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Le vote, ce lien qui nous rassemble

Dr Imane Kendili | Psychiatre et auteure.

Une élection est souvent racontée à travers les partis, les programmes, les candidats et les résultats. Pourtant, derrière les chiffres et les campagnes, elle représente quelque chose de plus profond : un moment où une société se retrouve autour d’un même geste et d’un même destin.
Le Maroc est une société plurielle. Les générations, les territoires, les parcours professionnels et les attentes diffèrent. Le jeune étudiant ne regarde pas l’avenir comme le retraité, l’entrepreneur comme le salarié, le citoyen d’une grande métropole comme celui d’une commune rurale. Mais, le jour du scrutin, toutes ces différences se retrouvent dans un même espace démocratique.
C’est peut-être là la première fonction sociale de l’élection : nous rappeler que nos différences ne nous empêchent pas d’appartenir au même collectif.
Voter, ce n’est pas nécessairement penser comme son voisin. C’est accepter que chacun puisse avoir une opinion, une priorité, une vision différente, tout en participant à la construction d’un même avenir.
Dans une époque marquée par la fragmentation des opinions, notamment sur les réseaux sociaux, cette fonction est essentielle. Nous n’avons jamais autant communiqué, mais nous ne nous écoutons pas toujours davantage. Les algorithmes peuvent nous enfermer dans des communautés où nous rencontrons surtout ceux qui pensent comme nous.
L’élection nous rappelle alors une réalité simple : nous partageons un pays avec des millions de personnes qui ne nous ressemblent pas nécessairement.
Et cette diversité est une richesse.
Le Maroc a profondément changé. Les infrastructures se sont développées, de nouveaux secteurs économiques ont émergé, les villes se sont transformées et le pays a affirmé sa place sur la scène internationale. Mais ces progrès font aussi naître de nouvelles attentes : emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, logement, égalité des chances, développement des territoires et perspectives pour la jeunesse.
Ces attentes ne sont pas le signe d’une société qui se détourne de son avenir. Elles sont aussi le signe d’une société qui veut davantage participer à sa construction.
C’est particulièrement vrai pour les jeunes.
Une partie de la jeunesse peut sembler éloignée de la politique institutionnelle, mais cela ne signifie pas qu’elle soit indifférente à la chose publique. Elle s’exprime autrement : sur les réseaux sociaux, dans les associations, dans les initiatives locales, autour de causes qui lui tiennent à cœur.
Le véritable enjeu est donc de transformer cette énergie sociale en participation citoyenne durable.
Car la citoyenneté ne se limite pas au bulletin de vote.
Elle commence par l’information, se poursuit par le choix et se prolonge dans la vie quotidienne : respecter les règles communes, préserver l’espace public, s’engager dans son quartier, accompagner les plus fragiles, participer à une association, lutter contre la désinformation ou simplement prendre part au débat collectif.
L’élection est une étape de cette citoyenneté, pas son aboutissement.
Elle donne au citoyen une voix. Elle donne aux élus une responsabilité. Et elle impose ensuite un dialogue permanent entre les institutions et la société.
C’est pourquoi la confiance doit être réciproque.
On ne peut pas demander aux citoyens de participer sans leur donner les moyens de comprendre les enjeux. De la même manière, la participation électorale prend tout son sens lorsque les institutions rendent compte de leur action et que les engagements peuvent être suivis et évalués.
Le citoyen d’aujourd’hui ne demande plus seulement : «Que me promet-on ?»
Il demande aussi : «Avec quels moyens ? Dans quels délais ? Et avec quels résultats?»
Cette exigence est saine. Elle traduit une maturité croissante du rapport à la chose publique.
La démocratie ne consiste pas à supprimer les désaccords. Elle consiste à leur donner un cadre pacifique.
Nous pouvons avoir des opinions différentes sans devenir des adversaires irréconciliables. Nous pouvons critiquer une politique publique sans rejeter les institutions. Nous pouvons débattre vivement tout en restant profondément attachés à notre pays.
C’est précisément cela, le lien social : ne pas être identiques, mais être capables de construire ensemble malgré nos différences.
Le Maroc de demain ne sera pas construit par une seule génération ou une seule catégorie sociale. Il sera le résultat de la rencontre entre les générations, les territoires, les compétences et les aspirations.
Dans cette construction, chaque voix compte.
Le vote est donc bien plus qu’un acte électoral. Il est un acte d’appartenance.
Il dit simplement : «Je suis là. Je fais partie de cette histoire. Mon avenir est lié à celui des autres».
Dans une époque où tant de choses peuvent nous séparer, cette affirmation est essentielle.
Le Maroc a besoin de croissance, d’investissements, d’écoles, d’hôpitaux, d’emplois et d’infrastructures. Mais il a aussi besoin de confiance : entre les générations, entre les citoyens et les institutions, entre les territoires et autour d’un même projet national.
Le développement construit la puissance d’un pays.
Le lien social en construit la solidité.
Et l’élection peut être l’un des moments où ce lien devient visible.
Parce qu’une nation n’est pas seulement un territoire.
Elle est une communauté de destins.
Et lorsque des millions de citoyens participent à une même échéance démocratique, ils ne font pas seulement un choix politique.
Ils rappellent qu’ils appartiennent au même avenir. C’est celui qui nous ramène à l’essentiel.