La participation économique des femmes, estimée à 19,1% en 2024 contre 68,6% pour les hommes, demeure parmi les plus faibles des pays à revenu intermédiaire.
HCP : Selon un nouveau rapport du HCP, l’informalité fragilise la couverture sociale, la faible participation des femmes réduit la base contributive et le vieillissement transforme les déséquilibres passés en pressions futures croissantes sur les finances publiques et les mécanismes de solidarité familiale.
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) vient de publier un rapport analytique intitulé «Informalité, genre et vieillissement : inégalités cumulatives et effets intergénérationnels». Ce document aborde les transformations du marché du travail, encore caractérisé par une informalité persistante et une participation féminine parmi les plus faibles au monde, dans un contexte marqué par l’accélération de la transition démographique. Dans ce cadre, le HCP, en partenariat avec ONU Femmes Maroc, a conduit une analyse intégrée des dynamiques de l’informalité, du genre et du vieillissement, envisagées comme un système interdépendant de vulnérabilités cumulatives. Cette approche systémique examine comment la précarité de l’emploi informel, la faible inclusion économique des femmes et le vieillissement démographique interagissent au cours du cycle de vie, et alimentent des inégalités. Il ressort de ce rapport que l’économie marocaine se caractérise par une configuration structurelle dans laquelle se combinent, de manière cumulative, l’informalité, les inégalités de genre sur le marché du travail et le vieillissement démographique.
L’informalité absorbe plus des trois quarts de l’emploi total et regroupe plus de deux millions d’unités de production, où se concentrent une précarité étendue et des déficits persistants de couverture sociale. Selon le HCP, cette structuration du marché du travail ne se limite pas à un clivage entre formel et informel; elle s’articule également à de profondes disparités de participation selon le genre. La participation économique des femmes, estimée à 19,1% en 2024 contre 68,6% pour les hommes, demeure parmi les plus faibles des pays à revenu intermédiaire. Lorsqu’elles sont en emploi, 70 % des femmes actives occupées travaillent dans des formes d’emploi informel, contre 76,9% des hommes. Parallèlement, la transition démographique accélérée modifie la structure par âge de la population. Selon les projections du HCP, le ratio de dépendance vieillesse passerait de 18,7 % en 2021 à 24,5 % en 2030, puis à 39,3 % à l’horizon 2050, tandis que le ratio de dépendance des jeunes reculerait sur la même période. La charge démographique se déplacerait ainsi progressivement des jeunes vers les personnes âgées, modifiant durablement les équilibres intergénérationnels. Le HCP fait remarquer que ces trois dynamiques interagissent dans un système à rétroactions où chaque déséquilibre en amplifie un autre. Ainsi, l’informalité fragilise la couverture sociale, la faible participation des femmes réduit la base contributive et le vieillissement transforme les déséquilibres passés en pressions futures croissantes sur les finances publiques et les mécanismes de solidarité familiale. L’ensemble génère des écarts qui se construisent progressivement tout au long du cycle de vie et se matérialisent à un âge avancé sous forme d’inégalités différées, dont les droits à la retraite et les écarts de pension entre les femmes et les hommes constituent l’expression la plus visible
Les pensions féminines en moyenne neuf fois inférieures à celles des hommes
L’écart de pensions entre les hommes et les femmes ne cesse de se creuser. En 2020, année de référence de la simulation, le ratio de pension femmes/hommes s’établit à 11,1 %, signifiant que les pensions perçues par les femmes sont en moyenne près de neuf fois inférieures à celles des hommes. L’analyse du HCP distingue deux indicateurs complémentaires. Le premier correspond au ratio femmes/hommes des pensions effectives, qui mesure les droits déjà liquidés par les cohortes actuellement en âge de la retraite. Le second correspond au ratio femmes/hommes du potentiel de pension, qui mesure les droits en cours d’accumulation parmi les cohortes actives. En 2020, le ratio femmes/hommes du potentiel de pension s’établit à 31 %, contre 11,1 % pour les pensions effectivement perçues, soit un écart de 19,9 points de pourcentage qui reflète le rattrapage générationnel entre les femmes actuellement à l’âge de la retraite et celles encore en âge d’activité.
En l’absence d’intervention ciblée, le taux d’activité féminin ne progresserait que de 3,4 points de pourcentage en cinquante ans, passant de 22,8 % à 26,2 %. Sans transformation coordonnée des déterminants en amont, le ratio de pension féminin sur masculin se stabiliserait ainsi autour de 41 % au-delà de 2070, le potentiel d’accumulation des cohortes actives plafonnant entre 40,3 % et 41,4 % sur la période 2045–2070. Le rapport souligne que les analyses prospectives conduites dans ce rapport établissent que le triptyque informalité–genre–vieillissement forme un système cumulatif d’inégalités dont les effets s’amplifient à chaque étape du cycle de vie et se transmettent entre générations. L’informalité élevée et persistante, la faible participation féminine et la transition démographique accélérée ne constituent pas des phénomènes isolés. Elles opèrent en interaction, chaque composante renforce les vulnérabilités produites par les deux autres et les cristallisant dans des trajectoires d’accumulation inégales.
Le vieillissement rapide de la population, combiné à une croissance limitée de la base contributive, accentue un déséquilibre croissant entre les besoins de financement et la capacité contributive du système. Ce déséquilibre résulte de trajectoires d’emploi marquées par l’informalité et une faible densité contributive, qui se traduisent par des droits insuffisants et des pressions accrues sur les mécanismes de protection sociale. Le vieillissement agit ainsi moins comme une cause autonome que comme un amplificateur de déséquilibres accumulés en amont. À partir de 2040, la convergence spontanée des droits s’épuise et le plafonnement structurel qui s’ensuit ne peut être dépassé sans réformes coordonnées portant sur les mécanismes qui le produisent.










