Libye : Après trois mois de frappes, la fatigue se fait sentir

La lassitude et la discorde se font sentir au sein de l’Otan après trois mois de frappes en Libye qui n’ont pas réussi à déloger le colonel Kadhafi et alors qu’aucune issue ne paraît imminente dans un conflit que les alliés restent pourtant déterminés à gagner. L’opération a déjà duré plus longtemps que certains l’avaient anticipée quand l’Otan en a pris la direction le 31 mars, prenant le relais d’une coalition occidentale qui avaient lancé les premières salves deux semaines plus tôt. Alors que la mission de l’Alliance atlantique en Libye entrera dans son quatrième mois vendredi, les tiraillements se font plus forts. L’Italie a réclamé la semaine dernière une suspension des hostilités et certains des plus petits alliés ressentent l’usure d’une opération où les sorties aériennes se succèdent à un rythme élevé. La Norvège, qui a envoyé six chasseurs F-16, a annoncé qu’elle allait mettre fin à son engagement dès le 1er août. Le commandant de l’opération, le général Charles Bouchard, refuse pourtant de baisser le rythme, expliquant que l’Otan a engrangé des «progrès significatifs» en ramenant de la «normalité» dans l’est du pays contrôlé par les rebelles et en enregistrant également des succès dans l’ouest. «Je ne pense pas qu’une réduction de l’opération soit appropriée à ce stade. En fait, nous continuons», a assuré mardi le général Bouchard.L’alliance a décidé de poursuivre son action au moins jusqu’à la fin septembre, et au-delà si nécessaire. «L’opération a rencontré plus de succès qu’il n’y paraît», estime pour sa part l’expert militaire Shashak Joshi, du Royal United Service Institute de Londres. Les alliés ont «dégradé les capacités militaires de Kadhafi, il l’ont acculé, ont réduit ses forces à l’extrême et rendu un changement de régime pratiquement inévitable», a déclaré M. Joshi à l’AFP. «Mais c’est vrai que tout cela se déroule dans un laps de temps politiquement risqué et qui a déjà causé certaines dissensions sérieuses», a-t-il ajouté. Le ministre italien des Affaires étrangères a lancé les hostilités en tançant l’alliance suite à des bavures qui, selon Tripoli, ont tué neuf personnes. Le secrétaire américain à la Défense sortant, Robert Gates, a lui sorti l’artillerie en reprochant aux Européens de trop compter sur les moyens, notamment financiers, des Etats-Unis, au point de commencer à manquer de munitions pour l’opération en Libye. Une charge que n’a guère appréciée le président français Nicolas Sarkozy, fer de lance de l’opération en Libye pour sauver Benghazi. Il a dénoncé ces critiques, les attribuant perfidement à «l’amertume» de «quelqu’un qui part à la retraite». En Libye, seuls huit des 28 pays de l’Otan, Etats-Unis, Belgique, Canada, Danemark, France, Italie, Norvège et Royaume-Uni, participent aux frappes aériennes et la moitié des membres de l’alliance n’apporte aucune contribution. Londres, Paris et Washington ont appelé d’autres pays à participer aux frappes, en vain jusqu’ici. «C’est un défi de trouver quelqu’un pour se joindre à l’opération», a reconnu un diplomate de l’Otan s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. «Mais à long terme, tout le monde aura besoin d’un peu de repos et il faudra bien qu’une rotation s’installe», estime-t-il. Pour Shashak Joshi, l’Otan devrait parvenir à ses fins, la France et le Royaume-Uni ayant trop investi politiquement dans ce conflit pour encore faire marche arrière. «Ils ne vont pas céder aux pressions de l’Italie en faveur d’un arrêt des frappes et ils continueront, que les Belges, les Norvégiens soient encore à leurs côtés ou non», estime l’expert britannique.

  Laurent Thomet (AFP)

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