Bruxelles : Ce n’est pas une sinécure

A peine élargie à 25 pays, l’Union européenne prépare activement une nouvelle expansion, dans les Balkans et sur son flanc du Sud-Est.
La Commission actuelle entend conclure les négociations avec la Roumanie et la Bulgarie afin qu’elles puissent devenir membres en janvier 2007. Le prochain exécutif, qui prendra ses fonctions le 1er novembre, devra aussi préparer l’adhésion de la Croatie, dotée depuis dix jours du statut officiel de candidat.
Surtout, Bruxelles risque d’avoir à affronter de longs et difficiles pourparlers avec la Turquie, si les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union lui en donnent le mandat en décembre.
Parallèlement, la future Commission devra s’assurer que les dix nouveaux pays entrés le 1er mai s’intègrent pleinement dans les politiques européennes (bonne utilisation des aides, respect des normes sanitaires, etc).
Ceux-ci sont attendus en 2007 dans l’espace Schengen de libre circulation et à la même date les premiers d’entre eux (Estonie, Lituanie et Slovénie) espèrent adopter l’euro.
Pour aider les nouveaux à rattraper leur retard économique, la Commission a proposé d’augmenter substantiellement les aides régionales à 336 milliards d’euros au total sur 2007-2013, soit le tiers du budget communautaire sur la même période.
Le futur président devra défendre pied à pied cette proposition, que les principaux pays contributeurs nets jugent trop généreuse, dans une négociation potentiellement houleuse avec les Etats membres qui ne devrait pas être bouclée avant au mieux la mi-2005.
L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède et l’Autriche veulent maintenir le budget européen à 1% du PIB communautaire. La Commission propose une moyenne d’1,14%, soit une différence annuelle de quelque 15 milliards d’euros.
Bruxelles propose également d’augmenter les dépenses d’investissement pour satisfaire aux objectifs de compétitivité fixés à Lisbonne en 2000. A cette fin, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont demandé la création dans la nouvelle Commmission d’un poste de « super-commissaire » à l’économie.
Ces pays reprochent à Bruxelles d’avoir privilégié jusqu’à présent le respect des règles de concurrence au détriment d’une politique industrielle alors que l’Europe est angoissée par les menaces de délocalisation en Asie.
Autre chantier à l’agenda, l’assouplissement des règles du pacte de stabilité, transgressé par près de la moitié des Etats.
Après le coup de force à l’encontre de la Commission à l’automne dernier, où les grands argentiers européens ont gelé les procédures du pacte pour éviter des sanctions à la France et l’Allemagne, l’heure est désormais à la conciliation.
Bruxelles, à qui l’on reproche souvent d’exiger des mesures d’assainissement trop rapides à des pays en récession économique, propose désormais de tenir compte davantage de la conjoncture et de la situation de chaque pays, en particulier du niveau d’endettement.
Enfin, le nouveau président devra faire fonctionner de manière collégiale une Commission élargie à 25, en évitant que chaque commissaire ne soit l’avocat des intérêts de son pays.
Sa feuille de route dépend également de la ratification de la Constitution européenne, qui prévoit notamment l’entrée du ministre européen des Affaires étrangères au sein du collège, avec rang de vice-président.
Surtout, le président de la Commission se retrouvera en première ligne d’une crise majeure si la Constitution est rejetée. Son rôle sera alors décisif pour redonner une impulsion à un projet européen ensablé.

• Fabrice Randoux (AFP)

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