Rainier, prince des grandes et mauvaises fortunes

La vie de Rainier III de Monaco, décédé mercredi à 81 ans, a été jalonnée par les bonheurs et les drames de la famille princière, qui ont comblé pendant des dizaines d’années les échotiers du monde entier mais occulté l’action d’un homme soucieux de s’imposer en chef d’un Etat respecté.

Des noces somptueuses avec Grace en 1956 à la mort en 1990 de Stefano Casiraghi, le mari de sa fille Caroline, de la fin tragique de Grace en 1982 aux fastes du jubilé en 1999, la vie de Rainier III de Monaco a souvent pris des allures de roman-feuilleton.

Il est le souverain ayant eu la plus grande longévité sur un trône en Europe.

Loin de la lumière projetée sur une famille Grimaldi traquée par les paparazzi, Rainier s’employait dans l’intimité à préserver les siens, mais aussi à renforcer la prospérité d’un minuscule territoire au pied des contreforts alpins, voué avant lui aux jeux et plaisirs et transformé sous son règne en place financière internationale.

Ces plaisirs, Louis-Henri-Maxence-Bertrand Grimaldi les avait goûtés dans une jeunesse dorée qui l’avait vu élève en Grande-Bretagne, en Suisse et en France.

En 1949, le décès de son grand-père le prince Louis II fit de lui un souverain à 26 ans, sa mère la princesse Charlotte ayant renoncé au trône en sa faveur.

Par ses origines et son éducation, il était de nature méditerranéenne et optimiste. Il fut un père présent et attentionné pour Caroline, Albert et Stéphanie, les trois enfants que lui donna la princesse Grace, la belle Américaine rencontrée lors du Festival de Cannes en 1955, épousée en 1956 sous les regards du monde entier et perdue dans un accident de voiture en 1982.

Le prince aimait aussi donner l’image d’un "grand-papa gâteau" avec ses sept petits-enfants.

Au Roc Agel, sa maison installée au-dessus du Rocher, il avait installé un atelier, y bricolait, se reconnaissant même quelque prédisposition pour la ferronnerie.

"Fan" de foot et fou de cirque, le souverain qui, s’il n’avait pas été prince aurait "aimé être dompteur", avait créé un festival de cirque mondialement reconnu. Sa collection de 85 voitures anciennes reste l’une des attractions les plus visitées de la Principauté.

Dans son bureau du Palais, le prince était un patron exigeant. Il s’informait de tout dès le lever, intervenait dans les dossiers, s’emportait parfois, mais consultait beaucoup ministres, conseillers et diplomates.

Rainier voulait imposer cette idée "qu’il n’avait jamais été quelqu’un d’artificiel" puisque, avant son avènement, on lui avait signifié qu’il ne serait jamais que le prince d’un Etat d’opérette.

Cinquante ans plus tard, à son jubilé en mai 1999, il se félicitait du chemin parcouru. La Principauté était devenue le 183ème Etat membre de l’ONU en 1993 et les relations franco-monégasques, parfois difficiles, étaient à nouveau sereines. Monaco avait gagné 20% de surface sur la mer, était devenue une place financière d’importance au développement économique constant et comptait aussi dans le monde de la culture et du sport.

À sa mort, Rainier III, prince de Monaco, duc de Valentinois, comte de Carlades, baron du Buis, seigneur de Saint-Rémy, sire de Matignon, comte de Torigni, baron de Saint-Lô, baron de la Luthumière, baron de Hambye, duc de Mazarin, était l’un des plus anciens souverains de la planète. Il avait connu sept présidents français et cinq papes.

Trois hommes, disait-il, l’avaient réellement marqué : De Gaulle, Pie XII et Alfred Hitchcock.

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