Latifa Ibn Ziaten : «J’insiste sur l’importance de l’éducation contre toute forme de violence et de délinquance»

Latifa Ibn Ziaten : «J’insiste sur l’importance de l’éducation contre toute forme de violence et de délinquance»

Latifa Ibn Ziaten, présidente de l’Association Imad pour la jeunesse et la paix

Rencontrée par ALM lors du dernier Forum MEDays, Latifa Ibn Ziaten parle de ses actions de prévention et de lutte contre la radicalisation et le terrorisme, menées après l’assassinat de son fils Imad par Mohamed Merah.

ALM : Six ans après l’assassinat de votre fils, le maréchal des logis-chef Imad Ibn Ziaten, êtes-vous toujours sollicitée à intervenir dans des établissements scolaires ou lors des événements pour la lutte contre le terrorisme ?

Latifa Ibn Ziaten : Personnellement j’insiste depuis toujours sur l’importance de l’éducation contre toute forme de violence et de délinquance. J’en ai fait un combat au quotidien. J’essaie grâce à une convention que nous avons signée avec le ministère de la justice de communiquer et de discuter avec les détenus des maisons d’arrêt sur les différents sujets pour leur faire éviter la délinquance et la radicalisation. J’interviens également deux à trois fois par semaine dans des établissements scolaires où je donne des conférences sur le racisme, la xénophobie, l’immigration, le terrorisme, l’antisémitisme et la haine de l’autre. Je les invite à donner leurs points de vue sur tous ces sujets. Nous parlons de religion, de tolérance et du respect de l’autre. Je leur explique par exemple, en tant que musulmane, que l’Islam n’est pas une identité ni une nationalité mais une foi que je pratique et que je ne dois pas imposer comme religion à l’autre, et ce en respect l’un de l’autre.

Que signifie pour vous le grand soutien apporté par SM le Roi Mohammed VI lors du dernier hommage rendu à l’âme d’Imad Ibn Ziaten au Maroc ?

Je suis très ravie et honorée d’avoir eu l’aide de SM le Roi Mohammed VI pour l’organisation de cet hommage à la mémoire de mon défunt fils au Maroc. C’était un beau geste du Souverain qui nous a beaucoup appuyés et aidés à l’organisation de cette commémoration à l’occasion du cinquième anniversaire de l’assassinat d’Imad. Je voulais toujours qu’une grande cérémonie de commémoration soit tenue au Maroc, pays de ses origines et où le défunt est enterré à côté des siens. Imad repose au cimetière de M’diq. Il est enterré à côté de ses grands-parents et en face de la mer, qu’il aimait beaucoup de son vivant. Le défunt avait un grand amour pour M’diq où il était bien aimé et très respecté par ses habitants. Je me rappelle qu’Imad m’avait dit dix jours seulement avant sa mort qu’il tenait à être enterré dans cette petite ville. Je lui avais parlé de mes inquiétudes à entendre de tels propos. Sans oublier de lui faire part de mon souhait que ma mort ait lieu avant la sienne, et non pas le contraire. Nous sommes actuellement en pleins préparatifs pour le prochain hommage à l’âme d’Imad, dont les activités auront lieu en mars prochain et avec des actions en faveur des habitants de M’diq et les zones avoisinantes. Nous prévoyons à cette occasion l’inauguration de nouveaux projets éducatifs et culturels réalisés dans la région par l’Association Imad.

J’interviens deux à trois fois par semaine dans des établissements scolaires où je donne des conférences sur le racisme, la xénophobie, l’immigration, le terrorisme, l’antisémitisme et la haine de l’autre. Je les invite à donner leurs points de vue sur tous ces sujets. Nous parlons de religion, de tolérance et du respect de l’autre.

Pourriez-vous nous parler des actions réalisées au Maroc ?

Nous avons essayé, comme en France, d’élargir nos activités sur plusieurs villes au Maroc. Nous avons réussi à mettre en place une antenne de l’Association Imad à M’diq pour faciliter le renforcement de notre présence à travers le Royaume. Nous prévoyons, lors du prochain hommage dédié à la mémoire de mon défunt fils, une caravane médicale multidisciplinaire désignée aux deux maisons d’arrêt à Tétouan et Oued Laou. Cette caravane bénéficiera aussi aux habitants du petit village Ahliyine, situé entre M’diq et Fnideq. Cet hommage connaîtra également l’inauguration de trois bibliothèques et une salle informatique, notamment au centre pénitentiaire à Oued Laou et dans deux établissements scolaires de la région de Tétouan. Nous avons déjà réalisé plusieurs projets éducatifs et culturels, dont des bibliothèques scolaires à M’diq, Fnideq, Martil, Belyounech et Marrakech. Nous venons de créer un musée à Figuig, qui porte le nom d’Imad et est dédié à la mise en valeur du patrimoine matériel et immatériel de la ville. Nous avons voulu faire participer à cette initiative des élèves de l’école de le deuxième chance de Sarcelles et ceux du Centre Epide de Val-de-Reuil à travers la réalisation des travaux de jardinage et peinture des lieux. Je suis fière de toutes nos actions réalisées au Maroc ou dans d’autres pays, qui portent l’empreinte d’Imad et font perdurer son souvenir.

Comment interprétez-vous l’hommage que vous a rendu Christophe Willem à travers sa chanson «Madame» ?

«Madame» est une belle chanson que j’aime beaucoup. C’est un beau geste de la part de Christophe Willem, qui m’a tellement touchée. Il témoigne de la grande confiance et du soutien des gens à notre cause. L’Association Imad, dont le siège est à Rouen, s’agrandit de jour en jour. Elle a pu installer ses antennes à Toulouse, Nice, Marseille. Nous espérons faire de même au Maroc pour pouvoir travailler avec la jeunesse marocaine des différentes régions.

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