Pétrole : L’embargo serait nuisible

La mise en place d’un embargo pétrolier total par les producteurs arabes et islamiques serait plus nuisible à leurs propres intérêts qu’à ceux des États-Unis ou des autres pays occidentaux, estiment des analystes dans le Golfe. « La part du marché des États du Golfe et des autres pays arabes ne représente aujourd’hui que la moitié de ce qu’il était en 1973 », date du premier embargo pétrolier arabe contre l’Occident, relève l’analyste saoudien Ihsan Bu-Halaiga.
M. Bu-Halaiga, membre du conseil consultatif saoudien, estime que même si des pays comme l’Iran et la Libye s’associaient à l’embargo pétrolier décrété lundi par l’Irak « cela n’aurait pas un impact catastrophique sur le marché international ».
« Il y a déjà un surplus dans les approvisionnements de l’ordre de sept millions de barils par jour, ce qui représente la production de ces trois pays et par conséquence l’impact (d’un embargo) sera minime », a-t-il ajouté.
Selon lui, un embargo arabe total, qui paraît improbable après l’annonce mercredi par l’Opep que l’Iran et la Libye n’ont pas l’intention de suspendre leurs exportations, s’apparenterait à « un suicide, surtout pour les pays du Golfe », qui sont confrontés à des difficultés budgétaires et économiques. Sur le plan politique, une telle mesure serait peu judicieuse, car « elle fera le jeu des ennemis des arabes et de la cause palestinienne et non leurs amis », estime l’expert saoudien. Un autre expert pétrolier dans le Golfe, parlant sous couvert de l’anonymat, a affirmé que les pays arabes « se tireraient une balle dans le pied » s’ils optaient pour un embargo pétrolier collectif.
Une telle mesure affecterait à la fois les ennemis et les amis des arabes et susciterait la « colère du monde contre eux », a-t-il ajouté.
Selon M. Bu-Halaiga, les arabes devraient plutôt rétablir le boycott économique contre Israël en décrétant des sanctions sélectives contre les firmes traitant avec ou appuyant l’État juif.
Les onze pays membres de l’organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (Opaep) produisent quelque 13 millions de barils par jour, dont 7.053 pour l’arabie toute seule.
Le très influent ministre saoudien du pétrole, Ali Al-Nouaïmi, avait clairement refusé mardi de recourir à l’arme du pétrole.
« Nous sommes engagés à garantir la stabilité sur le marché pétrolier international et, en même temps, à assurer un prix juste du brut », avait déclaré M. Nouaïmi, cité par le quotidien arabe Al-Hayat. « L’Arabie saoudite s’oppose à l’utilisation du pétrole comme une arme pour exercer des pressions politiques sur l’occident ».
Le Koweit a également écarté l’idée de s’associer à un embargo pétrolier alors que la Norvège, troisième exportateur mondial de pétrole, a fait savoir qu’elle pourrait renoncer à la réduction de sa production pétrolière avant la date butoir du 1er juillet en raison du niveau actuellement élevé des cours.
Déclarant la guerre économique aux Etats-Unis, l’Irak, qui exportait quelque deux millions de barils par jour, a annoncé lundi qu’il cessait ses exportations de pétrole pendant trente jours en représailles à l’offensive israélienne dans les territoires palestiniens et appelé les autres producteurs arabes à faire de même. Cette décison n’a eu qu’un impact limité sur les cours du brut.
Vers 10h GMT jeudi, le baril de brent de la mer du nord pour livraison rapprochée en mai, référence sur l’international petroleum exchange (IPE) de londres, s’échangeait 25,66 dollars après avoir ouvert à 25,77 dollars à la corbeille, et clôturé à 26,01 USD mercredi.

• Omar Hassan (AFP)

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