Pays Basque : le difficile chemin de la paix

Près de 300.000 manifestants ont défilé, samedi 10 mars, dans les rues de Madrid pour dénoncer la politique adoptée par le gouvernement socialiste dirigé par José Luis Rodriguez Zapatero en ce qui concerne le problème basque.
La manifestation qui a été organisée suite à un appel lancé par la principale formation de l’opposition, le Parti Populaire (PP), a été l’occasion pour des milliers de citoyens de dénoncer ce qu’ils considèrent comme une «capitulation du gouvernement face à l’organisation terroriste ETA».
En fait, ce que le leader populaire, Mariano Rajoy, considère comme tel n’est que la décision du gouvernement espagnol d’accorder à Inaki de Juana – un dirigeant de l’ETA qui avait tué 12 policiers dans un attentat à la voiture piégée en 1986 –  la possibilité de purger le reste de sa peine en résidence surveillée. Une décision qui a été justifiée par le fait que De Juana qui était nourri de force depuis 114 jours puisqu’il observait une grève de la faim se trouvait dans une situation critique et allait mourir si le gouvernement n’avait pas réagi à temps.
Face à ce geste « humanitaire », la droite réplique en invoquant le droit des victimes de l’ETA à voir les assassins de plus de 800 victimes purger leurs peines jusqu’au bout. En plus, Mariano Rajoy estime que tout changement dans la politique antiterroriste devrait faire l’objet d’un consensus. Dans cette optique, la décision du gouvernement Zapatero peut être considérée comme une rupture avec le principe de l’unité de tous les démocrates face au séparatisme.
Mais les socialistes au pouvoir estiment, de leur côté, qu’il est temps pour un gouvernement espagnol de faire preuve de flexibilité et de plus de prédisposition au dialogue. La dernière tentative de lancer un processus de paix avec la complicité de Batasuna, le bras politique de l’Eta, a failli aboutir s’il n’y avait pas eu l’attentat de Madrid qui a fait deux victimes. Un acte que certains analystes expliquent par la volonté d’une aile radicale du nationalisme basque de saboter le projet de dialogue entre Batasuna et le gouvernement. Ce dernier, sous la pression, a été contraint de mettre fin aux contacts entre ses services et la formation dirigée par Arnaldo Otegui sans renoncer, toutefois, au principe de la nécessité d’œuvrer pour une solution politique au conflit basque. C’est ce qui a encouragé le chef de Batasuna à faire un pas en direction du gouvernement en annonçant que son mouvement était prêt à envisager la création d’une autonomie élargie réunissant Euskadi et Navarre dans le cadre de l’Etat espagnol. Une proposition qui ouvre des perspectives prometteuses devant la possibilité d’instaurer la paix dans le Pays basque après près de quarante ans de confrontation politique et d’attentats meurtriers. 
En tout cas, il est certain que le chemin de la paix ne sera pas facile. Mais le courage de M. Zapatero qui a pris le risque de prospecter la voie du dialogue lors d’une législature où il ne détient même pas la majorité absolue, convaincra les Espagnols de la bonne foi du chef du gouvernement qui cherche, à travers l’ouverture du dialogue, à tourner une page sombre de l’histoire moderne de l’Espagne et non à dégager des bénéfices politiciens du dossier du terrorisme comme c’était le cas pour son prédécesseur.

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