Liban : Damas achève le retrait de ses troupes

La Syrie aura retiré le plus gros de ses troupes avant la date butoir du 30 avril et l’arrivée lundi au Liban des équipes de l’Onu pour vérifier le retrait et préparer le terrain à la Commission chargée d’enquêter sur l’assassinat de l’ex-Premier ministre, Rafic Hariri. La décision de Damas a été prise après l’attentat du 14 février qui a coûté la vie à Hariri et a été imputé au régime libanais et au pouvoir de tutelle syrien. L’accélération du retrait intervient avant la publication, attendue mardi, du rapport du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, sur l’application de la résolution stipulant la fin de la présence armée étrangère sur le sol libanais. "Le gros des forces syriennes, y compris les armes lourdes et l’équipement, aura quitté ce soir", a indiqué à l’AFP un responsable des services libanais de sécurité. "Il ne restera plus qu’une présence symbolique de militaires et des services de renseignement pour la cérémonie prévue mardi en leur honneur", a-t-il ajouté sous couvert de l’anonymat. "Ils quitteront aussitôt après la cérémonie". La Syrie, dont les troupes sont entrées au Liban en 1976, après le début de la guerre en 1975, a renforcé sa mainmise sur le pays depuis la fin du conflit en 1990.
Le pouvoir de Damas s’est étendu à travers ses services de sécurité et leurs alliés libanais qui contrôlent étroitement la vie politique et économique et étaient jusqu’à très récemment intouchables. Encouragée par les pressions internationales sur Damas et les gigantesques manifestations de rue à Beyrouth après l’assassinat de Hariri, l’opposition libanaise a remporté l’accord du nouveau gouvernement pour le départ des chefs des principaux services de sécurité et du procureur général Adnane Addoum.
Devançant toute mesure, le patron de la Sûreté générale, le général Jamil Sayyed, figure centrale du régime pro-syrien des dix dernières années, et son collègue des Forces de sécurité intérieures, le général Ali Hajj, se sont mis vendredi à la disposition du gouvernement pour la durée de l’enquête de l’Onu. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Hassan Sabeh, proche de l’opposition, a adressé un blâme à M. Sayyed, autre indice significatif, même s’il ne s’agit que d’une question de procédure administrative.
Le général Hajj a aussitôt présenté des excuses au ministre pour avoir outrepassé la hiérarchie en offrant de mettre ses pouvoirs entre parenthèses au Premier ministre et non à son supérieur direct. "Le masque du régime de sécurité est tombé. Les symboles de ce régime pourraient tenter de gagner du temps ou de se venger, mais rien ne pourra faire revenir en arrière les aiguilles de la montre", écrit dimanche l’éditorialiste du quotidien à grand tirage «An Nahar», Samir Kassir. "Le masque est tombé non pas du fait que Jamil Sayyed a décidé de se mettre à l’écart, mais parce qu’il y a eu enfin un ministre de l’Intérieur qui a dit «assez!» (…) parce que les hommes politiques n’ont pas gardé le silence (…) et parce que les journalistes ont délié leurs langues", a-t-il ajouté.
«Al-Mostaqbal» a accusé dans un éditorial le procureur Addoum de "s’être mis au service des services de sécurité pendant de longues années" en poursuivant les opposants au régime pro-syrien. "Lorsque je vois un officier syrien faire ses adieux (…) j’ai le droit de voir un officier libanais faire ses adieux à la vie politique au Liban", a déclaré le député chiite, Bassem Sabeh, membre du bloc parlementaire du chef druze Walid Joumblatt. Un changement est également constaté sur le terrain où les journalistes couvrant le retrait syrien ont été autorisés à rencontrer le redoutable chef au Liban des services de renseignement militaire syrien, le général Roustom Ghazalé.

Nayla Razzouk (AFP)

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