Ninja, le tueur nocturne (10)

Ninja, le tueur nocturne (10)

Avec délectation, Ninja écoute les histoires de cet homme déguisé en noir qui tue les policiers que lui racontent sa femme, ses cousins, des amis et autres proches. Il lit également la presse pour savoir ce qu’elle a écrit sur ce Ninja qui a semé la terreur dans la capitale économique. Au fond de lui-même, il se moque de tout et reprend son activité de voler des radio-cassettes à l’intérieur des véhicules. Réussit-il vraiment toujours dans ses opérations. Pratique-t-il professionnellement le déguisement et le vol des radio-cassettes dans les voitures au point qu’il ne soit pas surpris par les veilleurs de nuit ? Ou bien ceux-ci font semblant qu’ils ne le voient pas parce qu’il est habillé en Ninja pour commettre son forfait ? Ce qui n’a pas été fait par Abderrahim Housni, le veilleur de nuit qui monte la garde non loin du cinéma Essalam, au quartier Sidi Bernoussi.
Comme à l’accoutumée, Abderrahim fait, ce dimanche 22 novembre 1992, sa tournée nocturne et routinière aux coins où stationnent les voitures. Il est 3h30 du matin quand il remarque l’ombre d’une personne à l’intérieur d’une voiture. Il s’approche pour se rassurer s’il s’agit vraiment d’une personne. Effectivement, il voit une personne vêtue de noir, qui démonte la radio-cassette.
– «Sors, sors de la voiture ou bien je te casse la gueule », le menace le veilleur de nuit, Abderrahim Housni, armé d’un bâton.
Rapidement, Ninja sort de la voiture et le pousse violemment. Abderrahim tente de le frapper avec son bâton. Seulement, Ninja sort le revolver, vise et tire deux balles avant de s’enfuir. Abderrahim lance un cri strident, tombe par terre et demande du secours. Du sang coule de son corps. Il est gravement blessé au niveau de sa poitrine et de son bras droit. La police a été alertée. Toutes les brigades de la police se mobilisent. Le veilleur de nuit est encore en vie. Il est évacué aux urgences de l’hôpital Mohammed V et a subi deux opérations chirurgicales… il est sauvé.
«Celui qui a tenté de me tuer s’habille, de ses pieds à sa tête, en noir. Je n’ai vu même pas ses yeux…», affirme le veilleur de nuit aux enquêteurs. Ninja retourne chez lui. Il ne dort pas. Il réfléchit. «Je dois aller à Rabat», décide-t-il. Pourquoi faire ?
L’image du sergent qui l’a humilié à maintes reprises à l’armée surgit une fois encore dans sa mémoire.
« Je dois savoir où se trouve-t-il maintenant… pour que je me venge. C’est le moment… En plus, je dois régler le solde qui me reste de l’armée avec la Trésorerie», pense-t-il.
7h15, il quitte, ce lundi 23 novembre 1992, son domicile. Il emprunte le chemin allant à l’autoroute. Arrivé à la route Tit-Mellil, près du boulevard Ahl Loghlam, à Aïn Sebaâ, pas loin de la Société nationale du thé et du sucre, où les autocars et les grands taxis vont à Rabat, il s’arrête, il n’a pas le temps pour faire la queue. Il se met devant tout le monde. Les voyageurs qui attendent patiemment leur tour ne réagissent pas ! Mais un policier qui fait également la queue proteste contre Ninja.
– «Tu n’as vu personne ? Fais la queue comme tout le monde.
– Je n’ai pas fait attention à la queue… En plus, tu ne dois pas protester car tu attends l’autocar et non pas le grand taxi comme moi. Ce sont les voyageurs qui attendent le grand taxi qui doivent réagir.
– Ah bon ! Tu ne respectes pas la queue et tu protestes également?
– Je te dis que je ne me suis pas rendu compte de la queue, ni plus ni moins et ce n’est pas une question de non-respect… Laisses-moi tranquille et je vais attendre mon tour».
Le policier insulte Ninja en le frappant à l’épaule. Ninja cesse de lui demander pardon, le fixe d’un regard inexplicable et met sa main derrière son dos sous ses vêtements… Qu’est-ce qu’il cherche ?
(Demain : Ninja restera-t-il passif devant le flic ?) 

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