Lelouch fait sensation

Il y a un homme et une femme, et c’est comme un James Bond : on connaît la fin. Patricia Kaas apparaît d’abord, peu après c’est Jeremy Irons, et l’on sait bien qu’avant le générique final ils seront amoureux. Le tout est de savoir comment ils y parviendront.
En cela le film « And now… ladies & gentlemen » porte bien la marque Claude Lelouch, pour qui les méandres des histoires les plus compliquées ne sont que prétexte à filmer pour le plaisir : le sien et celui du spectateur, au risque de flirter avec la démagogie. Le film, qui sort mercredi sur les écrans après avoir fait la clôture hors-compétition du Festival de Cannes, ravira donc comme d’habitude les fans du cinéaste et fera grincer les dents de ses détracteurs.
Un gentleman cambrioleur Anglais, Valentin (Jeremy Irons), qui a accumulé suffisamment d’argent par des hold-ups audacieux pour s’offrir un voilier de course, prend la mer pour un tour du monde en solitaire. Plus pour rompre avec son passé et le quotidien de sa vie sentimentale que pour fuir la police.
Au même moment, dans un palace marocain, Jane (Patricia Kaas), une chanteuse de Jazz elle aussi écorchée de la vie, chante son « blues » de piano-bar dans l’indifférence des clients et vacanciers. Elle aussi a changé d’horizon pour tenter d’oublier ses peines de coeur.
Bien sûr tous deux vont se rencontrer, le voilier de l’un échouant non loin de la ville marocaine de l’autre. Hasard ou coïncidence, ils souffrent tous deux de trous de mémoire fréquents, symptôme dont les médecins ne savent précisément situer la cause mais qui va les rapprocher. Non sans une série de petits rebondissements : policiers têtus, vols de bijoux, chassés-croisés amoureux, rencontres imprévues, etc… « J’ai toujours pensé que ma vie était mon fond de commerce. Je suis incapable de parler d’autre chose que des événements dont j’ai été le témoin plus ou moins direct », explique Claude Lelouch, qui a parsemé son film d’allusions à des histoires vraies, petits rebondissements du scénario qui enjolivent le film et lui donnent parfois beaucoup d’humour. Le tout se laisse voir sans déplaisir pour peu qu’on accepte une intrigue sans grand intérêt et une manière de filmer toujours un peu trop facile dans sa recherche du plaisant et de l’agréable. Et que l’on supporte les très nombreux mots d’auteur Lelouchiens qui souvent font office de dialogues : « Les bateaux de course sont comme les femmes? plus elles sont belles, plus elles sont dangereuses »; « l’embêtant dans un trio, c’est qu’il y a une personne de trop »; « la mémoire c’est comme la culture? c’est ce qui reste quand on a tout oublié »; « dans les histoires d’amour comme dans l’art, il y a plus d’acheteurs que de connaisseurs »; « la vie est un sommeil, l’amour est un rêve »; etc. Le film ressemble, avec ses différents lieux d’action, à une série de cartes postales (dont la plus importante semble avoir été postée par l’office du tourisme marocain), ainsi qu’à l’illustration d’un nouvel album de Patricia Kaas, avec quantités de succès français (« la vie en rose », « les feuilles mortes », « la mer ») chantés en anglais. La chanteuse fait ainsi ses grands débuts à l’écran, hélas fort peu convaincants dès qu’elle s’arrête de chanter pour jouer la comédie et échanger des dialogues.
En revanche, les autres acteurs sont un régal, profitant du fameux système Lelouch qui donne libre cours à leur improvisation et à leur liberté de jeu. Ainsi Jeremy Irons et, dans un petit rôle, Thierry Lhermitte font des compositions savoureuses, accompagnés d’une brochette de comédiens : Alessandra Martines, Jean-Marie Bigard, Ticky Holgado, Yvan Attal, Amidou, Sylvie Loeillet, Patrick Braoudé, Claudia Cardinale.

• Jean-Michel (AP)

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