Le CNDH met en garde contre les conséquences de l’exploitation politique des traversées collectives, dont plusieurs manifestations ont déjà été documentées.
Analyse : Le CNDH estime, dans ses conclusions, que les tentatives de traversée collective vers Sebta et Mellilia ne peuvent être analysées uniquement sous l’angle de la pauvreté, mais aussi par l’évolution des aspirations à la mobilité, fortement influencées par les réseaux sociaux. Les détails.
Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a récemment émis ses conclusions préliminaires sur la traversée collective vers Sebta et Mellilia. Il en ressort plusieurs éléments saillants. « Sur la base des témoignages recueillis, le CNDH estime que les tentatives de traversée collective vers les présides de Sebta et Mellilia ne peuvent être appréhendées uniquement à travers les explications traditionnelles liant la migration à la pauvreté. Ces tentatives nécessitent une compréhension plus profonde, dans la mesure où elles traduisent également une dynamique individuelle ainsi qu’une évolution des « aspirations » et des attentes en matière de mobilité, façonnées en partie par un environnement numérique croissant qui redéfinit la perception actuelle des frontières et des barrières, selon le gardien des droits de l’Homme.
Le Conseil a dans ce sens relevé un certain nombre d’incidents et de pratiques qui soulèvent « de graves préoccupations au regard du respect et de la protection des droits humains ». Parmi celles-ci, il cite la propagation de fausses informations et de contenus trompeurs sur les réseaux sociaux et les plateformes de messagerie, particulièrement après la publication de la décision du Tribunal suprême espagnol, pour faire croire qu’elle facilitait ou autorisait les tentatives de passage. « Ces contenus ont contribué à la mobilisation en encourageant les traversées, en fournissant des directives opérationnelles et en amplifiant les récits d’arrivées réussies à Sebta.
Le CNDH a également identifié des indications de l’implication de comptes étrangers et de possibles réseaux organisés dans la diffusion ou la facilitation de ces contenus, ce qui rejoint les préoccupations déjà soulevées dans son rapport annuel 2024 concernant les réseaux en ligne offrant des «services» illégaux de traversée contre rémunération», explique le gardien des droits de l’Homme.
Le Conseil évoque aussi des agressions perpétrées par des groupes extrémistes à l’encontre de jeunes et de mineurs ayant traversé vers Sebta, consistant à les traquer et à les soumettre à diverses formes d’abus, d’insultes, de coups et de stigmatisation. «L’équipe de monitoring sur le terrain a recueillis les témoignages de personnes retournées et a constaté des traces de coups ainsi que diverses marques sur le corps de jeunes individus. Elle a également noté des allégations multiples et concordantes de mauvais traitements et d’agressions physiques commis par les forces de sécurité espagnoles « lorsqu’il n’y a pas de caméras », selon leurs déclarations », relève la même source. Le CNDH met également l’accent sur la décision des autorités locales de Sebta de ne pas fournir l’assistance nécessaire et d’ordonner la fermeture des restaurants, cafés et commerces, empêchant ainsi les personnes d’acheter de la nourriture et de l’eau et les exposant à la faim et à la déshydratation. « Les personnes touchées comprenaient des enfants, des femmes et des personnes en situation de vulnérabilité, dont certaines ont nécessité une assistance médicale. Selon des témoignages concordants, les forces de sécurité sont intervenues pour faire sortir des jeunes des restaurants qui avaient décidé de leur porter assistance », souligne la même source.
Le CNDH évoque également le non-respect des normes et garanties légales applicables aux procédures de retour ou de refoulement, notamment celles relatives à l’accès aux procédures d’asile pour les ressortissants étrangers mais aussi le défaut d’assistance et de protection adéquates accordées aux personnes face aux agressions et attaques racistes et xénophobes dont elles ont fait l’objet à Sebta. Le Conseil met également en garde contre l’amplification de l’incitation à la haine et au racisme à l’encontre des ressortissants étrangers.
« A cet égard, le CNDH met en garde contre les conséquences de l’exploitation politique des traversées collectives, dont plusieurs manifestations ont déjà été documentées », explique la même source. Dans sa note de conclusions, le Conseil rappelle qu’une augmentation progressive des tentatives de traversée depuis le mois de juin, marquée par une intensification significative dès le 14 juillet 2026 et un pic au cours des journées des 30 et 31 juillet 2026. Un facteur clé identifié par le CNDH réside dans la diffusion d’interprétations trompeuses de la décision n° 814/2026 du Tribunal suprême espagnol en date du 8 juillet 2026. « Cette décision portait sur les procédures légales applicables aux migrants interceptés en mer.
Les contenus diffusés sur les réseaux sociaux ont présenté cette décision de manière erronée, laissant croire que les personnes atteignant Sebta ou Mellilia à la nage ne pouvaient plus faire l’objet de refoulement », observe la même source notant que cette fausse interprétation s’est rapidement propagée au sein de grands groupes en ligne, accompagnée d’informations pratiques relatives aux itinéraires, aux points de ralliement, à la préparation à la nage et à la coordination des traversées collectives. « Au cours des nuits des 29 et 30 juillet, des informations selon lesquelles « la frontière était ouverte » ont largement circulé. D’importants groupes de jeunes, de mineurs et de familles se sont par la suite déplacés vers Fnideq. Les personnes auditionnées par le CNDH ont déclaré avoir reçu des messages leur indiquant de se rassembler près des points de passage après minuit afin de tenter une entrée collective à Sebta», explique le Conseil. Et d’ajouter : «Le 30 juillet, des milliers de ressortissants marocains et étrangers, parmi lesquels des enfants, des adolescents et des femmes, ont traversé ou tenté de traverser vers Sebta et Mellilia.
Les interventions des autorités visant à empêcher ces passages se sont accompagnées de violents affrontements. Le CNDH a documenté des blessures, des jets de pierres et des dégâts matériels, ainsi que des séquences vidéo témoignant d’actes de violence commis contre des personnes dans les zones de passage et de retour. Le 31 juillet, le CNDH a observé des mouvements de retour volontaire depuis Sebta. Les équipes de monitoring ont constaté sur les jeunes de retour des blessures et des contusions visibles, certains présentant des difficultés à marcher en raison d’agressions présumées, de l’épuisement et du surmenage physique», relève la même source.










