Cheb Bilal : «Le quotidien c’est ma source et ma muse»

Cheb Bilal : «Le quotidien c’est ma source et ma muse»


ALM : On vous a souvent considéré comme le  poète  pudique du raï qui évite tout ce qui est vulgaire. Est-ce pour vous faire distinguer ?
Cheb Bilal : Il est important d’avoir son propre  référentiel dans le domaine artistique. D’autant plus, il fallait que je me fasse remarquer dans un registre soutenu et facile à mémoriser. D’où l’importance accordée à  la densité du verbe et la qualité du lexique chanté. Cela peut être aussi le résultat de coïncidences qui m’ont permis d’exceller dans des thématiques  partagées avec beaucoup de jeunes notamment ceux qui vivent en Europe. N’a-t-on pas dit que le hasard nous réserve de bonnes surprises? Je pense qu’il me fallait un créno pour tracer mon chemin. Mon but est de méditer sur le contenu de la chanson à proposer  au lieu de me laisser emporter par la légèreté de certains mots. Etre pudique pour moi c’est parler de choses vécues, senties avec des  paroles nettes, claires et faciles. Des mots qui sous-tendent des émotions sincères.

Vous vous présentez comme porteur de messages précis aux jeunes qui s’inspirent de vos chansons ?
Peut-être ! Mais ça pourrait être aussi spontané. Le plus important est qu’on communique des valeurs avec un langage simple et puisé du réel. Or ce simple n’est pas facile à modeler d’où la nécessité de réfléchir sur des idéaux sans pour autant sombrer dans le «trop intellectuel». L’important est de toucher des affinités chez son auditoire et de partager avec lui des choses sincères. Lorsque je parle d’amour, par exemple, c’est que j’aime vraiment. Lorsque je traite un sujet social c’est qu’il me touche. En somme, je chante ce que je sens.  Le quotidien c’est ma source et ma muse et c’est ce quotidien qui me fascine.

Ne pensez-vous pas que c’est cet aspect qui pousse plusieurs critiques du raï à vous qualifier de cheikh moderne au lieu de Cheb à la page ?
Le cheikh est un maître qui maîtrise son sujet. Cela me conforte dans le choix d’un référentiel ancré dans la culture maghrébine qui est basée sur le respect des valeurs et des traditions. Au sein de nos familles, on n’est pas vulgaires ou banals, alors pourquoi chanter ce qui provoque cette pudeur sociale. Je ne suis pas de ces chebs  qui osent dire n’importe quoi pour se frayer un chemin de gloire. Je ne m’abreuve pas de cette source. Et si le raï se limite à des mots sans profondeur, je préfère m’abstenir.

La femme est souvent idéalisée dans vos chansons. Est-ce par nostalgie à la maman ou par choix artistique ?
J’ai grandi orphelin, mes parents ont divorcé alors que j’avais trois mois. J’ai été élevé par mon grand-père feu haj Hamza. Ce dernier m’a bien éduqué et m’a protégé tout en me gâtant à telles enseignes que j’étais jalousé par mes oncles et frères.  Ils n’attendaient que sa mort pour prendre leur revanche. Je n’avais que 17 ans lorsque mes grands frères m’ont convié à quitter la maison. C’était très dur pour moi, car je ne savais pas à quel saint me vouer. Et j’ai dû passer ma première nuit à l’hôtel grâce à  la cotisation de mes amis. C’était le début d’une aventure qui m’a conduit vers le raï. Et grâce à la bénédiction divine, je suis devenu un Cheb connu et reconnu de la mouvance raï. J’ai gravi les échelons  dans la souffrance et le  labeur. Et c’est un destin d’hommes. J’essaie de faire une rupture avec le passé pour inculquer à mon fils Wahid, qui a 16 ans, des principes qui lui permettront de comprendre mon passé et de bien penser à son avenir.

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