Anna Melikian: «Je ne sais rien du tout du cinéma marocain»

Anna Melikian: «Je ne sais rien du tout du cinéma marocain»

Entretien avec Anna Melikian, réalisatrice et productrice russe

Pour moi, il n’y a pas d’évolution spécifique au cinéma russe mais au cinéma en général parce que le monde a changé. Par exemple, il y a 20 ans, l’apprentissage prenait du temps. Aujourd’hui avec Internet et la technologie, cela se fait très rapidement.

ALM : Comment évaluez-vous votre participation au 16ème FIFM ?

Anna Melikian : Quand j’ai vu mon film sur la liste des grands chefs-d’œuvre du cinéma russe programmés lors du festival, je me suis posé la question sur ma présence à cette manifestation et ce que je devais présenter avec mon film «About love» qui y a été projeté. Je trouvais que c’était compliqué. Je me suis dit aussi que peut-être dans 50 ans, on pourra savoir si les films d’aujourd’hui sont aussi intéressants que les films d’il y a 50 ans. En tout cas, c’était un énorme honneur de faire partie de la délégation russe qui a été invitée au festival.

Quelle serait votre conception du cinéma marocain ?

(Rires). On m’a énormément posé cette question dans plusieurs interviews. J’en ai vraiment honte et je me disais que je devais rentrer dans ma chambre pour regarder des films marocains. Non je suis désolée parce que je ne sais rien du tout du cinéma marocain. La seule chose qui m’a consolée c’était de me dire que les gens d’ici peuvent savoir plus sur le cinéma russe et que nous leur avons apporté notre cinéma pour le découvrir. Quant à moi, je ferai pareil ultérieurement avec le cinéma marocain.

Les anciens films russes regorgent d’images animées, ce qui n’est pas le cas dans les nouveaux films. Comment expliquez-vous ce changement dans le cinéma russe ?

En fait, le cinéma est un processus extrêmement vivant. Le monde change et par ricochet le secteur cinématographique aussi. La technologie du cinéma se métamorphose à son tour. Et tout ce qui se passe autour des films change également. Donc le cinéma est comme une éponge qui se nourrit de tout ce qu’il y a autour. Mais évidemment quand vous voyez deux films par exemple, c’est difficile de parler d’évolution parce que les metteurs en scène diffèrent. Il faut plutôt voir plus de films d’une même année ou d’une même petite période pour voir à quel point la différence se fait sentir sur quelques films. Mais là où je suis d’accord avec vous, c’est que le cinéma russe évolue et change à son tour.    

Alors comment se manifeste ce changement ? 

Pour moi, il n’y a pas d’évolution spécifique au cinéma russe mais au cinéma en général parce que le monde a changé. Par exemple, il y a 20 ans, l’apprentissage prenait du temps. Aujourd’hui avec Internet et la technologie, cela se fait très rapidement et fait changer aussi le langage cinématographique parce que le spectateur reçoit une information plus rapidement qu’avant.

Quel serait l’impact de la technologie sur le cinéma russe ?

Je ne peux pas répondre pour tout le cinéma russe. Mais si je prends mon exemple, Instagram a beaucoup influencé mon dernier film «About love», je me suis beaucoup servie des comptes sur ce réseau pour avoir une idée des impressions des internautes à travers leurs commentaires.

Est-ce que cette évolution technologique a impacté l’énorme fréquentation de salles de cinéma russes ?       

C’est un problème que nous connaissons également en Russie. Les gens ont cessé d’aller au cinéma. Mais je ne pense pas que cela soit dû uniquement à la technologie, cela est à attribuer aussi aux billets qui sont chers. Comme il fait un mauvais temps dehors. Et puis il y a un phénomène qui est très particulier à la Russie, c’est la paresse ! Pour aller au cinéma, il faut se lever et s’habiller, donc autant rester chez soi pour regarder des films sur Internet ou la télévision.

Est-ce que le FIFM a été pour vous une occasion pour nouer des partenariats avec des réalisateurs ou producteurs marocains ?

Je n’ai pas envisagé une telle démarche. Mais je reste toujours ouverte à tous les projets.    

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