L’héritage européen de Mitterrand

C’est François Mitterrand, européen de coeur, qui a converti le PS à l’Europe. En 1983, alors que les finances de la France sont dans le rouge, il doit choisir: serrer les cordons de la bourse pour maintenir la France dans le Système monétaire européen ou préférer l’isolement. Contre l’avis d’une partie du PS, il prend le « tournant de la rigueur ». Un choix pro-européen fondateur pour le PS. Dans la dernière ligne droite de la campagne interne du PS, chaque camp a revendiqué sa fidélité à l’ancien président pour mieux étayer ses arguments. Il « s’enorgueillissait d’avoir toujours voté les traités européens », souligne François Hollande, champion du « oui ». Ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors raillait récemment les « visiteurs du soir », dont Laurent Fabius, qui avaient tenté en 1983 de convaincre le président de sortir du SME.
Les tenants du « oui » mettent aussi en avant la phrase prêtée à Mitterrand selon laquelle un présidentiable ne peut pas dire « non » à l’Europe. Une flèche décochée à Laurent Fabius, que les avocats du « oui » accusent de sacrifier l’Europe sur l’autel de ses ambitions présidentielles. En réponse, certains observent que l’appel de Cochin, lancé en 1978 par Jacques Chirac contre « l’inféodation de la France » à Bruxelles, ne l’a pas empêché d’entrer à l’Elysée. Le camp du « non » revendique aussi sa part d’héritage. Laurent Fabius, Premier ministre de Mitterrand de 1984 à 1986, reprend à son compte un de ses mots resté célèbre: il « disait toujours: ‘là où il y a une volonté, il y a un chemin’. Nous, nous avons la volonté de développer l’Europe, donc il y a un chemin ». Henri Emmanuelli, du courant « Nouveau monde », assure quant à lui que le défunt président plaidait pour un « approfondissement politique avant l’élargissement ».
Jusqu’à Lionel Jospin qui, après avoir revendiqué le « droit d’inventaire » des années Mitterrand en 1995, se prévaut désormais de son engagement européen.
Dans sa tribune en faveur du « oui » publiée le 22 septembre, l’ancien Premier ministre souligne qu’il a toujours soutenu les choix européens de l’ancien président, même s’il a eu des réticences sur le traité de Maastricht en 1992. Certains, enfin, tentent même des pronostics sur l’attitude qu’aurait adoptée François Mitterrand face au traité européen. « Ce n’est pas convenable de faire parler les morts, mais puisque vous me posez la question, je vous réponds que je n’ai pas de doute sur le fait qu’il aurait dit ‘oui' », assure Jean-Louis Bianco, qui fut son secrétaire général à l’Elysée. « Le Parisien » rapporte que François Hollande aurait eu ce trait d’humour, après que le PS eut racheté la salle à manger des Mitterrand: « On a fait tourner la table. Elle a dit ‘oui' »…

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