Un samedi soir à Jérusalem-ouest

Une simple sortie samedi soir dans une discothèque de Jérusalem s’est transformée en un véritable cauchemar pour Qaïs Aymane, palestinien d’une vingtaine d’années, pris pour un « terroriste » par un soldat israélien ivre.
Mieux que de longs discours, ce fait divers illustre la tension qui règne à Jérusalem-ouest et l’extrême méfiance de ses habitants, qui vivent dans l’angoisse et la hantise des attentats suicide palestiniens.
Jérusalem-ouest, et plus particulièrement son centre, est en effet devenue ces derniers mois la cible privilégiée des militants palestiniens, et même si la récente offensive militaire israélienne en Cisjordanie a entraîné un arrêt au moins momentané de ces attaques, la peur est toujours là.
C’est ce que devait découvrir samedi soir Qaïs Aymane, habitant de Jérusalem-est, sorti en boîte de nuit avec un autre ami palestinien et une copine israélienne, selon un récit du quotidien Yediot Aharonot confirmé à l’AFP par la police israélienne. La boîte de nuit se trouve rue King George, près de la rue Jaffa, en plein dans la zone où plusieurs attentats-suicide ont tué récemment des dizaines d’israéliens.
Des voitures de police y circulent dès la nuit tombée et il n’est pas rare que les passants s’y voient demander leurs papiers d’identité.
Vers 3h30 dimanche, une bagarre éclate entre les deux jeunes palestiniens et un soldat saoul accompagné de deux camarades. Le militaire, Yehoshua Menashe, va jusqu’à frapper l’ami de Qaïs Aymane avec la crosse de son fusil. Aymane et son ami s’enfuient alors en courant, poursuivi par Yehoshua Menashe qui hurle « terroristes, terroristes », tout en tirant des coups de feu dans leur direction. A quelques 200 mètres de là, deux soldats dans une voiture banalisée assistent à la scène et se lancent, eux aussi, à la poursuite de Qaïs Aymane, probablement déjà blessé, qui prend un autre chemin que son camarade. Le jeune palestinien parcourt encore quelque mètres jusqu’à l’hôpital Bikour Holim, situé rue des prophètes, où il arrive à bout de souffle. En le voyant, le garde de l’établissement ferme la porte à clé, laissant dehors le jeune homme qui appelle désespérément à l’aide. Les deux soldats arrivent au même moment et ouvrent le feu sur lui, le blessant de nouveau. « Il frappait à la porte de toutes ses forces et j’étais certain qu’il s’agissait d’un terroriste », a raconté le garde au Yediot Aharonot. « J’ai fermé la porte à clé et je me suis caché dans un coin, alors qu’ils (les soldats) continuaient à tirer dans notre direction », a-t-il poursuivi. Le jeune palestinien s’enfuit alors en courant, avant de s’écrouler quelques centaines de mètres plus loin, devant le ministère de l’Education. Il sera ensuite hospitalisé et opéré. Son état était qualifié lundi de « moyennement grave ».
Le soldat Yehoshua Menashe et ses amis ont été arrêtés. Une enquête a été ouverte contre les deux autres soldats qui se trouvaient en voiture et l’affaire a été transmise à la police militaire, a précisé un porte-parole de la police, Gil kleiman.
« Ce n’est pas courant », a commenté M. Kleiman, selon lequel seulement deux cas de soldats ouvrant le feu sans justification avaient été recensés l’an dernier. On ignore si cette précision réconfortera Qaïs Aymane la prochaine fois qu’il s’aventurera rue des prophètes.

• Peter Mackler (AFP)

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