Industrie du sport en Afrique : Mazars et l’ASCI livrent leurs recommandations pour doper le secteur

Industrie du sport en Afrique : Mazars et l’ASCI livrent leurs recommandations pour doper le secteur

A l’issue des résultats d’une étude effectuée sur l’écosystème du sport en Afrique, le cabinet Mazars et l’ASCI proposent une série de recommandations (16) pour redorer le blason de l’industrie du sport en Afrique. Si ce secteur représente 2% du PIB mondial, il ne fait que le poids de 0,5% en Afrique alors que le continent recèle de talents athlétiques et admet une moyenne d’âge de 19 ans… Les opportunités de développer ce vivier ne constitueront pas qu’une aubaine pécuniaire. Elles devront servir de développement personnel de la jeunesse et de stabilité politique. Il s’agit également d’une question de gouvernance. Les détails.

 

C’est une première. Le cabinet Mazars et l’Africa Sports & Creative Insitute (*) (ASCI) viennent d’effectuer une étude sur l’écosystème du sport en Afrique pour en ressortir 16 recommandations qui permettraient à l’industrie du sport en Afrique de se développer. Deux webinaires, un en français et un en anglais, ont été ainsi organisés pour débattre du sujet. Les panélistes anglophones et francophones, des références dans le monde du sport ont également permis d’émettre des pistes de réflexion pour que le sport devienne un levier économique en Afrique, le continent où les plus grands talents athlétiques ont été dénichés. Le contexte s’y prête. Cela dit, les statistiques autour de l’économie du sport en Afrique est rare. Mais ce qui est sûr c’est qu’alors que ce secteur représente 2% du PIB mondial (soit entre 1.000 et 1.200 milliards d’euros) ; en Afrique, il ne représente que 0,5% de son PIB. Les opportunités sont toutefois réelles dans un continent où l’âge médian est de 19 ans, la croissance économique positive la dernière décennie et le talent des athlètes confirmé dans les plus grands championnats mondiaux.
Une telle étude qualitative et quantitative trouve donc toute sa légitimité. Menée du 20 août au 20 septembre dernier, elle aura permis de récolter des avis de 500 professionnels représentatifs de la chaîne de valeur du sport en Afrique émanant de 47 pays sur les 54 du continent en tenant compte de leur diversité culturelle, économique et en termes de ressources. A l’issue du dépouillement, 6 thèmes en sont ressortis et ont permis aux auteurs d’analyser l’écosystème du sport continental. Le premier déjà est la donnée et l’information concernant le marché, ses acteurs et leurs performances. Le second renvoie à la formation initiale et continue des professionnels face aux enjeux du sport. Tertio, le leadership des autorités publiques et des institutions représente aussi une thématique à part entière. Le quatrième axe a été consacré à l’environnement des affaires. La conception du sport en tant que produit commercial devant satisfaire le fan est également un thème qui a généré des recommandations. Enfin, l’innovation pour s’adapter à une nouvelle ère est ressortie naturellement de l’analyse.


Les 16 recommandations détaillées dans l’encadré ont ainsi été présentées et débattues par des professionnels du secteur et notamment des personnalités publiques. Sept experts de l’économie africaine sont, en effet, intervenus lors de deux conférences virtuelles organisées sous le thème de «Construire un nouveau business model favorisant le développement de l’écosystème du sport en Afrique». Et c’est la légende ivoirienne du football, Didier Drogba, qui a lancé la réflexion en faisant remarquer que «la gouvernance fait encore peur car les concernés pensent qu’ils vont perdre leurs intérêts alors qu’elle permet de créer au contraire de la profitabilité». De son côté, le rugbyman Tchale Watchou Robins, sous sa casquette de DG de Vivendi Sport, fera remarquer qu’«il existe encore des déficits de compréhension de ce que peut représenter le sport dans les pays africains. Il faudra pourtant fédérer la jeunesse autour de quelque chose et le sport donne un sentiment d’appartenance ; ce qui est très important. Il est tant d’avoir une approche structurée de l’industrie du sport. Les politiques doivent comprendre que le sport peut être vecteur de stabilité». Vera Sogwe, Executive Secretary de la Commission économique africaine (ECA). Pierre Laporte, directeur Pays à la Banque mondiale, Fayçal Laraichi, président du Comité national olympique marocain, Kwasi Tabury, DG de Decathlon Ghana, ont constitué, par ailleurs, le panel de la session en langue anglaise.


Bref, il est évident que dans un contexte de quête de marchés rentables, l’Afrique a tout à gagner et encore plus dans le cadre de la relance économique de reconsidérer cette industrie à forte valeur ajoutée. Les jalons d’une stratégie ont été lancés. Aux différentes nations du continent de cogiter davantage pour déployer leurs armes et établir des plans d’actions tenant compte des axes énumérés. Le Maroc est aussi concerné. Le sport constituant un gage de stabilité par ailleurs. Tout est dit.

(*) ASCI African Sports & Creative Institute est une organisation à but non lucratif qui aide les acteurs du sport et des industries créatives en Afrique à créer un écosystème pérenne grâce à ses activités de recherche, de conseil et de plaidoyer.
L’Institut offre aux entités publiques et privées une plateforme pour lancer des initiatives sportives d’envergure.

16 recommandations proposées

Former et informer :
Tout pour le capital humain
• Produire de l’information et de l’analyse régulière fiable. Création de l’Observatoire africain du sport (OAS)
• Investir dans la recherche économique et sociale pour faire de la prospective et anticiper les futures tendances
• Créer, harmoniser et réguler les formations en management du sport
• Améliorer l’éthique de travail des professionnels du sport grâce à l’instauration d’un code de déontologie dont un système de récompenses et sanctions et d’une politique de formation des acteurs du secteur.
• Investir dans les sports de masse et amateur pour en faire des leviers de développement du sport d’élite.
• Valoriser les patrimoines culturel, immatériel et naturel africains dans la promotion du sport.

Professionnaliser et rentabiliser :
Appréhender le sport comme un produit commercial
• Faire du sport de masse le moteur de l’économie du sport, notamment avec le sport scolaire, universitaire et amateur comme socle de la croissance (et non les mega-events).
• Créer un environnement juridique, fiscal et économique à l’investissement dans le sport (incentives, notamment fiscales, et protégeant la propriété intellectuelle, les investisseurs grâce à un cadre juridique harmonisé dans la région).
• Positionner le fan au centre de l’écosystème du sport : le client d’abord ! Comprendre le fan pour répondre au mieux à ses besoins lui proposant un produit de qualité.
• Innover dans l’offre commerciale : campagnes marketing engagées, RSE, hospitality, activation privilégiant l’expérience du fan. Tout cela pour satisfaire le fan et soutenir la démarche commerciale du partenaire sponsor.
• Accélérer la digitalisation de l’offre : maîtriser la transformation digitale pour faire des plateformes des sources de revenus importantes.
• Inscrire l’entrepreneuriat des jeunes comme une priorité.

Réinventer la gouvernance et innover dans les modèles économiques
• Réformer la gouvernance du sport, notamment créer un organisme panafricain de gouvernance du sport, l’African Sports Steering Committee : séparer le pouvoir exécutif du pouvoir administratif
• Accentuer la collaboration régionale c’est notamment harmoniser l’environnement juridique, fiscal et économique de la sous-région. Coordonner les stratégies publiques dans la sous-région. Optimiser l’initiation des infrastructures sportives existantes ainsi que l’investissement dans de nouvelles infrastructures en partageant leurs capacités entre pays voisins.
• Promouvoir les partenariats public-privé et assurer ainsi l’assistance technique et le soutien financier pour un développement davantage inclusif.
• Le sport comme réponse aux Objectifs de développement durable (ODD), notamment de la santé, le bien-être, l’égalité des genres et la lutte contre les changements climatiques.

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