus courtes. La migration internationale reste marginale, ne dépassant pas 0,7%. Ces données du HCP montrent que la mobilité interne, qu’elle soit durable ou récente, constitue le moteur principal de la dynamique résidentielle au Maroc, tandis que la population demeure majoritairement sédentaire, avec une légère disparité entre sexes dans les schémas migratoires.

Les déplacements urbains-urbains représentent 45% des migrations internes
Les flux migratoires internes sont dominés par les échanges entre milieux urbains. Les déplacements urbains-urbains représentent près de la moitié des migrations internes (45,6%), illustrant l’attractivité croissante des centres urbains en termes d’emploi, d’accès aux services et d’amélioration des conditions de vie. Selon le sexe, on observe une légère domination des hommes (47,2%) par rapport aux femmes (44,3%). Les migrations rurales-urbaines occupent la deuxième position avec 34,1% de l’ensemble des flux, ce qui confirme la poursuite de l’exode rural. Les femmes y sont bien représentées (32,9%), traduisant une féminisation croissante de la migration vers les zones urbaines. À l’inverse, les migrations urbaines-rurales ne représentent que 7,2% du total, ce qui révèle un phénomène limité de retour vers le milieu rural. Ces retours sont souvent motivés par la retraite, la réinstallation familiale ou des projets agricoles. Ces échanges migratoires entre milieux de résidence se traduisent par un solde migratoire négatif du milieu rural, qui demeure largement déficitaire, avec une perte estimée à près de 4 millions de personnes au profit des villes. Les flux ruraux-ruraux, quant à eux, représentent 11,4% des migrations internes. Ils traduisent des déplacements internes au monde rural, généralement liés à des raisons familiales, agricoles ou foncières. Ce type de migration concerne davantage les femmes (13,9%) que les hommes (8,2%). Il est à noter que la migration internationale reste marginale dans la structure globale des flux (les retours de l’étranger vers le milieu urbain représentent 1,6% du total et ceux vers le milieu rural ne dépassent pas 0,1%). Au total, la population migrante est estimée à 14,7 millions de personnes, dont 55,1% de femmes et 44,9% d’hommes, confirmant une féminisation relative de la migration, qu’elle soit interne ou internationale.

Féminisation croissante des déplacements et urbanisation
La migration interne est marquée par une féminisation croissante. Les femmes représentent plus de la moitié des migrants internes, aussi bien dans les migrations permanentes que récentes. Cette tendance reflète leur participation accrue à la vie économique, sociale et éducative, ainsi que le rôle croissant des facteurs familiaux dans les choix migratoires. Elle témoigne d’une transformation profonde de la structure sociale et des dynamiques de mobilité au Maroc. Par ailleurs, le HCP fait remarquer que plus de la moitié des migrations internes s’effectuent à l’intérieur du milieu urbain (52,9% sur la période 2014–2024 et 53,7% entre 2019 et 2024). Cette tendance traduit la vitalité des réseaux urbains et la recherche constante de meilleures opportunités d’emploi, de logement ou de conditions de vie.

Flux migratoires entrants et sortant
Les régions urbaines et économiquement dynamiques concentrent la majorité des migrants. Les régions de Casablanca-Settat et Rabat- Salé-Kénitra se distinguent comme les plus attractives, avec respectivement 1,37 million et 985 643 entrants, soit 24,9% et 17,9% du total. Elles affichent également des indices de rétention élevés (92 % pour Casablanca-Settat et 89 % pour Rabat-Salé-Kénitra), témoignant d’une forte capacité à retenir leurs natifs résidents. Viennent ensuite les régions de Souss-Massa et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, avec respectivement 12,5% et 10,2% des entrants durée de vie et des indices de rétention élevés (92,4%) pour Tanger-Tétouan-Al Hoceima et 81,6% pour Souss-Massa. En revanche, les régions de Marrakech-Safi, Fès-Meknès, Drâa-Tafilalet et Béni Mellal-Khénifra constituent le groupe des régions les plus expulsives et présentent des indices de rétentions relativement faibles, ce qui révèle une forte émigration motivée par la recherche d’opportunités dans les pôles urbains dynamiques. Certaines régions du Sud, notamment Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab, se caractérisent par des indices d’entrée particulièrement élevés (48,9% et 62,5%), traduisant une attractivité liée à des projets économiques spécifiques ou à des investissements locaux.

Soldes migratoires des différentes régions
Sur les 12 régions du Royaume, 7 présentent un solde positif, c’est-à-dire qu’elles enregistrent plus d’entrées que de sorties, tandis que 5 régions affichent un solde négatif. Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra enregistrent des soldes positifs d’environ 833.000 et 482.000 respectivement. Les régions les plus déficitaires sont Marrakech-Safi et Drâa-Tafilalet, avec des soldes négatifs d’environ 767.000 et 510.000. L’analyse de l’indice d’efficacité, qui mesure la contribution réelle des migrations à la croissance ou à la diminution de la population régionale, montre que Dakhla-Oued Eddahab, se situe en tête, suivie de Laâyoune-Sakia El Hamra, Casablanca-Settat, Tanger-Tétouan-Al Hoceima et Rabat-Salé-Kénitra. Ces régions ont vu leur population résidente augmenter grâce aux échanges migratoires. En revanche, Drâa-Tafilalet, Marrakech-Safi, Béni Mellal-Khénifra et Fès-Meknès ont enregistré une diminution de leurs effectifs suite aux migrations interrégionales.