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Tabagisme : Les produits alternatifs viendront-ils solutionner le problème à eux seuls ?

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«Réduire les risques de tabagisme : les nouveaux paradigmes». Pour en débattre, Pr Hassan Jouhadi, cancérologue au Centre Mohammed VI dédié aux traitements contre le cancer au sein du CHU de Casablanca, et Moncef Idrissi, diabétologue, gérontologue, médecin du travail et expert en addictologie, ont été conviés le 22 mai lors du cycle de conférences organisé par la Vie Eco. Retour sur les faits marquants d’un débat sensible.

Aujourd’hui, à un moment où la réforme de la santé arrive à grands pas, il est clair que le renforcement d’une stratégie visant la sensibilisation, dès le premier âge, en direction des enfants, est plus que nécessaire. Il a été, en effet, confirmé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que «les actions menées dans ce sens à travers le monde ont apporté leurs fruits. Au Maroc le taux de fumeurs a baissé aussi passant de 24 à 13% après 2000». Partant de là, Pr Jouhadi est catégorique pour dire qu’«il faut toujours éviter la première cigarette. ». Car le bénéfice social de tenir une cigarette entre les doigts pour un jeune représente, en effet, le premier piège. Et le recours à l’affichage et à la sensibilisation de la part des pouvoirs publics s’avère plus que nécessaire. La loi sur la taxe sur le tabac est aussi un élément déterminant de limitation de l’achat de cigarettes compte tenu du coût de plus en plus élevé. Plusieurs pays sévissent aussi à travers les services de police et douaniers pour casser les nombreux réseaux de contrebande décimés aux quatre coins des pays, notamment en Europe où le prix de la cigarette a plus que doublé pour certaines marques. Une manière de dissuader le consommateur final. Le Maroc applique encore, compte tenu du faible pouvoir d’achat, des prix raisonnables, ce qui ne représente pas un frein. L’intervenant préconise d’adopter d’autres programmes sociaux qui permettraient aux jeunes de quitter définitivement la cigarette. La démarche est conditionnée toutefois par l’ensemble des acteurs concernés.
«A la question comment arrêter du jour au lendemain surtout pour les grands fumeurs», Dr Moncef Idrissi rappellera déjà que «90% des fumeurs ont des comorbidités psychiatriques et souffrent de troubles alimentaires. Arrêter n’est pas chose facile cela dit et l’accompagnement est le moyen sûr pour ne pas replonger dans la substance nicotine». Celle-ci calme l’anxiété mais pour un petit moment uniquement et c’est là où le fumeur s’enlise et rentre dans l’addiction. «Si la nicotine offre un soulagement, le cerveau fixe cette solution car elle est rapide. Et le retour de la manivelle s’installe. Le tabagisme rentre, en effet, dans la catégorie des maladies chroniques », poursuit le médecin qui a créé le premier centre privé de toxicologie à Rabat.
Après avoir mis les mots sur les comportements, la thématique de la réduction des risques de tabagisme avec l’introduction de nouveaux produits alternatifs a tout son sens. « Les personnes qui n’arrivent pas à s’arrêter ont désormais des produits remplaçant la nicotine telle qu’elle a été présentée depuis des années à travers les paquets de cigarettes classiques. » L’expert en addictologie rappelle un chiffre alarmant. Selon les différentes études officielles, « une personne qui fume un paquet de cigarettes par jour pendant un an aura un quart de litre de goudron dans les poumons ». Et c’est face aux dangers encourus sur la santé que les scientifiques ont commencé à réfléchir à des alternatifs. C’est ainsi qu’en Suède, en Finlande, en Estonie, en Norvège et en Suisse, la méthode SNUS est venue remplacer la cigarette. Celle-ci consiste à placer la poudre de tabac entre la gencive et la lèvre supérieure et à la garder en place pendant une durée qui peut aller de quelques minutes à plusieurs heures. Cette méthode est très utilisée pour arrêter de fumer. L’Union européenne interdit sa vente car les effets secondaires n’ont pas été clairement identifiés. Certains cancers buccaux étant apparus sur des personnes utilisant ce procédé ne permettant pas d’établir une corrélation directe. Au Japon, c’est le tabac chauffé qui a été utilisé comme alternatif. Aux Etats-Unis, l’aval a été donné par le gouvernement pour la fabrication des produits alternatifs car la cigarette électronique a été reconnue comme une solution qui réduirait les risques de tabagisme.
«Cette autorisation a été effectuée car elle est accompagnée de veille sanitaire», poursuit Dr Moncef Idrissi. «Au Maroc la pharmacologie est très performante». Les contrôles a priori et a posteriori sont, en effet, très importants pour constituer une base de données nationale et arriver à des conclusions pour réduire les risques de tabagisme. Et c’est sur cette base que les politiques réglementaires devraient reposer. « Les études pour connaître les effets secondaires des produits alternatifs sont encore au stade embryonnaire puisque leur introduction date d’à peine deux ans», fera remarquer Pr Jouaidi Hassan. D’un autre côté, au Maroc, les produits de substitution comme les patchs, les gommes à base de nicotine et le Champix en comprimés ne sont pas très accessibles. «La prescription du médicament Champix est très intéressante dans le sens où le taux d’arrêt de fumer a été estimé à 15, voire 20%», confirmera le spécialiste.
Bref, les moyens mis en place à travers le monde confirment la prise de conscience du danger du tabac sur la santé. « Reste qu’un autre danger plane par rapport aux produits alternatifs dans le sens qu’il existe des jeunes qui ne fument pas et qui partent acheter par le biais d’un adulte ces substances de remplacement. Et c’est la porte d’entrée à la cigarette», fera remarquer le cancérologue. «Le risque est modifié», rajoutera Dr Idrissi Moncef qui préconisera la veille sanitaire concernant les nouveaux produits alternatifs.
Le débat est ouvert. Et les actions en termes de sensibilisation, de veille sanitaire sont plus que nécessaires pour pouvoir réduire le tabagisme au Maroc. « Sa prévalence est de 13,4% chez l’adulte de plus de 18 ans», selon le site de la Fondation Lalla Salma. Les enjeux sont clairs. Et la réforme devrait intégrer ses paramètres pour accélérer le processus de mise en place de programmes de sensibilisation sur l’année et non de manière ponctuelle. La veille sanitaire est aussi indispensable. Le dispositif légal qui interdit de fumer dans les lieux publics devra être revu, de telle sorte à ce que les mesures soient plus coercitives et donc plus dissuasives. Aux Etats-Unis, l’amende sanctionnant les personnes qui fument dans les lieux publics est de 2.000 dollars alors qu’au Maroc elle est de 50 DH… Les pouvoirs publics devront passer à la vitesse supérieure pour obtenir des résultats probants. Il en va de la santé du citoyen !

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