Jerada : Les balles de la haine

Jerada : Les balles de la haine

Vendredi 22 juillet dernier, Aïssa Berrissoune se dirige, comme il a l’habitude de le faire depuis cinq ans, vers Bouihi, commune d’Oulad Sid Lhaj sur le sol algérien. Ce jeune homme de 25 ans se livrait à de petits trafics de carburant en compagnie de quelques-uns de ses amis de douar Lehdahda. Les transactions se font généralement sous forme de troc avec les villageois algériens qui ont fini par se lier d’amitié avec Aïssa et ses amis et avoir beaucoup d’affection pour ses voisins de l’autre côté de la frontière. Normal quand on sait que Aïssa et les siens habitent à 500 mètres de la frontière.
Ce vendredi, à 21 heures passées, le petit périple de Aïssa et ses amis tourne au drame. Ayant à peine parcouru 800 mètres sur le sol algérien, le groupe est pris d’assaut par des soldats qui leur tirent dessus sans la moindre sommation. Aïssa y laissera la peau.
A en croire Lakhdar Berrissoune, oncle de la victime, le jeune Aïssa a été abattu d’un tir presque à bout portant par l’un des soldats d’un groupe de huit. Les soldats algériens auraient continué à faire preuve d’acharmement en tirant sur le jeune homme jusqu’à ce qu’il devienne inerte. Pourtant, les cinq compagnons de la victime réussirent à rentrer au douar et informer la famille Berrissoune du drame.
Selon des témoignages recueillis dans cette région enclavée de l’Oriental (à 37 kms de Jerada), l’assassinat de Aïssa ne constitue nullement un précédent. Rien que pour douar Lehdahda, l’on compte déjà parmi les morts un jeune assassiné en 2000 de la même manière par les gardes-frontières algériens, Hassan Maâyane dont les douleurs de la famille viennent d’être ravivées par cet autre acte de lâcheté à la gâchette facile.
Pour Mokhtar Rachdi, député GSU de Jerada, l’assassinat de Aïssa Berrissoune est la « goutte qui fait déborder le vase ». Le député cite d’autres abus de l’armée algérienne dont les éléments ne rechignent pas à tirer sur des bêtes égarées quand ces dernières ne sont pas réquisitionnées. Selon ce député, Figuig et ses environs connaissent également nombre d’abus de la sorte et qui vont de la réquisition de troupeaux de chameaux appartenant à des Marocains au vol ou à la mise à sac des palmeraies lors des saisons de récolte des dattes. Pire encore, un enfant à la recherche de truffes sur la frontière a toutes les chances de se faire trucider par des soldats algériens qui semblent se complaire dans ce jeu macabre.
C’est pour ces raisons d’ailleurs, et face au ras-le-bol des populations, que Mokhtar Rachdi a adressé une question écrite au ministre des Affaires étrangères demandant des mesures pour protéger les Marocains résidant près de la frontière. Pour le député GSU de Jerada, l’Etat marocain doit assumer ses responsabilités.
Pour le moment, c’est le devenir de la dépouille du jeune Aïssa Berrissoune qui continue à poser plein de problèmes. Assassiné du côté du cercle d’Oulad Sid Lhaj, sa dépouille a été transportée vers l’hôpital de Sid Eljilali avant d’atterrir à l’hôpital de Tlemcen.
Le comble, ce sera quand un procureur algérien donnera l’ordre d’inhumer le cadavre du jeune Aïssa comme appartenant à une personne sans identité. Des jeunes de Bouihi, qui connaissaient bien la victime, s’interposeront pour affirmer qu’il n’en était rien. L’un d’entre eux prendra même attache avec la famille de Aïssa pour avoir les papiers d’identité. Pour autant, le problème n’est pas résolu. La famille de la victime affirme avoir contacté les consulats du Maroc à Oran et Tlemcen pour prendre les mesures qui s’imposent et faciliter le rapatriement de la dépouille. En vain, nous affirme Lakhdar Berrissoune. Aux dernières nouvelles, la famille de la victime attendait toujours l’autorisation du directeur de l’hôpital de Tlemcen pour récupérer la dépouille de Aïssa.
Et ce ne sera pas fini. La famille de la victime, qui ne s’est pas encore remise du drame, doit faire face à de lourdes dépenses, soit le montant nécessaire pour que Aïssa puisse être enterré près des siens. Démunie comme le reste des familles de Lehdahda, la famille Berrissoune compte sur l’intervention des autorités marocaines. En attendant que des mesures de protection soient prises et que les soldats algériens optent pour d’autres cibles pour leur macabre hobby.

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