Profession ministre chanteur

Il est à la fois chanteur et ministre de la Culture du Brésil. Le public s’est déplacé en masse pour assister à son concert. De nombreux spectateurs le connaissent à travers ses chansons qui ont fait le tour du monde. Gilberto Gil est en effet l’un des fondateurs de ce qu’on appelle la «nouvelle musique brésilienne».
Lors de la conférence de presse qui a précédé son concert, il a expliqué qu’il l’a maintenu parce qu’il a été invité par les organisateurs du festival, bien avant qu’il ne devienne ministre. «C’est pour la qualité de ma musique que l’on m’a invité, et non pas parce que je suis ministre. Et cela me touche beaucoup», dit-il. Ses compositions ne participent pas ce qu’on l’on appelle la musique qui réclame une écoute religieuse. Ses fans savent qu’elle intègre les sonorités traditionnelles de sa région Bahia (Nord du Brésil) à la pop music.
En somme, une bonne partie du public ignorait peu de la teneur de la musique de l’intéressé, mais tout le monde était curieux de voir comment ce chanteur, devenu ministre, va se comporter sur scène. Va-t-il se tenir convenablement ? Chanter sans excès ? Avec les manières que requiert le poste qu’il occupe? Allait-il créer un genre nouveau : la musique diplomate ? Ou bien laisser dans la loge son costume de ministre pour reprendre ses habits d’artiste. Au physique, Gilberto Gil n’a pas changé de coiffure. Il a gardé ses cheveux rasta. Et à peine entré sur scène, il s’est abandonné au chant. Il a eu les réflexes d’un artiste soucieux d’entretenir l’intérêt de son public. Il réclamait ses applaudissements, lui parlait, expliquait les thèmes de ses chansons. Il esquissait des pas de danse, bougeait très franchement en envoyant ses pieds à droite, à gauche. Il a même quitté la scène pour se promener parmi le public. Deux drapeaux brésiliens ont été brandis pour saluer la communication de Gilberto Gil avec le public. Dans les propos qu’il a adressés au public, Gilberto Gil était soucieux d’expliquer à chaque fois le thème religieux d’une chanson. L’intitulé du festival de Fès semblait apparemment lui poser un cas de conscience. Il désirait que ses compositions ne jurent pas avec le sacré et la spiritualité qui ont fait la renommée de la manifestation dans le monde.  Bahia est une région connue pour l’application très originale qu’elle fait des croyances religieuses. Chaque mois de l’année est dédié à un dieu. Des pratiques syncrétiques qui mêlent croyances païennes, venues de l’Afrique noire, et la religion des conquistadors : le catholicisme. Gilberto Gil a expliqué tout cela. Mais sans doute agacé par la justification religieuse qu’il donnait à sa musique, il a dévoilé à la fin du concert sa religion de toujours. Il a en effet interprété une chanson de Bob Marley : «Jah love». «Ca, c’est ma véritable religion!» Parmi le public très attentif aux prestations de cet artiste, il y avait Mohamed Achaâri, notre ministre de la Culture. On imagine alors aisément que peu de gens ont pu se retenir d’avoir cette réflexion. «Et si le ministre de la culture marocain était chanteur pop et non pas poète, aurait-il pu se comporter de la même façon que Gilberto Gil ?»

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