Eco-construction : Un développement toujours timide

Eco-construction : Un développement toujours timide

Entretien avec Fatimaazzahra Bendahmane, architecte

Répondre aux enjeux environnementaux actuels et respecter les exigences d’un habitat confortable, économique et écologique… Ce sont en gros les principales caractéristiques d’une habitation durable. La donne de durabilité se développe de nos jours dans le secteur de la construction. Pour détailler cette notion, nous avons donné la parole à Fatimaazzahra Bendahmane, fondatrice du bureau d’architecture Eco-Activa. La gagnante du prix argent de Lafarge Holcim détaille dans cet entretien les principes de la construction durable et analyse son élan au niveau national.

ALM : Vous avez été récemment consacrée lors de la 5ème édition du concours international de Lafarge Holcim. En quoi consiste le projet qui vous a valu cette distinction ?

Fatimaazzahra Bendahmane : En effet, le projet de l’école durable des Aits située au Village d’Ait  Haddou a reçu le prix «Silver» Lafarge Holcim/catégorie principale. La conception du projet tient compte des principes du design passif  pour réduire la charge énergétique du bâtiment, et le CO2 associé à la construction au minimum. C’est une démonstration à travers un exemple tangible de comment l’architecture peut apporter une solution concrète aux vulnérabilités climatiques, en rassemblant technologies et savoir-faire local ainsi qu’en valorisant des métiers et en créant de nouvelles offres du travail et diversifiant l’offre des matériaux à juste titre.

Comment définiriez-vous la construction durable ?

C’est d’abord l’adaptation des structures architecturales à l’environnement. C’est un réel défi, d’autant plus que les zones les moins dotées en infrastructure sont les plus vulnérables.  Cette vulnérabilité pourrait se convertir dans l’approche durable en un terrain riche, où on peut apporter des solutions concrètes, innovantes et sur mesure en matière de planification et d’architecture. Mais cela ne serait efficace que si l’on prenait en compte les spécificités réelles et les ressources en termes de matériaux, d’énergies de chaque région du Maroc.

Quel coût engendre ce type de construction ?

La construction durable n’est pas forcément coûteuse, si l’intention de la réaliser est exprimée et intégrée dès les premiers stades de la conception d’un projet, cela apporterait une inscription facile dans un modèle bioclimatique adapté et en parfait accord avec son environnement, assurant une réduction de la facture d’énergie, en cycle de construction mais également en cycle de vie du bâtiment. La construction durable peut également avoir un impact direct à plusieurs niveaux. Sur le plan financier, elle assure le plus grand potentiel d’optimisation thermique, de consommation d’énergie, d’eau afin de faire baisser les charges énergétiques d’un bâtiment et rendre l’investissement en énergies renouvelables une option accessible financièrement. Sur le plan environnemental, l’usage de matériaux de construction appropriés selon la région permet de réduire au maximum les émissions CO2 associées aux matériaux et d’alléger l’empreinte écologique.  La construction durable assure également le confort. Concevoir en respect au climat et de l’environnement est directement associé à une notion de confort. L’éco-habitat correctement implanté, orienté, permet d’assurer le confort (thermique, ventilation naturelle, autonomie lumineuse naturelle..) de manière passive (low-tech) et de  surcroît  offre de l’économie à long terme. Au niveau social, l’éco-construction consiste également à explorer et améliorer les métiers locaux, en les introduisant dans des cycles de production innovants et en les employant dans divers domaines, autres que la production artisanale.

Quelles sont les exigences à prendre en compte dans ce type de construction ?

Tout d’abord la contextualisation, à savoir prendre l’environnement et le climat comme paramètre de conception.  L’innovation devrait également être au cœur de la construction durable au même titre que la technicité, le savoir-faire des professionnels, et l’adhésion des commanditaires. De par ma propre expérience, nous travaillons à Eco-Activa avec un modèle que l’on a baptisé le «Project shape», qui apporterait, quelle que soit la nature du projet (immeubles, maison de campagne, bureaux..) une optimisation conséquente sur le plan financier tout en respectant l’environnement. Il s’articule autour de six axes. Citons entre autres l’analyse climatique, le choix et paramétrage des matériaux de construction les plus adéquats et la déclinaison des conclusions climat en recommandations tangibles par rapport à l’orientation du projet, l’ensoleillement, la ventilation, l’incidence et autonomie lumineuse, incidence solaire superficielle, etc.

Selon vous comment se développe la construction durable au Maroc?

La construction commence à se développer et s’orienter durable, mais cela reste encore très timide.   Il y a bien évidemment une mise en contexte installée d’abord par une volonté politique, une réglementation qui la soutient, et un engagement des donneurs d’ordre sur certains bâtiments emblématiques. Je suis confiante que les années à venir affirmeraient la position de la construction durable comme le choix le plus adapté non seulement par rapport à l’environnement et l’économie d’énergie, mais également par rapport au confort apporté aux usagers des bâtiments.

Cette notion est-elle bien ancrée dans les esprits des particuliers ?

Il y a une conscience que la construction durable offrirait des avantages plus intéressants que celle conventionnelle, mais cela serait rarement une demande directe d’un client particulier.  Les particuliers demandeurs de la construction durable aujourd’hui l’associent plutôt à une image de marque  qu’à l’approche  environnementale, mais cela reste quand même un très bon vecteur pour sa médiatisation.

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