Miloud Belati : «Seuls 28 % des élèves du niveau de la 6ème année maîtrisent la langue française»

Miloud Belati : «Seuls 28 % des élèves du niveau de la 6ème année maîtrisent la langue française»


ALM : Parents, enseignants et pédagogues se plaignent du niveau des élèves qui ne cesse de régresser notamment en langues vivantes. Est-ce inquiétant ?
Miloud Belati : Certes, c’est inquiétant et les chiffres l’attestent. Mais en tant que phénomène généralisé, il faut l’aborder dans sa globalité et se référer aux études de terrains faites par des spécialistes en la matière. A ce propos, je cite le rapport du Programme national des évaluations des acquis (PNEA), réalisé par le Conseil supérieur de l’enseignement. Une étude crédible effectuée sur un échantillon de 26 520 élèves couvrant l’ensemble du territoire national. Elle a relevé que seuls 28% des élèves du niveau de la sixième année de l’enseignement fondamental maîtrisent la langue française. De fait, plus de 70 % des élèves qui accèdent au collège ne maîtrisent, par conséquent, ni lecture ni écriture. Constat qui s’applique aussi à l’arabe puisque seuls 36% des élèves qui passent au collège la maîtrisent. Au niveau de la dernière année du cycle collégial, l’arabe est maîtrisé par 43 % d’élèves, alors que le français enregistre un taux inquiétant avec 33 % d’élèves qui sont capables de s’exprimer oralement ou par écrit de manière correcte.

Et comment expliquez-vous ce constat accablant ?
La non maîtrise des langues est due à plusieurs causes. Au Maroc, il y a une diversité linguistique spécifique. Un enfant de sept ans peut être confronté à plusieurs systèmes langagiers différents, pour ne pas dire contradictoires. Pour certains, il y a l’Amazigh comme langue maternelle, l’Arabe dialectal pour d’autres. Les deux langues pour s’exprimer avec ses amis ou ses proches en dehors du foyer familial. Une fois à l’école, il commence par l’arabe classique puis le français. L’élève doit travailler sur quatre langues avec des systèmes verbaux et syntaxiques différents. Et ce n’est pas un exercice de circonstance.

Est-ce pour autant dire que les méthodes d’apprentissage et la non pratique de ces langues sont les seules causes de cet échec ?
Il faut aussi admettre que les méthodes d’enseignement ne sont pas très efficaces. D’un côté, nous avons des jeunes branchés sur les nouvelles technologies et de l’autre des pratiques archaïques de classe. L’école doit se mettre au diapason de ce qui se fait sur le plan des innovations afin de consolider son attractivité et utilité. En somme, il faut actualiser les méthodes d’apprentissage. En parallèle à cette mise à jour, on a besoin d’encourager nos enfants à pratiquer ces langues en dehors de la classe et des cours. Une pratique ludique et livresque par le recours à l’expression spontanée en diverses situations de communication tout en consacrant la déclamation.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *