Egypte-Israël : Le temps des divergences

Cet étalage intervient au lendemain de l’installation du nouveau président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dont l’élection avait été favorablement accueillie par les deux pays, ainsi que par leurs partenaires américains et européens dans le processus de paix.
La disparition de Yasser Arafat, qui avait été récusé par les Etats-Unis et Israël, devrait ouvrir « une fenêtre d’espoir » pour la reprise des contacts entre Israéliens et Palestiniens, bloqués depuis près de trois ans, a affirmé Le Caire. Mais Israël a annoncé le gel jusqu’à nouvel ordre de ses contacts avec la nouvelle Autorité palestinienne à la suite d’un attentat au point de passage de Karni, dans la bande de Gaza, qui a coûté jeudi la vie à six civils israéliens. L’opération palestinienne a été suivie le surlendemain par la mort de huit Palestiniens sous les balles de l’armée israélienne à Gaza. L’Egypte a réagi en demandant à Israël de poursuivre ses contacts avec M. Abbas au lieu de les geler afin d’amorcer le retour aux négociations, mais Israël a répondu en demandant au Caire d’exercer des pressions sur l’Autorité palestinienne, afin qu’elle mette un coup d’arrêt au « terrorisme » et procède à des réformes démocratiques.
Cet échange révèle deux approches différentes des priorités pour la relance du processus de paix: pour Israël, les Palestiniens doivent d’abord cesser leurs attaques contre les Israëliens pour prétendre à la table des négociations, mais pour l’Egypte les deux objectifs peuvent être poursuivis parallèlement et il serait vain d’attendre la fin des attentats sans progrès dans les négociations. En 1990, à la suite d’un attentat, alors qu’il négociait avec les Palestiniens, le ministre israélien de la Défense d’alors, Yitzhak Rabin, avait annoncé qu’il « fera la guerre au terrorisme, en poursuivant les négociations de paix », a rappelé le président Moubarak samedi dans un entretien avec la chaîne de télévision américaine PBS. Le directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, Ron Prosor, a été dépêché au Caire pour expliquer la position de son pays. Il devait être reçu dans la journée par le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Aboul Gheit, et le chef des services de renseignements, le général Omar Souleimane, chargé du dossier palestinien. « Notre patience a des limites (…) Nous savons bien que Abbas n’est pas un magicien comme le dit le président Moubarak, mais ses services de sécurité doivent agir », a affirmé à l’AFP, sous couvert d’anonymat, un haut responsable à la présidence du Conseil à Jérusalem.
Le porte-parole de la présidence égyptienne, Soleimane Awaad, avait affirmé samedi que ce que les Israéliens reprochent à M. Abbas est qu’il avait dénoncé en même temps l’attentat de Karni et les incursions israéliennes dans les territoires palestiniens. « Pouvait-on s’attendre qu’il condamne l’attentat de Karni sans s’intéresser au sort de son peuple? », s’était-il interrogé, avant de lancer qu’Abou Mazen a besoin de l’appui de tous, y compris de celui de son partenaire israélien. Il faut poursuivre les contacts, la coordination et le dialogue ». L’Egypte s’est déclarée prête à former des policiers pour aider l’Autorité palestinienne à prendre en charge la sécurité après le retrait unilatéral de l’armée israélienne de la bande de Gaza, prévu en 2005. Le président Moubarak a révélé samedi que les deux pays étudiaient la mise en place de 700 gardes-frontières supplémentaires égyptiens pour sécuriser les 70 km de ligne de démarcation entre Gaza et l’Egypte après ce retrait.

• Hassen Zenati (AFP)

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *