Décryptage : la leçon de Marrakech

«Il vous appartient aussi d’animer la mobilisation populaire générale et d’engager des initiatives constructives pour gagner un soutien accru en faveur de notre proposition audacieuse d’autonomie, et ce, dans le cadre d’une diplomatie parlementaire et partisane agissant en cohérence et en synergie avec l’action efficiente de la diplomatie gouvernementale». C’est en ces termes que Sa Majesté le Roi s’est adressé aux parlementaires des deux Chambres du Parlement le vendredi 8 octobre. Quelques heures plus tard, au Palais des congrès à Marrakech, cette invitation royale aux partis politiques marocains à associer leurs efforts à ceux de la diplomatie officielle pour défendre la position légitime du Maroc sur le Sahara était mise en application par le parti de l’Istiqlal. La formation dirigée par le Premier ministre Abbas El Fassi allait se mobiliser intensivement dans les coulisses de la réunion de l’Internationale démocratique du centre (IDC) dont elle accueillait les travaux. Une rencontre qui réunit l’ensemble des partis politiques du centre-droit venus des cinq continents. Des partis qui sont actuellement dans leur majorité au pouvoir dans leurs pays respectifs. 20 pays sur 27 Etats de l’Union européenne ont des gouvernements dirigés par des membres de l’IDC. On y retrouve aussi des partis d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie. Bref, le monde entier était quasiment représenté, vendredi, à Marrakech. Une occasion que l’Istiqlal n’allait pas rater. D’autant plus qu’il s’agit du premier pays arabe, africain et islamique à accueillir cette «Réunion des leaders de l’IDC». Pour assurer la mission noble de réussir l’accueil et le bon séjour des invités du parti, mais surtout du Royaume, et le devoir national de défendre «le dossier Maroc » dans sa globalité auprès des participants, l’Istiqlal a agi conformément à sa réputation d’être une machine huilée qui fonctionne collectivement d’une manière synchronisée et parfaite. Dans ce genre de circonstances, la devise istiqlalienne est claire : on laisse de côté les rivalités personnelles et on roule tous pour la bonne cause. A Marrakech, le mot d’ordre était un seul: réussir le pari de tirer un bénéfice politique de cette réunion. Libérées des contraintes organisationnelles grâce à la mobilisation et à l’efficacité remarquable dont ont fait preuve des jeunes cadres, les notabilités du parti ont pu consacrer l’essentiel de leur action à «cuisiner» les invités. Deux fronts essentiels : le Parti populaire qui constitue à lui seul une forteresse impénétrable sur la question du Sahara, et les partis d’Amérique latine et d’Afrique qu’il fallait faire adhérer à la proposition marocaine de l’autonomie. Dans les coulisses du Palais des congrès, dans les couloirs de l’hôtel Mansour Eddahbi, au bord de sa piscine, dans ses multiples restaurants, on retrouvait des istiqlaliens en train de plaider la cause de ce Maroc jeune, moderne et qui se développe à pas de géant. Ce Maroc qui ne cherche qu’à tourner la page d’un conflit artificiel et bâtir de nouvelles relations avec ses voisins pour construire, ensemble, un avenir prospère pour les populations de la région toute entière. Les ministres istiqlaliens sont tous venus au renfort. Quasi tous, puisque l’on notera l’absence de Yasmina Baddou, qui avait peut-être des choses plus importantes à faire que de venir mettre au profit de la patrie une présence partisane féminine qui aurait probablement donné une image encore plus rayonnante de ce Maroc moderne et ouvert que l’Istiqlal vendait à Marrakech.
Mais au cœur de cette action collective, une personnalité allait se distinguer par sa finesse diplomatique et son sens du contact. Nizar Baraka, un nom qui était sur toutes les langues. Chargé des relations extérieures du parti, le jeune ministre des Affaires économiques et générales s’est employé durant les deux jours qu’a duré le congrès à expliquer ce Maroc nouveau dirigé par un Souverain qui met le développement humain en tête de ses priorités. Excellent hispanophone, il mettra à profit ses relations personnelles et partisanes avec des leaders du Parti populaire espagnol pour tenter de parvenir avec ce parti à une plate-forme de communication politique qui permettrait d’en finir avec cette mésentente structurelle qui marque les relations du Maroc avec cette formation. «Notre parti devance de 14 points le Parti socialiste ouvrier espagnol dans les sondages et son président Mariano Rajoy sera le futur président du gouvernement espagnol dans un an et demi. Nos entretiens avec l’Istiqlal sont donc un pas positif et constructif pour préparer l’avenir», a déclaré Antonio López-Istúriz, figure de proue du PP et secrétaire général du PPE qui détient la majorité au sein du Parlement européen, lors de la conférence de presse organisée samedi. Quelques minutes auparavant, il déclarait à l’occasion de l’acte public de clôture des travaux de l’IDC qu’il tenait à remercier et à féliciter le responsable des relations extérieures de l’Istiqlal pour ses efforts qui ont permis la réussite de l’événement. En fait, ce clin d’œil final était une manière d’attirer l’attention des connaisseurs sur le travail des coulisses – très difficile mais fructueux – effectué par Nizar Baraka. Un travail qui a abouti à l’adoption d’une résolution sur le Maghreb qui constitue une grande victoire de la cause marocaine. Le texte présenté par l’Istiqlal et qui a été adopté sans amendement appelle à «une solution politique, juste, définitive et acceptée par les deux parties sur la base des efforts déployés depuis 2006». La référence faite ici à l’année 2006 a une grande signification car il s’agit de l’année où le Royaume a présenté le projet d’autonomie comme solution au conflit artificiel du Sahara. L’IDC reconnaît ainsi qu’il est contre-productif pour la région maghrébine de continuer à s’accrocher à des voies de solution antérieures à 2006 et qui ont prouvé leur inapplicabilité. Un succès de diplomatie partisane à mettre à l’actif du parti de l’Istiqlal. Mais, il faut reconnaître aussi que ce résultat a été rendu possible grâce une application effective des instructions royales appelant la diplomatie partisane à agir «en cohérence et en synergie avec l’action efficiente de la diplomatie gouvernementale». Car, il faut signaler que dans les coulisses du congrès, il y avait un observateur de taille qui suivait de près les travaux et qui mettait à profit, lui aussi, ses relations personnelles et professionnelles au profit de la bonne cause. Youssef Amrani, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, était là à observer et à discuter en fin diplomate décontracté et engagé pour consolider les liens d’amitié avec des leaders politiques venus du monde entier et établir de nouveaux contacts avec une multitude de personnalités politiques dont certains dirigent leurs pays et d’autres vont le faire bientôt dans le cadre de l’alternance qu’offrent les systèmes démocratiques. La rencontre de l’IDC à Marrakech peut donc, d’ores et déjà, constituer un modèle d’action diplomatique partisane en cohérence totale avec la diplomatie officielle pour défendre les acquis et les intérêts de la nation. La balle est aujourd’hui dans le camp des autres formations politiques dont l’USFP qui devrait s’impliquer davantage pour reprendre position au sein de l’Internationale socialiste afin d’en chasser le Polisario qui a accédé au statut de membre observateur lors du congrès organisé en Grèce en 2008. Le mot d’ordre royal est clair à ce sujet. «Sur le plan stratégique, la défense de la marocanité de notre Sahara (…) exige que vous vous mobilisiez ensemble, avec l’efficacité et la constance requises, sur tous les fronts et au sein de toutes les instances locales, régionales et internationales pour faire échec aux manœuvres désespérées des adversaires de notre intégrité territoriale», a dit le Souverain vendredi dernier. Un message on ne peut plus clair.

L’IDC en chiffres
L’IDC a été créée en 1961. Elle regroupe 130 partis dans 80 pays. L’IDC se compose de quatre organisations régionales et présente sur les cinq continents. Les partis membres dirigent 20 pays sur les 27 que compte l’UE. L’IDC a la majorité des sièges au Parlement européen à travers le Parti populaire européen. Lors de la réunion de Marrakech, 160 hommes et femmes politiques de 35 pays ont été présents.

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