Mohamed Belahrach : l’épicurien qui tue les prostituées (8)

Mohamed Belahrach : l’épicurien qui tue les prostituées (8)

Se tenant sur une chaise, Mohamed Belahrach ne bouge plus depuis plus de deux heures. Calme, doux et serein, il fixe le chef de la brigade criminelle de la PJ d’El Jadida qui l’interroge sans être bouleversé par le bruit de la machine à écrire qui cède facilement aux doigts du policier rédacteur. Sans hésitation et sans détour, il fait la déclaration-choc : «Mais Zahra n’était pas mon premier et unique crime». Le commissaire, chef de la brigade, sursaute. Les autres limiers de la brigade échangent leurs regards exclamatifs. Mohamed Belahrach les dévisage un par un sans ajouter le moindre détail. Que ressent-il à ce moment ? Est-il heureux d’être arrêté pour confesser ses crimes et avoir la conscience tranquille ? Est-il heureux d’avoir défié les enquêteurs de la police judiciaire durant plusieurs années sans qu’ils arrivent à élucider ses crimes ? Est-il plus fort qu’eux ? Déprimé ? Désespéré ? Quelques minutes de silence. Personne n’ouvre la bouche. La mauvaise surprise les rend comme des muets. Tout d’un coup, le chef de la brigade se rassoit et lui demande : «Et qui est ta première victime ?» Mohamed ferme les yeux comme s’il essaie de se souvenir d’elle. Le chef de la brigade lui demande de répondre rapidement. Il semble que le chef de la brigade et ses limiers sont pressés de connaître son histoire. Ils n’ont plus ni le temps ni la patience pour attendre.
«Ah, je me souviens d’elle…C’est Aïcha…Aïcha Slima». Qui ? Aïcha Slima ? Cette prostituée qui a été tuée en 1993 et qui a coûté la peine capitale aux deux amis intimes, Abdelouahed Mouli et Ahmed Nouri ? «Oui», répond Mohamed Belahrach calmement. Le chef de la brigade lève ses deux mains et serre sa tête comme s’il craint qu’elle s’explose. Stupéfaits, ses limiers restent bouche bée. Ils ne savent quoi dire. Abdelouahed Mouli et Ahmed Nouri n’ont-ils tué personne ? Sont-ils innocents ? Attendent-ils, jour et nuit, leur exécution sans qu’ils soient les meurtriers?
«- Etais-tu au courant depuis le début que deux hommes ont été arrêtés pour le meurtre de Aïcha?
– Oui, chef.
– Tu savais qu’ils étaient innocents ?
– Oui.
– Pourquoi tu as gardé le silence alors que tu étais l’auteur du crime ?
– Je ne pensais qu’à ma vie, aux femmes, au pari mutuel, à l’alcool…Et rien d’autre.
– Tu ne craignais pas Dieu ?
– Si je craignais Dieu, je ne ferais même pas mal à une mouche. En plus, même les policiers qui les ont coffrés et le juge qui les a condamnés à la peine de mort n’ont pas craint Dieu…Je ne suis pas le seul qui ne craint pas Dieu ». Les limiers ne croient pas encore leurs oreilles. Mohamed Belahrach répond aisément, sans manifester le moindre regret. «- C’est la police qui n’a pas fait son travail», surprend-il les enquêteurs. Le lendemain matin, les questions des aveux arrachés sous la torture et de l’erreur judiciaire font la Une des journaux.

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