Sahara : les contradictions du Parti populaire espagnol

«Quand j’ai entendu la déclaration du PP, j’ai senti une terrible tristesse. Car quand on dit que l’on veut unir tous les Espagnols, il me paraît que, pour le moment, cela ne peut pas se faire ». C’est à travers cette brève déclaration qui sent l’amertume et la déception que l’ancien combattant républicain, Francisco Folch, a commenté le refus du Parti populaire de voter une résolution du Parlement espagnol condamnant la dictature de Franco.
La résolution en question venait d’être adoptée par l’instance européenne malgré le "non" du PP et d’un groupe d’extrême droite.
Présentée par huit députés européens, la résolution dénonce la période de la dictature du général Francisco Franco et ce, 70 ans après le déclenchement de la guerre civile de 1936 qui opposa les troupes du général au reste de l’armée espagnole restée fidèle au gouvernement républicain soutenu par des civils et des volontaires venus du monde entier.
Avant de procéder au vote, les chefs des groupes parlementaires se sont succédé à la tribune pour expliquer et justifier leurs positions respectives sur la question. Intervenant en premier, le président du Parlement européen, l’Espagnol Josep Borrel, l’un des compagnons les plus proches de l’ancien président socialiste du gouvernement madrilène, Felipe Gonzalez, a indiqué que la guerre civile était «un combat entre deux grandes conceptions du monde: pour certains, la dernière grande cause, et pour d’autres, une croisade». Borrel a plaidé pour que «la démocratie espagnole assume, maintenant, pleinement, la charge du passé» avant d’ajouter en se référant à la période de la dictature : «pour ne pas répéter les erreurs du passé, il faut condamner ses responsables, rendre hommage à ses victimes».
Un avis qui n’est pas partagé par le membre du groupe du Parti populaire, Mayor Oreja, ex-ministre de l’Intérieur sous le gouvernement Aznar qui a sonné l’alarme quant aux dangers qui, selon lui, menacent actuellement la concordance entre les Espagnols. «Le débat sur le droit à l’autodétermination, la création de nouvelles nations qui n’ont jamais existé est une erreur historique car il nous éloigne de notre concordance», a-t-il souligné. Une déclaration que l’ancien bras droit de José Maria Aznar a voulu une prise de position de principe de son parti. Toutefois, ce principe contredit parfaitement la position de son parti en ce qui concerne l’affaire du Sahara marocain. En effet, le PP a fait du droit à l’autodétermination au Sahara marocain l’un de ses principes inaliénables en matière de politique internationale et Mayor Oreja tient à défendre cette thèse chaque fois que notre cause nationale fait l’objet d’un débat au sein du Parlement européen. Ce fut le cas lors de l’examen de l’accord maroco-européen sur la pêche. Faut-il alors lui rappeler que la nation sahraouie, elle non plus, n’a jamais existé ? Ne s’agit-il pas là d’un problème de cohérence entre deux discours antagonistes ? Mariano Rajoy, patron du PP, devrait donc être conséquent avec lui-même. Si l’indépendantisme est une menace pour la cohésion espagnole, il l’est aussi pour son voisin du sud. En tout cas, on ne peut pas s’attendre à des prises de position cohérentes de dirigeants politiques qui refusent de condamner une dictature aussi cruelle que celle de Franco.

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