Mohamed Horani : «Le paiement mobile démarre dans quelques semaines»

Mohamed Horani : «Le paiement mobile démarre dans quelques semaines»

Entretien avec Mohamed Horani, président-directeur général de HPS

Le paiement mobile sera appliqué dans les semaines à venir.  Débitée soit sur une carte bancaire, soit sur la facture opérateur, ou sur un porte-monnaie électronique, cette transaction permettra aux consommateurs de régler des achats via téléphone mobile. Dans ce sens, Bank Al-Maghrib avait annoncé en décembre dernier que ce type de paiement se ferait sur la base du principe de l’interopérabilité, à savoir la capacité qu’ont les usagers à échanger de l’argent via des solutions offertes par différents fournisseurs. Ce qui favorise notamment la réalisation de transferts d’argent inter-réseaux et suppose la collaboration des différents acteurs du secteur. Pour comprendre cette révolution dans le paiement mobile au Maroc et en savoir plus sur les nouvelles possibilités qui s’offrent pour ce marché, nous sommes allés à la rencontre de Mohamed Horani, le PDG de HPS.

ALM : Vous qui êtes au cœur du métier des solutions de paiement omnicanal, comment se porte le paiement électronique au Maroc ?

Mohamed Horani : Au Maroc, nous avons un paysage monétique très développé par rapport à d’autres pays africains, notamment en termes de nombre de cartes. Nous sommes de loin en peloton de tête juste derrière l’Afrique du Sud mais également en nombre de transactions. Cependant pour le mobile, on a pris un petit peu de retard. Mais cette année, c’est-à-dire dans quelques semaines, nous verrons également le paiement mobile au Maroc qui va se caractériser par une propriété qu’on appelle «interopérabilité». 

Qu’entendez-vous exactement par l’interopérabilité ?

Il s’agit du principe simple qui permet à des clients de n’importe quelle banque ou institution de payer ou transférer de l’argent vers un client de n’importe quelle autre banque ou n’importe quel autre établissement de paiement. Je vous donne un exemple, au Kenya, le M-Pesa qui est un opérateur telecoms ne fonctionne uniquement que dans son réseau, le principe de l’interopérabilité n’est pas appliqué. Dans le cas du Maroc, la banque centrale a pris la bonne décision en permettant que le paiement mobile soit donc interopérable. Sur le plan pratique, nous avons déjà le «Switch» qui est prêt pour pouvoir échanger entre les banques, etc. Tout est donc en place pour démarrer cette activité prochainement, à savoir au premier semestre 2018.

Pour vous, que faut-il justement pour booster le paiement mobile au Maroc?

En fait, il y a des solutions et des produits qui vont être offerts par les banques et par les établissements de paiement dans ce cadre. Vous savez qu’actuellement nous avons le statut d’un établissement de paiement, c’est-à-dire qu’il n’y a pas que les banques qui peuvent être actives dans ce domaine. Il y a aussi ce qu’on appelle les établissements de paiement qui sont régis par des règles beaucoup moins exigeantes par rapport aux banques et qui peuvent contribuer et être actifs dans le domaine du paiement mobile.

L’avantage de cette initiative c’est que ça va permettre en tout cas de toucher d’autres populations qui ne sont pas aujourd’hui encore bancarisées. C’est un excellent moyen d’inclusion financière parce que, comme vous le savez, il est plus facile d’avoir un mobile et de nos jours tout le monde en a un. Autre point important, on n’a pas besoin d’un compte bancaire dans ce cas. Je m’explique, il suffit de déposer de l’argent qui va être stocké dans un compte qui n’est pas forcément bancaire, on peut dire un compte «monétique». Ces solutions vont permettre donc d’élargir le spectre des utilisateurs du paiement électronique. On est bien conscient que cela ne va pas être facile au départ mais de mon point de vue au Maroc, les gens sont avertis sur les questions des nouvelles technologies et suivent de près toutes ses évolutions. Nous sommes optimistes là-dessus. 

Qu’en est-il de la sécurisation du paiement ?

Ce sont des solutions qui sont aux normes internationales, les plus exigeantes en matière de sécurité parce qu’on ne peut pas se permettre de mettre en place un moyen de paiement sans qu’il y ait la sécurité qui va avec. Nous avons la chance d’avoir des sociétés marocaines comme HPS d’ailleurs qui sont très en avance dans le domaine. Vous savez que HPS aujourd’hui a des clients dans 85 pays sur les cinq continents. En termes de chiffre, on collabore avec des clients qui ont des milliards de transactions par an. Par exemple un de nos clients a 4 milliards de transactions par an en Europe. Il s’agit de milliards d’euros et si le paiement n’est pas sécurisé, il y a un problème. De plus, nous disposons des compétences hautement qualifiées. Nous n’avons aucun problème de ce côté-là. Par contre effectivement sur le plan marketing, il va falloir faire des efforts et offrir des produits adaptés aux attentes des Marocains parce qu’effectivement la bataille aujourd’hui dans le monde entier se fait sur ce qu’on appelle «l’expérience client». C’est-à-dire il faut offrir au client une solution plus facile, plus simple, plus rapide et moins chère. Nous disposons de tous les ingrédients pour attirer la clientèle à utiliser ce moyen de paiement qui est vraiment très commode. C’est que le cash est le moyen qui marche le plus. Mais, pour payer il faut parfois aller retirer de l’argent quand on n’a pas de la monnaie sur soi. Par contre avec le paiement mobile, il suffit d’un clic. La commodité de l’outil va permettre d’intéresser le consommateur marocain.

Sur le plan juridique, pensez-vous que l’environnement est propice pour la création de ce genre de projet ? 

Bank Al-Maghrib a donné l’autorisation à cinq établissements de paiement qui vont très bientôt lancer leurs produits. Évidemment il y a également la relation entre les porteurs de ces moyens de paiement et leur émetteur, c’est-à-dire les banques et les établissements de paiement, qui sont régis par des contrats comme ce qui se fait pour les cartes. Il y a un contrat qui régit la relation entre un porteur d’une MasterCard, Visa ou autres et la banque qui émet la carte, même chose pour les commerçants qui acceptent ces moyens de paiement.

Ils sont garantis par une banque ou par un établissement de paiement à travers un acte qui est également signé entre les deux parties et qui définit toutes les conditions et toutes les règles conformément aux exigences de la banque centrale.

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