Economie circulaire
À l’occasion de sa 29ème édition, qui se tiendra du 3 au 6 novembre à Rimini , le Salon italien Ecomondo mise sur l’innovation, les technologies numériques et le renforcement des échanges avec les marchés méditerranéens et africains. Dans cet entretien Alessandra Astolfi revient sur les grandes orientations du salon, l’impact de l’intelligence artificielle sur les modèles circulaires et les perspectives de coopération avec le Maroc. La responsable souligne par ailleurs le potentiel du Royaume dans les domaines de l’eau, de l’économie bleue, de la gestion des déchets et de la bioéconomie, ainsi que son rôle stratégique de passerelle entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique.
ALM : La 29ème édition d’Ecomondo est annoncée comme «plus internationale, plus innovante et plus transversale». Quelles sont les principales évolutions qui traduisent cette ambition?
Alessandra Astolfi : A travers cette 29ème édition, Ecomondo se projette déjà vers l’avenir, en direction de son trentième anniversaire en 2027. Bien plus qu’un simple événement professionnel, la manifestation est devenue au fil des années un véritable écosystème. Un point de référence à l’échelle mondiale pour les entreprises, les institutions, le monde de la recherche et les décideurs publics qui trouvent à Rimini un terrain idéal pour échanger sur les grandes transformations industrielles et environnementales qui redéfinissent les marchés mondiaux. Nous facilitons les rencontres d’affaires en mettant en relation les acteurs mondiaux de la transition écologique afin de faire émerger de nouvelles opportunités de partenariats commerciaux, mais nous soutenons également l’innovation en accompagnant les start-up, les scale-up et les PME actives dans le domaine de l’économie circulaire, en les soutenant dans le développement de leurs activités et dans l’identification des appels à projets et des investissements leur permettant de se développer. Cette année, nous visons non seulement à accueillir toujours plus d’acheteurs, de délégations et d’associations de tous les continents, en collaboration avec le MAECI – ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale et l’ICE – Agence italienne pour la promotion à l’étranger et l’internationalisation des entreprises italiennes, mais aussi à accueillir un nombre croissant de communautés spécialisées, réunies autour de l’objectif commun d’accélérer la transition écologique, et à donner de la visibilité à des technologies toujours plus innovantes.
Nous proposerons au marché une vision extrêmement transversale, car nous sommes convaincus que la circularité ne peut pas être abordée de manière cloisonnée. Dans le programme d’Ecomondo 2026, le textile, les DEEE, les plastiques, les emballages, la construction, l’eau, la bioéconomie, les matières premières critiques, les villes circulaires, la surveillance environnementale, l’ESG et la finance coexistent, mettant en évidence les connexions et les synergies.
Cette nouvelle édition accorde une place particulière aux nouvelles technologies, notamment à l’intelligence artificielle. Comment l’innovation numérique est-elle en train de transformer, de nos jours, les modèles de l’économie verte et circulaire?
L’intelligence artificielle représente un facteur important pour permettre la transition écologique : c’est un outil puissant qui nous permet de mieux utiliser les ressources, d’anticiper les problèmes, de réduire les gaspillages et de rendre les processus et les infrastructures plus efficaces. Pensons, par exemple, à la gestion des déchets, où cette technologie peut améliorer la reconnaissance et le tri automatisé, en augmentant la qualité et la quantité des matériaux récupérables. Dans la gestion de l’eau, elle peut contribuer à détecter les fuites dans les réseaux, à prévoir la demande ou à optimiser les installations.
La numérisation permet également une plus grande traçabilité des matériaux et des produits : pensons au Digital Product Passport ou, plus généralement, à la possibilité de suivre le cycle de vie d’un produit, de connaître les matériaux qui le composent et de rendre ces informations disponibles pour leur récupération ultérieure en fin de vie.
Pourquoi le Maroc a-t-il été choisi comme étape du roadshow d’Ecomondo 2026 et quelle place souhaitez-vous lui donner dans le développement des échanges avec l’Afrique et la Méditerranée?
Le Maroc représente depuis toujours pour Ecomondo un interlocuteur particulièrement intéressant : non seulement il se situe au point de rencontre entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique, mais il est également confronté à certains défis majeurs au cœur de l’économie verte et circulaire. La question de l’eau est notamment emblématique. Le Maroc investit fortement dans la diversification de ses ressources en eau : en mai 2026, le pays a indiqué une capacité annuelle de production d’eau dessalée d’environ 420 millions de mètres cubes, avec pour objectif d’atteindre 1,7 milliard de mètres cubes, conformément à l’objectif fixé dans le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation.
Par ailleurs, en juin 2025, le Maroc, avec ses 3.500 kilomètres de côtes et sa position stratégique entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée, a lancé le processus d’élaboration d’une Stratégie nationale pour l’économie bleue, à travers une Commission interministérielle. Sur le front de l’économie circulaire également, le pays s’est fixé des objectifs très concrets : le ministère de l’industrie indique pour 2030 un objectif de récupération de 65 % des déchets, dont près de 55 % par valorisation matière, avec l’ambition de générer 60.000 emplois et 12 milliards de dirhams de chiffre d’affaires dans le secteur de la valorisation.
Pour nous, le roadshow au Maroc n’a donc pas été uniquement une activité de promotion, mais une occasion de rencontrer et d’écouter un marché très actif, en mettant en relation nos compétences et nos technologies avec les priorités de développement du pays.
Comment évaluez-vous aujourd’hui la place des entreprises et institutions marocaines dans l’écosystème de l’économie verte, bleue et circulaire?
Le Maroc démontre une capacité croissante à transformer les défis environnementaux en politiques industrielles et en opportunités de développement. Les institutions marocaines abordent la transition à travers la définition de différents programmes, et il en va de même pour l’industrie.
Quels secteurs marocains présentent, selon vous, le plus fort potentiel de coopération?
Tout d’abord l’eau, car il s’agit probablement du domaine dans lequel l’urgence environnementale et la nécessité d’innover sur le plan industriel sont les plus évidentes, mais aussi le vaste secteur de l’économie bleue. Vient ensuite la question de l’économie circulaire et de la gestion des déchets : les objectifs marocains à l’horizon 2030 ouvrent la voie à des collaborations et à des synergies pour le développement de technologies et de compétences destinées à la collecte, au tri et à la récupération des matières, ainsi qu’au traitement et à la valorisation des déchets. Enfin, la nécessité d’accroître la résilience du système agricole face au stress hydrique offre un potentiel important pour le développement de la bioéconomie et de la gestion de l’eau liées à l’agriculture.
Quelles synergies concrètes Ecomondo peut-il contribuer à développer avec les acteurs marocains ?
En premier lieu, avec Ecomondo, nous souhaitons offrir à l’ensemble des parties prenantes mondiales de l’économie circulaire un lieu où elles peuvent rencontrer les interlocuteurs appropriés avec lesquels construire des projets. Nous parlons d’acteurs qualifiés que nous accompagnons dans la création d’opportunités de business matching : Ecomondo constitue le contexte idéal dans lequel les acteurs marocains peuvent entrer en contact avec des entreprises italiennes, européennes et internationales disposant de technologies et de compétences adaptées à leurs besoins. En outre, le fait de réunir au sein d’un même écosystème des entreprises, des institutions, des universités et des centres de recherche, des start-up et des décideurs publics permet non seulement de découvrir de nouvelles technologies, mais surtout d’échanger sur les modèles, les compétences et la gestion des projets. Enfin, et ce n’est pas le moins important, Ecomondo accorde depuis toujours une attention particulière à la coopération avec l’Afrique et le bassin méditerranéen : la transition écologique exige en effet de plus en plus un dialogue étroit entre les pays. Ecomondo offre en substance au système marocain une porte d’accès à un écosystème européen de technologies, de compétences et de parties prenantes de la green, blue et circular economy, tandis que pour les entreprises européennes, le Maroc représente un marché dont les besoins et les programmes d’investissement peuvent générer de nouvelles opportunités.










