BCE : Le Lyonnais rattrape le candidat Français

Une semaine décisive commence lundi pour Jean-Claude Trichet au tribunal correctionnel de Paris, où le gouverneur de la Banque de France est jugé avec huit autres personnes depuis,, le 6 janvier dans l’affaire des faux comptes présumés du Crédit lyonnais. Il sera appelé à la barre du tribunal correctionnel pour s’expliquer, pour la première fois en audience publique, sur son rôle présumé dans la dissimulation de la quasi-faillite de la banque en 1992, quand il était directeur du Trésor au ministère des Finances.
Ces interrogatoires détermineront l’avenir de sa candidature à la présidence de la Banque centrale européenne, que le Néerlandais Wim Duisenberg doit quitter en juillet. La situation judiciaire du gouverneur de la Banque de France, âgé de 60 ans, poursuivi pour « complicité de présentation de comptes inexacts et de diffusion de fausses informations », est très incertaine puisque le parquet n’a pas fait connaître avec précision s’il demanderait sa condamnation. Les éléments présentés au tribunal lors des six premières audiences semblent par ailleurs contradictoires.
Le tribunal doit déterminer si Jean-Claude Trichet a ou non ordonné ou donné son accord à la dissimulation dans les comptes du Lyonnais des risques que présentaient les engagements de la banque dans la firme cinématographique américaine MGM, le groupe douteux Sasea et le secteur immobilier. Jean-Yves Haberer, ex-P-DG du Lyonnais, a expliqué, dès la première audience, qu’il arrêtait les comptes après approbation du Trésor. « Je ne pouvais pas présenter des comptes si le Trésor ne me disait pas par avance qu’ils seraient votés en assemblée générale et en conseil d’administration », a-t-il dit. Il a cependant admis, lors de la sixièème audience, qu’il cachait des informations au Trésor sur la situation réelle de certains clients du Lyonnais. « Si nous racontions tout ce qui se passe dans une banque à l’administration d’Etat, dont fait partie le fisc, où irions-nous ? », a-t-il lancé. NOTE ACCABLANTE ?
Le Lyonnais semble avoir caché au pouvoir la situation critique de la Metro Goldwyn Mayer, où il s’était lourdement engagé aux côtés d’un homme d’affaires italien controversé, Giancarlo Parretti. La facture pour la banque a été dans ce dossier de plus de dix milliards de francs. Le Lyonnais aurait par ailleurs dissimulé la dégradation de la situation du groupe Sasea, autre partenaire douteux, dirigé par un autre homme d’affaires italien non moins discuté, Florio Fiorini. Le procureur a produit à l’audience une note de 1990, où Jean-Claude Trichet rendait compte à son ministre des Finances d’un entretien avec Jean-Yves Haberer au sujet de la MGM, ce qui semble démontrer que le problème était connu du Trésor. D’une manière générale, le juge d’instruction Philippe Courroye a estimé, dans l’ordonnance de renvoi, que l’admnistration ne pouvait ignorer la situation du Lyonnais, compte tenu de ses contacts fréquents avec ses dirigeants. Surtout, le gouverneur de la BdF devra s’expliquer sur une pièce à charge figurant au dossier.
Il s’agit d’une note signée de sa main et adressée au ministre de l’Economie le 23 mars 1993. Jean-Claude Trichet y explique que les comptes de la banque pour 1992 n’ont pas intégré la totalité des provisions pour risque jugées nécessaires et il l’explique par la nécessité d’afficher une situation de solvabilité de la banque conforme aux normes internationales.
« L’affichage d’une perte supérieure aurait conduit à ne pas respecter le ratio de solvabilité minimum de 8% et à susciter des interrogations sur la solidité financière du premier établissement européen », écrivait Jean-Claude Trichet. Pour le juge Courroye, cette note valait aveu de la complicité du gouverneur dans la falsification des comptes.
Jean-Claude Trichet a expliqué à l’instruction qu’il ne s’était pas « parfaitement exprimé » dans ce document. Après les trois audiences de la semaine à venir, le procès se poursuivra jusqu’au 12 février, puis le jugement sera mis en délibéré.

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