Siham Elmejjad et Wiam Fahim : «Le fait d’être en famille nous a permis de surmonter les difficultés d’entreprendre»

Siham Elmejjad et Wiam Fahim : «Le fait d’être en famille nous a permis de surmonter les difficultés d’entreprendre»

Entretien avec Siham Elmejjad et Wiam Fahim, les deux vice-présidentes de 2WLS

A la tête d’un fleuron national de la technologie, les deux sœurs, Siham Elmejjad et Wiam Fahim, allient, en compagnie de leur troisième associé, Hicham Amadi, vie professionnelle et vie de famille, pour diriger 2WLS, le spécialiste du capital client et des programmes de fidélité.

ALM : Parlez-nous tout d’abord de votre parcours académique et professionnel…

Wiam Fahim : Nous sommes de parcours académiques différents. Je suis lauréate d’une grande école de commerce. Après une première orientation vers l’audit financier, j’ai opté pour le marketing à travers un DESS obtenu à l’Université de Clermont Ferrand. J’ai débuté, par la suite, dans un grand cabinet d’audit, Fidaroc, actuellement Grant Thornton, pour rejoindre ensuite Akzo Nobel où j’ai occupé le poste de responsable marketing.

Siham Elmejjad : Pour ma part, j’ai fait un parcours en classes préparatoires, puis l’école d’ingénieurs en télécommunications, complété par un DESS création d’entreprise et ingénierie entrepreneuriale. J’ai d’abord commencé dans un projet de recherche parrainé par Alcatel France avant de rentrer au Maroc pour rejoindre Maroc Telecom dans les services à valeur ajoutée.

Comment est née l’idée de créer 2WLS ? Et pourquoi ce domaine en particulier ?

Siham Elmejjad : L’idée est née simplement d’une envie d’entreprendre dans un domaine innovant dans notre pays. En 2004, nous avons entamé la phase de réflexion. Le data marketing était à la mode dans le monde, mais pas encore au Maroc. Créer le lien entre le consommateur et la marque se résumait à de la communication via des médias classiques, ce qui ne permettait pas une réelle mesure du retour sur investissement.

Wiam Fahim : Au tout début, notre ambition était de créer le premier programme de fidélisation multi-enseignes au Maroc, à travers lequel les marques pouvaient partager une base de données de clients, la faire grandir et évoluer, et enrichir la connaissance de leurs clients. Ambition trop grande pour le marché de l’époque, pas assez mature pour absorber l’idée.

Siham Elmejjad : Nous nous sommes donc orientés, et ça a bien payé, sur la gestion du capital client en mono-brand. Notre mission est de permettre aux marques de connaître finement leur client afin de communiquer avec lui de façon pertinente, personnalisée et efficace. Tout en ayant les outils nécessaires pour suivre les actions mises en place, vérifier leur retour sur investissement et rebondir en temps et en heure.

Quelle conception aviez-vous sur l’entrepreneuriat féminin ?

Wiam Fahim : Pour nous, l’entrepreneuriat n’a pas de genre, ce sont les mêmes problématiques que ce soit pour un homme ou une femme. L’entrepreneuriat ne s’apprend ni à l’école ni en étant salarié.

Siham Elmejjad : Le dépassement de soi, la capacité à se renouveler, être flexible et innovant, la résilience aux aléas, la recherche perpétuelle d’opportunités et d’information, la gestion du succès, donner du sens à votre business, et j’en passe… Ce sont des capacités qu’on apprend sur le tas.

Est-il facile de gérer une entreprise dans un milieu masculin ?

Siham Elmejjad : Au démarrage, nous avons eu quelques anecdotes qui sont plus des souvenirs drôles aujourd’hui. En plus d’être femmes, nous étions assez jeunes quand nous avons commencé (26 et 31 ans). Dans certaines réunions de prospection, certains interlocuteurs masculins et féminins ne nous prenaient pas au sérieux. On se permettait d’essayer de voler nos concepts (il y a un monde entre conceptualiser et réaliser), de trouver nos propos trop avant-gardistes par rapport au marché…

Wiam Fahim : Nous avons dû nous armer en réunion de notre troisième associé qui est un homme pour éviter ce genre de situations. Ne parlons pas de quelques agents de l’administration publique, qui, à l’époque (les choses ont un peu évolué depuis) considéraient qu’une femme entrepreneure, c’est juste une blague. Vis-à-vis de l’équipe, c’est plus une question de personnalité et de capacité à rassurer quant à la vision de l’entreprise, le chemin que l’on emprunte ensemble pour réaliser cette vision et être à leur écoute pour les aider à délivrer.

Siham Elmejjad : Chez nous, les valeurs sont partagées et ressenties à tous les niveaux. Tout le monde est embarqué dans une histoire que nous écrivons ensemble comme une équipe. Que le milieu soit masculin ou féminin, cela ne change rien. Par ailleurs, nous avons été une équipe majoritairement féminine à nos débuts. Aujourd’hui, il y a une bonne parité que ce soit au niveau des cadres ou dans le middle management.

Quel-est pour vous l’avantage de collaborer avec une sœur ?

Siham Elmejjad : La relation que nous avons en tant que sœurs est très spéciale. J’avais 17 ans et ma sœur 22 ans quand notre père, que Dieu ait son âme, a quitté ce monde. De ce malheureux événement est née une promesse de réaliser son propre rêve, qui a été d’entreprendre et lancer son propre projet. Il avait toujours des idées plein la tête à réaliser, et malheureusement, la vie a été trop courte pour qu’il puisse y arriver.

Wiam Fahim : Nous sommes donc unies dans cette aventure mais aussi très soudées dans la vie. Notre duo est en fait un trio, nous sommes 3 associés et nous avons lancé cette aventure ensemble.

Siham Elmejjad : Avec Hicham Amadi, notre troisième associé, nous avons un éventail de personnalités très différentes et complémentaires. Sa grande ambition, couplée à notre rêve de réussite et d’accomplissement, nous a permis d’attirer des hommes et des femmes qui chacun à sa façon a apporté sa brique à l’ouvrage. On peut croire qu’en famille, c’est difficile. Dans notre cas, avec notre objectif en vue, le fait d’être en famille nous a permis de surmonter ensemble et dans le plaisir les difficultés d’entreprendre.

Comment arrivez-vous à allier vie professionnelle et vie personnelle ?

Siham Elmejjad : Les deux vies se complètent en étant une bouffée d’oxygène l’une pour l’autre. Il est vrai qu’à un moment donné, la vie professionnelle envahissait notre quotidien : nos repas de famille, nos sorties, avec nos enfants… Avec le temps, nous avons trouvé le bon équilibre.

Wiam Fahim : Nous avons aussi beaucoup travaillé sur notre développement personnel ainsi que celui de nos collaborateurs pour en faire de bons managers, de bons leaders et de bons citoyens.

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