Ninja, le tueur nocturne (8)

Ninja, le tueur nocturne (8)

Le policier soutire à Ninja les cinquante dirhams et lui remet les papiers. Abdellah monte sur son vélomoteur, le met en marche et accélère à toute allure. Cet agissement éveille en lui ce qui lui est arrivé, il y a plus de quatre ans, dans l’armée suite à un accrochage avec un sergent.
– «Sont-ils tous des véreux, autoritaires, sans état d’âme ? », pense-t-il tout au long de son chemin.
Il rentre chez lui. Très en colère, il n’embrasse pas ses deux fillettes. Sa femme s’approche de lui pour savoir ce qui lui arrive. En vain. Se réfugiant dans un coin de la chambre et n’adressant la parole à personne, il pense à ce que lui est arrivé avec le policier.
«Il y a quatre ans, c’était le sergent qui m’a humilié à l’armée et aujourd’hui un policier… Pourquoi agissent-ils ainsi ? Pourquoi chacun d’eux m’a traité aussi violemment et cruellement ? », s’interroge-t-il en silence.
Sans prendre son dîner, il s’étend sur son lit, essaie d’oublier, tente de passer l’éponge. Malheureusement, il n’y arrive pas. Sa femme se glisse à côté de lui, essaie à sa façon d’atténuer sa nervosité et le calmer. En vain. Ninja n’arrive pas à dormir et passe une nuit blanche.
Lundi 2 novembre 1992. Il passe la matinée chez lui, avec sa femme et ses deux filles. Vers l’après-midi, il sort de chez lui. Où doit-il aller ? Il marche sans objectif. Tout d’un coup, il décide d’aller au cinéma. Le plus proche pour lui est cinéma Essalam. Il y entre après avoir payé son ticket. Le film commence. Absorbé par le film, il met une cigarette entre ses deux lèvres. Soudain, une main se pose sur son épaule, le secoue en l’injuriant :
– «Éteints ce joint fils de p…».
Ninja lève ses yeux pour fixer, dans l’obscurité de la salle du septième art, la personne qui l’injure. C’est un policier !
– «Mais, je ne fume pas du joint, M. l’agent.
– «Soit tu le jettes soit je t’emmène au commissariat.
– M. l’agent, je te jure que je n’ai jamais de joint à mon bec.
– Casses toi de là.
– Je ne sors pas».
Le policier l’insulte, le saisit par son tricot, le pousse en dehors de la salle de cinéma…Ninja crie, jure qu’il n’est pas un drogué. Le policier le pousse, devant tout le monde, contre la grille du cinéma, lui fouille les poches, prend son paquet de cigarettes et son briquet, le gifle et lui crie au visage : « Ne mets jamais tes pieds ici… Sale voyou».
Pourquoi ?
– «Je n’ai aucun joints sur moi. Pourquoi me traites-tu  ainsi ? Je ne te pardonne pas», lui répond Ninja qui s’apprête à retourner chez lui le cœur lourd.
Cependant, le policier se jette sur lui et le menotte tout en balbutiant: «On va voir qui va pardonner l’autre ou non».
Le policier le conduit au commissariat sous les regards des curieux. Ninja marche tout en gardant le silence, il ne supplie pas le policier pour le relâcher. Au contraire, il lui crache au visage. Un geste qui lui a coûté des coups de poing et de pied au commissariat et un procès-verbal qu’il avait signé sans savoir l’accusation que lui a été attribuée par le policier.
Le lendemain, mardi, la police conduit Ninja au Tribunal de première instance de Casablanca, le met entre les mains de procureur du Roi qui lui demande : «Tu es un dealer ?».
Étonné, Ninja se disculpe, explique au procureur du Roi les raisons pour lesquelles il est arrêté. Dans l’après-midi, il se tient au box des accusés de la chambre correctionnelle.
– «Je ne suis ni dealer, ni toxicomane, M. le juge», affirme Ninja au magistrat qui le condamne à un an de prison avec sursis. Abdellah relaxé, rentre chez lui plein de rage et n’arrive pas encore à croire ce qui lui arrive. Il n’arrive pas à dormir.
– «Je jure sur les têtes de mes deux filles, que j’aime follement, que je ne vais me calmer qu’une fois venger ? », dit-il à sa femme.

 ( Demain : Comment Ninja se vengera-t-il ?)

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