Moussaoui seul face à l’Amérique

Si le jeune Français d’origine marocaine est résolument seul, il a décidé de se battre contre le système judiciaire américain tout entier. Une justice devant laquelle il est actuellement l’unique personne à répondre du drame du 11 septembre. Et une affaire qui pourrait bien lui coûter la peine capitale même si Zacarias Moussaoui se trouvait déjà en prison au moment des attaques terroristes. Pourquoi alors une condamnation à mort ? Les procureurs sont catégoriques : Moussaoui a menti aux agents fédéraux après son arrestation en déclarant qu’il prenait des cours de pilotage pour son «plaisir personnel». En mentant, Moussaoui aurait «personnellement permis que les attentats planifiés soient perpétrés». S’il avait dit la vérité aux agents fédéraux, ont ajouté les procureurs, «des milliers de morts auraient été évités».
Arrêté le 16 août 2001 dans le Minnesota pour infraction aux lois sur l’immigration, Moussaoui devait d’ailleurs, selon l’accusation, être le vingtième kamikaze des attentats qui ont fait quelque 3.000 morts. Des soupçons qui lui valent aujourd’hui six chefs d’accusation, notamment pour complot terroriste, de piratage, d’utilisation d’armes de destruction massive, et de coopération avec Al-Qaïda. Les procureurs ont d’ailleurs récemment indiqué qu’ils entendaient démontrer que Moussaoui s’était entraîné à tuer dans les camps d’entraînement du réseau de Ben Laden, en Afghanistan, et qu’il avait voyagé jusqu’aux Etats-Unis, «dans la seule intention de tuer».
Ce mardi, l’accusé âgé de 33 ans a encore une fois usé du seul droit dont il dispose, celui de se défendre, pour faire appel d’une récente décision de la juge fédérale concernant une expertise psychiatrique.
Leonie Brinkema avait décidé le 22 avril de soumettre Moussaoui à des examens médicaux pour savoir s’il était mentalement apte à se défendre seul devant le tribunal après que ce dernier ait décidé de se passer de ses avocats commis d’office. Moussaoui les soupçonnait de participer à une conspiration de l’administration américaine visant à l’éliminer physiquement. Il avait alors déclaré, en anglais : «ces avocats ne sont plus mes avocats (…)» et ajouté «je prie pour la destruction des Etats-Unis d’Amérique».
Fin avril, l’accusé avait fait une autre requête exigeant la récusation de la juge chargée de son affaire. «Une récusation est appropriée lorsque l’impartialité du tribunal peut raisonnablement être mise en doute ou lorsque le juge a un parti pris personnel ou un préjugé à l’égard d’une partie» lui avait répondu l’intéressée le 1er mai dans sa lettre de refus.
La juge Brinkema avait alors qualifié le comportement de Moussaoui de «peu orthodoxe» et «imprévisible», justifiant ainsi son refus de retransmettre le futur procès à la télévision. Les audiences de Zakarias Moussaoui se déroulent depuis plusieurs semaines au tribunal du district d’Alexandria, en Virginie, là où son procès s’ouvrira fin septembre devant un jury populaire.
En attendant, celui qui se présente comme «un esclave de l’Islam», reste détenu dans des conditions d’isolement quasi-total dans une vieille prison près du Pentagone. Comme «le taliban américain» Lindh, non encore inculpé, Moussaoui vit 22 heures sur 24 dans une petite cellule, sans radio ni télévision, et sans contact avec les autres détenus.

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