Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (9)

Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (9)

Abderrahim reprend son chemin devant Mustapha Moutachawiq et Bouchaïb.
– «Nous ne sommes pas très loin du commerce de mon père», dit l’enfant à Mustapha.
– «Ah, j’ai oublié une chose…Viens avec moi pour qu’on aille à mon commerce».
Le petit Abderrahim acquiesce. Le bus, puis la marche à pied. Les deux amis et l’enfant arrivent à Sidi Messaoud.
– «Je dois partir».
– «Ne t’inquiète pas, mon enfant, j’ai déjà envoyé Bouchaïb pour prévenir ton papa par téléphone».
Moutachawiq ment. Bouchaïb est allé acheter du vin rouge. Quand il est arrivé, Moutachawiq l’interroge : – «Tu as prévenu le père d’Abderrahim ?»
– «Oui, il m’a demandé de le conduire à n’importe quel moment chez lui».
Moutachawiq et Bouchaïb boivent le vin devant les regards innocents de l’enfant.
22h sonne. Moutachawiq met sa main sur les genoux d’Abderrahim, puis le conduit à une centaine de mètres d’un puits abandonné, le sollicite de se calmer… Abderrahim tourne ses pupilles sans savoir ce qui l’attend. Bouchaïb les rejoint. Tout d’un coup, Moutachawiq entreprend de dénuder l’enfant. Abderrahim fond en larmes. Tout nu, il n’arrive pas à fixer Moutachawiq. Bouchaïb lui bande les yeux et le met par terre devant Mustapha. Celui-ci met sa main dans sa poche, fait sortir une cravate rouge qu’il avait achetée à un dirham au Souk Lakriâ et l’entoure autour du cou de l’enfant. Abderrahim pleure. Sans pitié, chacun des deux acolytes tient l’une des deux extrémités de la cravate. 1, 2…c’est comme un jeu d’enfant. Et 3… Chacun d’eux tire de toute sa force. La cravate se serre autour du cou d’Abderrahim. Celui-ci s’agite, remue, s’ébranle, comme s’il s’exorcise d’un démon malfaisant. Tout d’un coup, l’enfant ne pousse plus de soupir, il vient de perdre la vie. Les deux acolytes et amants lâchent les deux bouts de la cravate rouge, se rassurent que l’enfant n’est plus qu’un corps sans âme, portent le cadavre jusqu’au puits, le jettent sans regret et reprennent l’enivrement. 
Le 18 mars 1977. Moutachawiq et Bouchaïb se réveillent. Que doivent-ils faire maintenant ? D’abord, ils ont déjà accompli les trois premières clauses du pacte satanique. Il reste deux : la quatrième et la cinquième. D’abord, ils doivent contacter la famille de l’enfant, prétendre que l’enfant est encore en vie et qu’il sera tué si elle alerte la police.
– «Par quel moyen je vais contacter sa famille ? », se pose-t-il la question.
Moutachawiq dispose de l’adresse et du numéro de téléphone des parents d’Abderrahim Saber.
– «Je leur envoie d’abord une lettre», décide-t-il.
Une feuille blanche, un stylo à bille bleu et une enveloppe sur la table. Chez lui, Moutachawiq écrit la lettre :
– «Je suis le chef d’une bande très dangereuse. Je ne te dévoile pas mon nom. Mais, il faut savoir qu’on sait tout sur vous et votre famille. Ton enfant, Abderrahim Saber, est bien accueilli chez nous. Nous ne lui avons pas, jusqu’à aujourd’hui, fait de mal. Il est encore sain et sauf. Sois tranquille et ne contacte pas la police. Sinon, tu perdras ton enfant. Notre bande ne joue pas et peut aller jusqu’au bout. On va te contacter prochainement pour arriver à un accord convenable pour nous tous… ».
La lettre a été envoyée. Le père d’Abderrahim la reçoit, l’ouvre et la lit. À la lecture de la dernière ligne, il perd connaissance.
Le lendemain, 19 mars, le téléphone sonne chez la famille d’Abderrahim. Qui est à l’autre bout du fil ? Mustapha Moutachawiq qui l’appelle d’une boutique :
– «Allo ! voilà  je t’ai appelé au téléphone pour savoir que je suis au courant de tout, même les noms des membres de ta famille. Ton enfant est toujours en bonne santé. Ne crains rien. Mais si tu alertes la police, tu ne verras jamais Abderrahim», lui dit-il avant de raccrocher sans lui permettre de demander quelques explications. Quelques jours plus tard, la famille Saber reçoit une deuxième lettre.
– «Nous gardons toujours ton enfant. Ne faites pas de bêtises. On te surveille, toi et ton épouse», écrit-il sans dévoiler ses réclamations. Qu’est-ce qu’il attend ?

  (Demain : Moutachawiq empoche la rançon)

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