Quand la musique se marie à la beauté d’un riad

Quand la musique se marie à la beauté d’un riad

Dans le cadre du 23ème Festival de Fès des musiques sacrées du monde

Pour cet ex-professeur d’histoire, cette ville est une mémoire historique. «Tout espace ou ruelle donne l’impression, à mon sens, d’être une toile artistique qui a en quelque sorte subi un abandon ou une marginalisation».

Lorsqu’un chauffeur de taxi dépose un client à la place Al Batha, il le livre à son propre sort. Dès lors, la recherche de l’endroit commence. La tâche est compliquée pour une personne qui ne connaît pas l’ancienne médina, encore moins ses ruelles. La musique se transforme ainsi en motif pour rechercher un riad au fin fond de la médina de Fès. Le recours ultime donc demeure d’y aller à pied. Certains piétons ont l’amabilité d’indiquer le chemin sans détours. C’est le cas d’un jeune que ALM a croisé et qui se propose de nous escorter jusqu’ à l’endroit recherché. Entre-temps, le concert de la virtuose chinoise de pipa, Lingling Yu, programmé, samedi dernier à 19 h dans le cadre du 23ème Festival de Fès des musiques sacrées du monde, commence déjà au riad Dar Bensouda. 

Un endroit «intimiste» en besoin davantage d’entretien

A l’arrivée, la musique émanant du pipa chinois de l’artiste retentit dans les locaux somptueux à première vue. Pour sa part, le public, assis sur des coussins, prend du plaisir à l’écouter. Ainsi la beauté du site se conjugue à celle de la musique de Lingling Yu. De temps à autre, les festivaliers présents lèvent les yeux pour contempler les murs plâtrés et chaulés du riad.  Un coup de chaux par un peintre serait certainement suffisant pour rendre leur blancheur à ces murs.

Quand même, le public présent, majoritairement étranger, est émerveillé par le lieu. «Je trouve que l’endroit est intimiste et chaleureux», estime German Escand, festivalière issue de France. A propos de la performance de l’artiste, l’étrangère indique  «C’est un très beau concert. Elle est très douée. Cela doit demander beaucoup de travail». La même impression autour du site est exprimée par une autre parisienne. «Je trouve que le fait d’animer un concert dans un riad est superbe. C’est une très bonne idée. Cela permet de découvrir des lieux insolites qu’on aurait jamais pu croire exister. Cet endroit est exceptionnel», précise Patricia. Pour elle, le concert est à son tour merveilleux, voire exceptionnel. Un autre festivalier de France, prénommé Patrice, trouve, pour sa part, que «l’instrument est étrange, assez joli et mélodieux à la fois». Quant au riad, il est assez sympathique à ses yeux.

Des concerts à reproduire selon les Marocains

Pour El Mehdi Zine El Abidine, professeur d’histoire retraité, originaire de Fès, rencontré à la fin du concert, l’espace est meublé d’un public qui vit «un état soufi» à travers une musique du monde interprétée par les mains de l’artiste ayant émerveillé le public. «Il faut que de telles initiatives se produisent constamment à Fès», estime-t-il. Pour cet ex-professeur d’histoire, cette ville est une mémoire historique. «Tout espace ou ruelle donne l’impression, à mon sens, d’être une toile artistique qui a en quelque sorte subi un abandon ou une marginalisation», enchaîne-t-il. A ses yeux, des manifestations artistiques du genre permettent de ressusciter ces espaces. «Nous en avons vraiment besoin», estime El Mehdi Zine El Abidine. Celui-ci ne manque pas de remonter le temps par l’occasion. «Cette maison appartenait à la famille Skalli en 1963. Quand j’étais enfant, je me souviens qu’elle a abrité les premières élections parlementaires. Parmi les candidats dans cette circonscription, il y avait Allal Fassi. J’habitais près de cette ruelle et quand je suis rentrée dans cette maison il était en train de faire son discours», se remémore-t-il. Son ami Hamid Erras, professeur d’histoire à Kénitra, encore en fonction, partage le même sentiment à propos du concert. «Je suis impressionné», s’exprime Hamid Erras. «J’apprécie Fès énormément. C’est une ville que je fréquente constamment. C’est pour la première fois que j’assiste au festival de Fès. Heureusement que l’ouverture coïncide avec un week-end», estime le professeur d’histoire.

Concernant l’ouverture du festival sur les riads, El Mehdi Zine El Abidine trouve que  cette nouvelle formule permet aux ruelles et palais de la médina de renaître de leurs cendres. «Ces espaces que les propriétaires ont quittés sont demeurés fermés. Quand on programme une musique spirituelle et universelle dans ces endroits, on y insuffle une nouvelle vie», conclut-il.

Dans l’ensemble, le public du concert de Lingling Yu au riad Dar Bensouda a une bonne impression de la musique de cette artiste et du riad Dar Bensouda. A découvrir !

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