Syrie : L’opposition se sent pousser des ailes

« La manifestation de lundi est un tournant dans le combat pour la démocratie », a affirmé à l’AFP le journaliste Mohammad Ali Atassi, fils d’un ancien président de la république et une des figures de la contestation. « Le mur de la peur a été brisé et les tenants de la répression sont en perte de vitesse. Les autorités ont été obligées d’agir avec modération et de libérer les personnes interpellées. Il faut persister et continuer à descendre dans la rue. Il faut s’habituer à utiliser sans peur notre droit à manifester », a-t-il ajouté.
Lundi, les forces de l’ordre ont interpellé pendant quelques heures une centaine de personnes qui demandaient devant le parlement à Damas la levée d’une loi d’urgence en vigueur en Syrie depuis la prise du pouvoir du parti Baas il y a 41 ans. Rejetant l’argumentation du pouvoir selon laquelle les manifestants n’ont pas demandé d’autorisation, M. Atassi a affirmé qu’il ne servait a rien de présenter une telle demande car les autorités n’y donnent jamais suite. « Il était clair lundi que le pouvoir était dans l’embarras, peut-être parce que l’épée de Damoclès des sanctions (américaines) est suspendue au-dessus de sa tête », a-t-il ajouté. « Si le pouvoir a une vision d’avenir, il devrait permettre, dans l’intérêt de la Syrie, que le changement vienne de l’intérieur, plutôt qu’il soit imposé par les chars et dicté par les intérêts américains comme en Irak, ce que personne ne souhaite », a-t-il indiqué. Une source officielle américaine a annoncé samedi que Washington allait appliquer « bientôt » des sanctions contre la Syrie, accusée de soutenir le terrorisme, au titre d’une loi votée fin 2003. Mais malgré la tension perceptible à l’approche des sanctions, les échos de la contestation n’arrivent pas facilement aux oreilles de la population.
L’une des raisons en est le black-out imposé par les autorités dans les médias locaux, mais aussi le peu de répondant des slogans de « démocratisation » auprès d’une population accaparée presque exclusivement par les soucis de la vie quotidienne, selon un diplomate occidental qui a requis l’anonymat.
Selon des témoignages concordants, un nombre restreint d’habitants de Damas ont eu vent de la manifestation de lundi et aucun renforcement visible des mesures de sécurité n’est perceptible dans la capitale. Signe que le régime n’est pas aux abois, pour la première fois des médias officiels ont fait référence, 48 heures plus tard, à la manifestation de lundi. Le rédacteur en chef d’Al Baas, le quotidien du parti au pouvoir, Mahdi Dakhlallah, a évoqué mercredi le sit-in organisé lundi par des opposants qui ont été selon lui « dispersés sans qu’ils soient interrogés, ni arrêtés ». « Il semble qu’il y ait une volonté d’exagérer l’évènement (…) pour (renforcer) les pressions exercées de l’extérieur », a-t-il ajouté. Mais cette tolérance relative du pouvoir pourrait disparaître devant la mobilisation et la ténacité de l’opposition et l’écho qu’elle commence à trouver à l’étranger. Mercredi, douze mouvements politiques, culturels et de la société civile sont revenus à la charge en appelant les autorités à abroger la loi d’urgence.
Le 11 février, les autorités syriennes ont interdit à l’avocat Haïssam Maleh, président de l’Association des droits de l’Homme en Syrie (ADHS), de quitter le pays. Selon l’ADHS, cette mesure est liée au fait que Me Maleh était intervenu il y a trois mois devant le parlement allemand pour exposer la situation des droits de l’Homme en Syrie.

• Salim Yassine (AFP)

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