Maladies mentales : Crise de moyens

Maladies mentales : Crise de moyens

«Nous ne sommes ni plus ni moins malades mentalement que les autres citoyens du monde», voilà la déclaration du Pr. Driss Moussaoui, du centre psychiatrique universitaire d’Ibn Rochd à Casablanca. Les Marocains sont donc dans la normalité en termes de troubles mentaux. Ils sont en conformité avec les statistiques de l’OMS (organisation mentale de santé) : une personne sur quatre peut être atteint durant sa vie, un jour ou l’autre, d’un trouble mental. Selon Driss Moussaoui, ce quota serait à l’heure actuelle plus important. Il explique cette évolution par les populations de plus en plus vieillissantes et par l’ «affinement » des instruments de détection des maladies mentales,  ainsi que la pression de la modernité. Ceci est valable pour les Marocains au même titre que les autres populations. Toutefois, nous sommes loin du compte quant aux moyens matériels et humains pour prendre en charge nos malades mentaux. «Pour faire face aux urgences et aux cas graves, nous avons au moins besoin de 1.300 médecins. Pour l’heure, ce ne sont que 350 psychiatres qui sont en activité», annonce le Pr. Driss Moussaoui. Même chose pour les infirmiers qualifiés qui sont au nombre de 35 agissant à Casablanca.
Quant à la capacité litière, les 1.900 lits qu’offrent les centres psychiatriques au Maroc ne correspondent nullement aux besoins. Telle est la situation dramatique à laquelle doit faire face le malade mental autant bien que sa famille au Maroc. La cherté des médicaments et la méconnaissance de la maladie sont là pour enfoncer le clou davantage.
En effet, Au Maroc, les gens continuent à confondre attardé mental et malade mental. Le «fou», c’est celui qui traîne dans les rues, parlant tout seul, bavant et se faisant chahuter par les gosses. C’est l’image d’un attardé mental livré à lui-même et non celle de quelqu’un souffrant d’un trouble mental. «Une personne souffrant de dépressions ne se laissera pratiquement jamais surprendre. Elle veillera toujours à cacher son anormalité. C’est valable aussi pour d’autres troubles plus graves », fait remarquer Moussaoui. L’image de «l’idiot du village» n’a donc rien à voir avec la réalité. La maladie mentale va du simple trouble anxieux et dépressif aux maladies mentales graves comme la schizophrénie. Elle atteint le cerveau, l’un des organes les plus complexes de l’être humain, au même titre que les autres organes. Elle nécessite traitement, quel que soit le stade de sa gravité. Une dépression non-traitée peut causer d’éclatement familial et des échecs professionnels, alors qu’elle peut être guérie par quelques séances d’écoute et un traitement médical à base d’anti-depressifs. C’est dans ce sens que le pourcentage de 1/4 choque plus d’un. La maladie mentale est parfaitement méconnue du Marocain moyen. Ce type de maladie est considéré même comme tabou chez bon nombre de Marocains. Avoir dans sa famille une personne gravement atteinte mentalement relève de la honte. Il faut la cacher ou pire encore s’en défaire en l’exilant à Bouya Omar ou Bouya Rahhal. «Environ 70 % des malades qui viennent nous consulter ont déjà été ou iront après chez l’un des charlatans dont regorge le Maroc», affirme Driss Moussaoui.
C’est dire la place que continue à occuper le charlatanisme comme moyen de guérison dans l’esprit des Marocains. Face à la cherté des médicaments, les parents des personnes atteintes mentalement se plient à la facilité, croyant réellement venir en aide à leurs enfant au proches malades.
Pour eux, le Fkih réussira certainement à exorciser le démon qui sommeille dans leur enfant mieux que le médecin qui banalise le cas du malade mental en l’assimilant à n’importe quel autre malade organiquement. «Le traitement médical pour la schizophrénie est moins cher que ce qu’exige un charlatan qui n’a aucune gêne à dépouiller les familles des malades», explique Pr. Driss Moussaoui. Pas besoin bien sûr de réaffirmer qu’un charlatan ou un Fkih ne peut nullement venir en aide au malade mental. «Descendre un malade mental dans une grotte et l’enchaîner est ce qu’il y a de plus inhumain. Des pratiques pareilles doivent être condamnées», s’exclame Moussaoui. Le fait est que ce genre de sites continue de prospérer dans l’ignorance et la tolérance de tous. Du moment qu’ils se présentent comme palliatif à la déficience des infrastructures sanitaires spécialisées et qu’ils permettent en même temps de faire vivre des familles nombreuses de la région, ces « sites de la mort» ne dérangent personne. Ils abritent et font vivre plusieurs personnes par le bais de petits commerces de cierges, d’encens et autres…
En attendant des mesures sérieuses pour la sensibilisation et la prise en charge de la maladie mentale, chaque Marocain parmi quatre continuera à risquer de se voir un jour livré à un charlatan. La médecine psychiatrique au Maroc lance son S.O.S au ministère de la Santé.

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