Homosexualité : Rita El Khayat s’explique

Homosexualité : Rita El Khayat s’explique

Les propos recueillis dans l’interview que j’ai donnée dans votre journal ont été faussés dans une phrase dont la deuxième partie a été tronquée, faute de clarté dans mes précisions : je pense avoir utilisé des termes de psychiatrie trop spécialisés et donc obscurs…
Ma déclaration était celle-ci :
L’homosexualité est considérée comme une perversion sexuelle, c’est une pathologie et une maladie dans la nosologie et la nosographie des traités anciens de Psychiatrie: je conviens que ce ne sont pas des termes journalistiques et que l’on ait pu retenir sous la dictée au téléphone que la première partie de la phrase. Mais la réalité est que la classification des maladies mentales a supprimé l’homosexualité du chapitre «Perversions sexuelles», depuis quelques années, c’est-à-dire depuis le mode de classement international D.S.M. IV., plus d’une dizaine d’années, près d’une vingtaine déjà.
Donc, en fait, j’avais tenté d’avoir un discours scientifique que je n’ai pas élaboré mais qui est celui de tous les psychiatres aujourd’hui, à travers le monde, considérant que l’homosexualité n’est pas une maladie, pour dédramatiser et remettre le problème dans son axe.
Le tollé provoqué par cette phrase, mutilée, et, donc, amputée de sa signification, tant au Maroc qu’à travers le monde (Réactions des ligues de défense Gays and Lesbians américaines, suisses, etc) est extrêmement intéressant. Il a révélé le problème des personnes homosexuelles qui est bel et bien là. En tant que telles, ces personnes sont décidées à se battre et à défendre leur être, leurs spécificités, leurs façons de vivre et de s’exprimer. Ne pas reconnaître leur existence ou leurs droits pose de plus en plus problème… d’autant plus que, depuis de nombreuses années maintenant, l’évolution de la pensée en psychiatrie et dans les sciences du psychisme considère que l’homosexualité est une autre forme de la sexualité humaine, au même titre que l’hétérosexualité ou l’auto-sexualité, pour ne pas utiliser le vocable obsolète d’onanisme. Mais les différences anthropologiques entre les peuples restent extrêmement fortes et variables. Si on marie les couples homosexuels dans certains pays, on les tue dans d’autres, par exemple : voici un extrait de ce que j’ai écrit et publié en 2002, (et qui éclairera davantage les lecteurs) «TROIS HOMOSEXUELS DECAPITES EN ARABIE SAOUDITE»
Hélas, les trois Saoudiens décapités en public pour homosexualité le 1er janvier 2002 ne préserveront pas ce pays des autres phénomènes inhérents à la sexualité considérée comme déviante ou différente selon que l’on se place dans une sphère humaine ou une autre. En Arabie saoudite, elle est donc un délit majeur qui la place au rang des apostasies les plus fatales, s’il faut tuer ceux qui la pratiquent. Ce que l’on comprend moins c’est la brutale annonce de la peine de mort pour ce forfait (si l’on suit la logique d’extermination) commis depuis la nuit des temps, puisque c’est ainsi que les Wahhabites condamnent ceux qui la pratiquent. Veulent-ils nous faire croire que ce phénomène est nouveau chez eux ?
En tous cas, le 1er janvier 2002, Ali Ben Hatan Ben Saad, Mohammed Ben Souleiman Ben Mohammed et Mohammed Ben Khalil Ben Abdallah ont été décapités au fil de l’épée pour « homosexualité, accouplement, et séduction de mineurs » comme l’a annoncé le communiqué du ministère saoudien de l’Intérieur, « des actes qui sont le comble de la turpitude et de l’ignominie »
Je m’étonne absolument du bourreau qui exécute la sentence et qui rentre chez lui en bon époux et bon père de famille. Je suis navrée de conclure à la pathologie sadique et meurtrière de cet individu encore plus malade et plus fou que les «sodomites» et les «pédérastes» condamnés par la justice de leur pays». Pour avoir eu un malentendu dans le recueil de données d’une interview et comme par un phénomène d’acte manqué (ce que les psychanalystes connaissent bien, soit de ma part, soit de la part du journaliste), et pour avoir été choquée par les problèmes encourus par des personnalités et des personnes dans notre pays pour raison « d’homosexualité », donc, attaquées de diverses façons à ce titre, j’aimerais dire simplement que la vie privée des personnes devrait être inviolable : se servir du plus intime pour détruire des personnes est malheureux et abject.
Notre humanité agit par le respect des lois et celui dû aux personnes, par la dignité et par la moralité inscrite dans l’amour d’autrui, « notre prochain » : essayons de ne pas faillir et de privilégier ce qu’il y a de plus digne en l’être humain, sa personne.

• Docteur Rita El Khayat

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