Les Chinois pensent à l’avenir

L’immense esplanade au cœur de Pékin est restée étrangement vide, alors que la vie reprend peu à peu son cours normal après un mois et demi de crise sanitaire. Les policiers, en uniforme et en civil, y étaient plus nombreux que les rares touristes, chinois et étrangers, absents en raison de l’épidémie.
Dans le nord-ouest de la ville, les grilles de l’Université de Pékin (Beida), comme celles de tous les campus, sont restées fermées et toutes les entrées et sorties filtrées par des gardes, seuls les personnels et les étudiants munis de leur carte étaient autorisés à passer après une prise de température au thermomètre infrarouge.
Interrogés sur le mouvement de 1989, beaucoup d’étudiants refusent de répondre, alors que des policiers en civil ne sont pas loin. «Je suis en première année, excusez-moi», dit l’un d’entre eux avant de serrer sa copine contre lui et d’accélérer le pas. «Nous venons d’obtenir notre diplôme de droit et sommes trop occupés à chercher du travail», déclare pour sa part une étudiante du nom de Zhang. Tiananmen? «Comme vous savez, il vaut mieux se taire sur ce qu’on ne connaît pas. Je pense que nous sommes trop jeunes et que nous n’avons aucun droit de nous exprimer là-dessus», ajoute-t-elle. «Le 4 juin est pour moi un jour comme un autre, mais cela ne veut pas dire pour autant que ce qui s’est passé il y a 14 ans me laisse indifférent», déclare Zhao, un étudiant en informatique à l’université Qinghua, interrogé un peu à l’écart. «Je pense que la cause des étudiants de l’époque était juste, mais je ne peux pas me prononcer sur le mouvement», explique Zhao, âgé de 25 ans. Avec des amis, Zhao a prévu d’aller manger au restaurant pour célébrer la fête de Duanwu, qui commémore traditionnellement le suicide du poète Qu Yuan, il y a plus de 2.000 ans, pour sauver son pays de la ruine. Mais pour lui, «cela n’a pas de signification particulière» cette année, alors que le calendrier lunaire fait tomber cette fête le 4 juin.
«Nous pouvons maintenant sortir du campus mais les contrôles restent très sévères. Avant, je faisais des petits boulots pour gagner de l’argent. Ce n’est plus autorisé maintenant», ajoute cet étudiant originaire de Mongolie intérieure. Kang, un étudiant en économie de 21 ans, trouve quant à lui qu’il «faut continuer à promouvoir des réformes, mais il ne faut pas s’opposer au gouvernement. En 1989, ça c’est terminé dans le sang. C’est une tragédie».

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