Hassan Khattab : Les années de prison (3)

Hassan Khattab, comme ce sera le cas pour un grand nombre des terroristes condamnés après le 16 mai 2003, fera le tour de plusieurs centres pénitentiaires du Maroc. Avec cette seule différence que son passage ne passait jamais inaperçu que ce soit à Outita (prison agricole des environs de Sidi Kacem), Aïn Borja à Casablanca ou à Salé. A cette époque déjà, les islamistes luttaient pour arracher le droit à la « Khouloua Char’iya », moment d’intimité où ils s’isolaient avec leurs épouses et Khattab fera de cette « cause » un cheval de bataille. Anecdote qui en dit long sur l’usage fait de ce droit acquis, les barbus en usaient et abusaient, surtout les polygames, au point d’en priver le reste des détenus et de susciter des joutes assez surréalistes.
Transféré à Outita, il sera parmi les instigateurs de la première grève de la faim qui durera plus d’un mois avant que le calme revienne après que les autorités y aient dépêché une commission spéciale. Il n’est d’ailleurs pas étranger, confirment des milieux salafistes, aux diverses appellations données à Outita et dont celle de «Abou Ghrib du Maroc». En prison, Hassan Khattab, fort des connaissances acquises en théologie fascine ceux parmi les prisonniers salafistes qui n’ont ni sa science ni l’occasion de rencontrer Hassan Kettani ou Rafiki junior (Abous Hafs). Le futur chef de «Jamaât Ansar Al Mahdi», et contrairement à ses dénégations devant la cour d’appel de Rabat, chauffait les siens à blanc en prison contre le régime marocain, allié des Américains et sionistes. Régime qu’il faut, selon Khattab, combattre par tous les moyens, quitte à recourir à des méthodes mafieuses. 
Les codétenus de Khattab sont également dépassés par le mode de vie que menait ce dernier en prison. Ne manquant jamais de rien, il parvenait plus qu’à joindre les deux bouts, chose que ne permettrait pas l’activité qu’il exerçait auparavant en tant qu’herboriste qui alternait, à Hay Arrahma avec le commerce de pièces de rechange pour téléphones portables.
Finalement, les codétenus de Hassan Khattab en viennent même jusqu’à soupçonner ce dernier de jouer un double jeu, d’être carrément une taupe, un « frère » que les autorités auraient retourné pour les espionner. On commencera alors à se méfier de lui. Hassan Khattab, la trentaine à l’époque, n’en avait cure. Il continuait à tenir ses prêches chaque fois que les conditions de la prison, de plus en plus favorables depuis les grèves de la faim, le permettaient. Il écrit peu et lisait beaucoup, selon plusieurs témoignages. Préparait-il quelque aventure encore plus hasardeuse que celle qui lui avait valu d’être accusé d’attenter à la sécurité intérieure de l’Etat ? C’est ce qu’on saura par la suite avec le démantèlement, dès juillet 2006, de « Jamaât Ansar Al Mahdi ».
Hassan Khatab a toutefois réussi ce qui est, à ses yeux, une entreprise non moins intéressante : il est parvenu à élaborer un film en prison où il relate les « souffrances des islamistes » dans les prisons du « Taghout » (régime injuste et impie) au Maroc. Le CD circulera, à large échelle, sous tchadors et autres tuniques, et fera grand bruit dans les milieux salafistes où tous les coups sont permis pour monter la tension contre les autorités du pays. Hassan Khattab allait user d’ailleurs de ce « film », une sorte de documentaire, comme «argument de vente» auprès des femmes réunies lors de ses prêches chez « Oum Saâd» à Casablanca.  Quand Hassan Khattab franchira les portes de la prison, c’est un autre destin qui l’attendait, celui d’un émir qui n’a pas eu, heureusement, le temps de passer à l’acte à la tête de ses "sous-émirs" et de leurs ouailles. En l’espace de quelques mois, Hassan Khattab allait s’affirmer comme "chef". Il se fera même plaisir de désigner ses bras droits avec des titres et missions bien précis.

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