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Le Boulevard périphérique

Parce que sa belle-fille, Paule, est hospitalisée pour un lourd traitement contre le cancer, jour après jour le narrateur prend le métro, le RER, le bus ou sa propre voiture, à travers les encombrements du boulevard périphérique, sous la grisaille d’un début d’été particulièrement déprimant, jusqu’à cette chambre d’hôpital, où en alternance soufflent l’espoir (obligé) ou le pressentiment (coupable) de l’inéluctable. Et comme une ombre portée sur cette chronique d’une fin annoncée, le souvenir terriblement vivant de Stéphane. Et l’énigme de sa mort. Au début des années de guerre, en Belgique, le narrateur s’est lié d’admirative amitié avec cet homme qui lui a appris, en montagne, à escalader les parois, franchir les surplombs, dépasser sa peur. Stéphane: un homme de l’acte, au geste sûr, au charisme silencieux, au corps délié et élancé, un solitaire économe de paroles, rayonnant de l’intérieur – d’une domination évidente et naturelle. Le narrateur ne lui connaissait qu’une faille : sa crainte de l’eau. En 1943, Stéphane entre dans la clandestinité, où il conduit de dangereuses actions de résistance. Le narrateur ne le reverra plus. A la Libération, il apprend que Stéphane a été retrouvé noyé dans un étang, avec aux pieds des blessures par balles.

Le Boulevard périphérique d’Henry Bauchau
Éditions : Actes Sud, 2008



Emily ou la Déraison

Emily a été l’enfant sur qui sont tombées de plus haut les fautes de la famille et les folies de l’Histoire. Maintenant, elle perd la tête et son frère veut la sauver. On ne choisit pas sa famille… Un refrain éculé mais terriblement juste dont les répercussions varient d’un individu à l’autre. Dans celle d’Emily il y a la grand-mère, ancêtre discrète et sensible aux idéaux brisés, la tante, femme envahissante et autoritaire au tempérament houleux, la mère morte en couches, et le père, bonhomme peu à peu rongé par le chagrin. Et puis il y a le frère, l’ange gardien, qui s’escrime à lutter contre le mal qui éloigne chaque jour davantage sa soeur du monde réel. Car Emily est folle. Mais cette folie que nous conte Jean-Pierre Milovanoff se distingue des clichés habituels. Loin des accès de violence incontrôlés et autres moments d’apathie, la démence d’Emily est plus une différence, une fragilité extrême, une inaptitude à éprouver la société. Avec une infinie tendresse, l’auteur décrit, explique, justifie la quête de ses héros fuyant à perdre haleine le lourd tribut du passé, et donne ainsi vie à deux personnages singuliers et touchants, en lutte contre l’inéluctabilité. D’une objectivité inébranlable, il nous démontre que l’on peut exister selon sa propre définition de l’être.

Emily ou la Déraison de Jean-Pierre Milovanoff
Éditions : Grasset, 2008


Des chevaux noirs

Jo Harfang a dix-neuf ans. Il a tué une femme – sa tante – et quelques hommes. De sa prison il chante sa funèbre épopée. Celle d’un meurtrier hanté par des chevaux noirs. Jo Harfang est le dernier de sa lignée, une étrange généalogie d’ancêtres dévoyés, attachés à une ville, Roanne, une lande et une bergerie. Leur sang coule dans ses veines. Le passé resurgit dans un martèlement de sabots à mesure qu’il évoque la légende familiale. Des hommes libres qui ne s’encombrent pas d’enfants, de femmes, de sentiments, préférant la compagnie d’amants et de chevaux : Renaud le rebouteux, Eric le Centaure, Serge le chirurgien. C’est avec ce dernier, le grand-père de Jo, qu’éclate le scandale des quatre chevaux noirs et que le sang jaillit dans la bergerie. Une malédiction semble frapper tous les Harfang. A la génération suivante, l’amour qui unit Vincent Harfang et Laure Delage semble enfin détourner la malédiction.

Des chevaux noirs de Daniel Arsand
Éditions : Le Livre de Poche, 2008

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