Les Etats-Unis en accusation

La mission ratée du secrétaire d’Etat américain Colin Powell au Proche-Orient a terni davantage l’image des Etats-Unis dans le monde arabe où les dirigeants modérés peinent de plus en plus à justifier devant leur opinion publique leur alliance avec Washington.
Le président égyptien Hosni Moubarak, l’un des principaux alliés de Washington dans le monde arabe, a laissé mercredi libre cours à sa colère en refusant de rencontrer le secrétaire d’Etat américain Colin Powell, selon la presse et les commentateurs politiques. Son chef de la diplomatie Ahmed Maher n’a pas mâché ses mots en rejetant l’appel du président américain George W. Bush à l’Egypte, à la Jordanie et à l’Arabie Saoudite de s’opposer « au terrorisme au Proche-Orient », dans une allusion aux attentats suicide anti-israéliens.
« Je pense qu’un appel doit être adressé d’abord à Israël (…), je ne pense pas que quiconque puisse nous demander une condamnation de la résistance tant que l’occupation (israélienne) se poursuivra », a déclaré mercredi soir M. Maher. « Que dieu aide les dirigeants arabes, surtout les alliés de Washington. Ils n’ont plus rien à dire à leurs peuples qui leur demandent d’agir face à Israël », a affirmé M. Emad Gad, chercheur du centre d’études politiques et stratégiques d’Al-Ahram. « Ils misaient sur la mission de M. Powell car ils n’ont pas d’autres alternatives que de s’en remettre aux Etats-Unis pour qu’ils fassent pression sur Israël », a-t-il ajouté.
« Le refus » du chef d’Etat égyptien de rencontrer M. Powell « est un message clair pour dire à l’administration américaine? vous nous avez dupés », estime-t-il.
Selon lui, l’Egypte avait envoyé vendredi dernier son ministre des affaires étrangères Ahmed Maher à Ramallah « pour convaincre le président palestinien Yasser Arafat de condamner publiquement les attentats contre les civils comme le souhaitaient les américains et ouvrir ainsi la voie à une rencontre Arafat-Powell ». « Les responsables égyptiens espéraient que Powell obtiendrait en contrepartie un retrait israélien des zones réoccupées depuis le lancement de l’offensive israélienne le 29 mars et une levée du siège d’Arafat, mais ils ont constaté qu’ils se sont «mouillés» gratuitement », a ajouté M. Gad. La presse arabe s’en est prise avec virulence jeudi aux Etats-Unis les accusant de « connivence » avec Israël dans son offensive contre les palestiniens.
M. Moubarak « a bien fait » de ne pas rencontrer Powell car « l’échec de sa mission démontre que les Etats-Unis ont choisi de se dresser aux côtés d’Israël et contre tous les peuples arabes », écrit le quotidien gouvernemental égyptien Al-Akhbar.
À Amman, le quotidien Al-Raï (pro-gouvernemental) affirme que la mission de M. Powell visait à « accorder plus de légitimité aux massacres du peuple palestinien et mettre à genoux Arafat ».
À Beyrouth, le quotidien As-Safir (gauche) titre: « Powell a autorisé Sharon à poursuivre sa guerre sous supervision américaine ».
À Damas, le journal gouvernemental Techrine affirme que « Powell a échoué à convaincre Sharon de retirer ses forces des villes palestiniennes, car l’administration américaine n’avait pas prévu de faire pression sur ce bourreau ». Selon le journal Al-Khaleej des Emirats Arabes Unis, « tous les responsables de l’administration américaine se sont transformés en perroquets pour le terroriste Sharon (le premier ministre israélien Ariel Sharon) et ses généraux de la mort qui tuent et détruisent tout en Palestine ». En Arabie Saoudite, le journal Al-Watan affirme que M. Powell s’est comporté « presque comme un Rabbin juif ou un chef d’une organisation sioniste, plutôt que comme un diplomate américain qui tente de parvenir à une solution ».

• Mona Salem (AFP)

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