Indication géographique du safran : L’apport du PMV loué par la FAO

Indication géographique du safran : L’apport du PMV loué par la FAO

La politique incitative du ministère de tutelle a également favorisé l’adoption de l’AOP

L’indication de l’origine a permis d’augmenter considérablement le prix du produit final, avec une importante valeur ajoutée.

Le safran de Taliouine étiqueté en indiquant son lieu d’origine génère de nombreux avantages économiques et sociaux, et illustre une démarche d’indication géographique (IG) visant à valoriser une production traditionnelle et réputée comme pivot pour la structuration de la filière et le développement rural d’une zone économiquement marginalisée, souligne une étude publiée récemment par l’Organisation de l’agriculture des Nations Unies (FAO).

Intitulé «Renforcer les systèmes alimentaires durables grâce à des indications géographiques», le rapport élaboré en partenariat avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) analyse l’impact économique de l’indication géographique dans neuf études de cas, dont le safran marocain. L’indication de l’origine a permis d’augmenter considérablement le prix du produit final, avec une importante valeur ajoutée.

Selon ce document, cette filière s’est organisée de manière importante, en lien avec la mise en œuvre du Plan Maroc Vert, qui a appuyé la multiplication des coopératives ainsi que l’organisation en Groupement d’intérêt économique (GIE). Entre 2010 et 2014, le nombre de coopératives certifiées pour l’appellation d’origine protégée (AOP) a été multiplié par 7 (passant de 5 à 35 coopératives). La politique incitative du ministère de l’agriculture a également favorisé l’adoption de l’AOP safran en subventionnant les frais de certification. Cette réorganisation de la filière s’est traduite par l’évolution de la production et du volume commercialisé. Le FAO explique que cette amélioration est due à trois facteurs : l’augmentation des surfaces cultivées, les meilleures conditions des petits producteurs grâce au soutien gouvernemental pour les systèmes d’irrigation et, enfin, l’intensification des pratiques de production.

«La comparaison des ventes du safran AOP par les coopératives avec les autres canaux de vente est intéressante. En effet, les quantités vendues par les producteurs hors coopératives ont diminué de -26% entre 2000 et 2014 alors que les quantités vendues par les coopératives et les entreprises privées ont augmenté de +1.075% sur la même période. Ainsi, cette analyse montre que les coopératives permettent de mieux vendre le produit AOP, comparé aux ventes individuelles», affirme l’étude. Et d’ajouter que «les prix payés aux producteurs hors coopératives ont augmenté de +40% entre 2000 et 2014, passant d’environ 11.500 DH/kg en 2000 à environ 16.000 DH/kg en 2014. Les prix payés aux producteurs via les coopératives ont, quant à eux, augmenté de +500% entre 2000 et 2014, passant d’environ 3.300 DH/kg en 2000 à environ 17.000 DH/kg en 2014. La mise en place a donc eu un effet prix positif pour l’ensemble des producteurs mais nettement supérieur pour ceux qui adhèrent aux coopératives». L’un des impacts observés à travers des enquêtes de terrain concerne la diversification des marchés officiels. Les ventes de l’AOP dans les supermarchés des villes côtières (Casablanca, Agadir et Rabat) ont bénéficié d’une hausse de 137% en volume entre 2010 et 2014, l’exportation gérée par les coopératives et entreprises s’est renforcée et enfin, des magasins locaux ont été créés.
L’effet de substitution des ventes individuelles par les ventes de coopératives structure le marché formel. En effet, les ventes faites par les coopératives et sous AOP renforcent le circuit formel et le rendent plus transparent.

L’étude souligne que l’AOP est un des outils qui permettent progressivement de limiter la contrefaçon, de renforcer la réputation et d’organiser la filière, par une stabilisation du revenu des opérateurs.

Un autre effet indirect souligné par ce rapport concerne le développement du tourisme. La création d’un festival annuel du safran a été une des actions majeures pour promouvoir le safran de Taliouine AOP dans la région. Cela a également permis le développement d’une autre activité: la création de magasins pour recevoir les touristes. La dynamisation du territoire a été aussi soutenue par les différents projets de formation mis en place pour les producteurs sur différentes thématiques techniques.

D’après la même source, le contrôle de la qualité est fait tout d’abord par les producteurs eux-mêmes, grâce aux formations que le Conseil régional du SMD dispense.

Le Conseil régional  Souss-Massa lui-même contrôle les producteurs. Un troisième contrôle est fait par Normacert, l’organisme accrédité pour la certification, responsable de l’émission du certificat de conformité. Les contrôles sont faits une fois par an, aléatoirement, sur toutes les étapes de production et de transformation, tant pour le contrôle fait par le Conseil régional que pour celui fait par Normacert. Concernant les coûts de certification, les coopératives et les GIE reçoivent des subventions de l’Etat, tandis que les entreprises privées payent pour cela une taxe fixe de 8.000 DH par an (soit 745 euros).

L’étude rappelle qu’en 2008 a été promulguée la loi marocaine nº25-06 relative aux signes distinctifs d’origine et de qualité des denrées alimentaires et des produits agricoles et halieutiques. Cette règlementation sui generis prévoit deux types de protection: l’indication géographique protégée (IGP) et l’AOP. Cette loi s’insère dans la politique du ministère de l’agriculture pour le développement agricole, le Plan Maroc Vert, dont l’un des axes est de promouvoir les produits issus de la petite agriculture.

Le département de l’agriculture est responsable de la reconnaissance des IGP et AOP et gère le registre en lien avec l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (Ompic).

 

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